Carla Valette, l’étudiante en médecine qui cartonne sur TikTok

Julien Moschetti

22 avril 2021

Carla Valette

Toulouse, France — Comment fonctionne l’implant contraceptif ? Comment repérer la dépression ? Qui veut un foie rongé par l’alcool ? Comment fait-on un frottis cervico-utérin ? La chirurgie cornéenne au Lasik, comment ça marche ? Les vidéos de vulgarisation médicale, parfois un peu trash, d’une étudiante en cinquième année de médecine à Toulouse ont un succès fou sur TikTok. Medscape a demandé à Carla Valette – 1,3 millions d’abonnés – ce qui l’a motivé à devenir « blogueuse médicale ».

Très vite, la machine s’emballe

L’histoire démarre il y a quelques mois. Lorsque la jeune femme de 23 ans découvre sur Tik Tok qu’ « à l’étranger, des médecins, voire des personnes travaillant dans le secteur de la santé, postent des vidéos pour parler du corps humain, des pathologies, des traitements, de chirurgie… », nous confie Carla Valette – une pratique peu répandue en France. Dans un premier temps, elle poste donc des vidéos sur le réseau social pour se « distraire, partager ce que j’aime : la médecine, la science… ». Très vite, la machine s’emballe, les vidéos cartonnent, si bien qu’elle en tourne de plus en plus pour « interroger les gens sur leur propre corps, leur faire comprendre certains phénomènes », comme, par exemple, le fonctionnement du corps, celui des organes ou des sujets liés de près ou de loin à la sexualité qui ont beaucoup de succès sur TikTok. Mais, il arrive aussi que des sujets improbables, comme par exemple la greffe de peau, « marchent très bien », selon l’étudiante.

30 minutes pour réaliser deux vidéos

Mais pourquoi avoir choisi TikTok ? « Parce que c’est une plateforme où les vidéos doivent être courtes, concises. Il faut aller droit au but, il faut que cela aille vite. Et cela ne demande pas d’effort de montage en particulier, alors que sur YouTube, par exemple, c’est extrêmement chronophage », résume Carla Valette. Chaque soir, elle met en tout et pour tout 30 minutes pour réaliser deux vidéos d’une durée moyenne de 20 secondes, ce qui permet de « faire passer des points-clés» sur des questions précises : calculs rénaux, déni de grossesse, douleurs pariétales, phobie sociale, vasectomie, rhinoplastie… Des informations à valeur ajoutée que les non-initiés ne trouvent pas toujours facilement sur internet, car « j’arrive à les synthétiser, vu que je comprends les textes, même si c’est compliqué. Et j’arrive à fournir quelque chose de cohérent », se félicite la jeune femme qui, pour éviter les erreurs et gagner du temps, n’hésite pas à piocher dans ses cours ou les référentiels. Ce qui lui permet par ailleurs de mieux les mémoriser. « Quand je propose des sujets issus de mes cours, je ne les oublie plus car je me rappelle de ce que j’ai dit dans mes vidéos. »

Affiner ses compétences de futur médecin

Mais il arrive aussi que l’étudiante évoque dans ses vidéos des sujets « décalés » qui ne sont pas abordés durant ses cours. Cela « augmente ma curiosité et ma culture générale dans le domaine, donc c’est positif », analyse Clara qui, grâce aux vidéos, affine aussi ses compétences de futur médecin : « je progresse en communication et en esprit de synthèse. J’apprends par exemple à gérer la communication avec plusieurs personnes. Il y a des règles, on ne peut pas dire n’importe quoi, n’importe comment. Cela m’apprend aussi à faire attention aux tics de langage, à ce que je peux dire ou pas. » Quitte à le développer sur d’autres plateformes, comme par exemple sur YouTube, quand elle aura plus de temps libre.

Une chose est sûre, « je ne vais pas abandonner ce que j’ai construit, car c’est un privilège, une chance d’avoir réussi à faire cela en si peu de temps. Il y a des personnes qui rêveraient d’avoir ce genre d’ascension ». En attendant, « je m’amuse aussi beaucoup, et c’est ça le plus important. Si jamais un jour je ne m’amuse plus ou si cela perd de l’intérêt pour moi, j’arrêterai les vidéos sur TikTok. »

 

A quoi tient le succès des vidéos ?

Probablement à leur adéquation avec ce qu’attendent les jeunes. A savoir de l’info claire délivrée par une fille cool, sur un mode de consommation rapide avec des films courts, voire ultracourts, incrustations de schémas genre « home made » mais lisibles et une musique de fond omni-présente (dont les crédits sont toujours mentionnés). Tout étant question d’équilibre, Carla Valette a su trouver le ton de la bonne copine entre confidences d’apprentie-médecin et infos « estampillées » vraies. Et ses messages de prévention ne sont jamais moralisateurs ou paternalistes… Enfin, il est clair que les questions relatives au « sexe » sont très présentes, mais traitées sans tabou, ni gêne… elles répondent sans aucun doute aux questions que les jeunes se posent sans jamais avoir osé demander…SL

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