IVG médicamenteuse : la HAS pérennise le délai de 9 semaines et précise le protocole

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

21 avril 2021

France – Afin d’améliorer l’offre de soins proposée aux femmes souhaitant recourir à une interruption volontaire de grossesse (IVG), la HAS a publié une recommandation dans laquelle, d’une part, elle pérennise la possibilité pour les femmes de bénéficier d’une IVG médicamenteuse à domicile jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée. D’autre part, elle précise le protocole ainsi que les conditions de la prise en charge de cette méthode d’IVG [1].

Elargir l’offre de soin

Pendant longtemps, l’IVG médicamenteuse jusqu’aux 8ème et 9ème semaines d’aménorrhée n’a été accessible qu’en milieu hospitalier. Mais en avril 2020, pour limiter les conséquences des mesures sanitaires et plus particulièrement de la limitation stricte des déplacements induite par le confinement, le délai de recours à l’IVG médicamenteuse a été allongé à 9 semaines en ville de manière dérogatoire et transitoire.

Aujourd’hui, la HAS actualise ses recommandations dont lesquelles elle « remet à plat la stratégie médicamenteuse et les conditions de prise en charge de cette méthode » de façon à pouvoir pérenniser ce délai. Parmi les objectifs visés : réduire le délai d’accès à l’IVG médicamenteuse, élargir l’offre de soin qui doit être possible en ville comme à l’hôpital « mais aussi alléger la charge des établissements de santé qui doivent pouvoir se concentrer sur les IVG chirurgicales » écrit la HAS.

L'accès à l'IVG doit être simple et rapide 

La HAS considère ainsi « que les IVG médicamenteuses peuvent être réalisées jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée par un médecin ou une sage-femme, dans le cadre de son activité en cabinet de ville, dans un centre d’éducation et de planning familial (CPEF) ou dans un centre de santé ». En dehors d’un établissement de santé, ces praticiens doivent justifier d’une expérience professionnelle adaptée et avoir passé une convention avec un établissement de santé autorisé.

L'accès à l'IVG doit être simple et rapide : « chaque femme doit obtenir un rendez-vous dans les 5 jours suivant son appel. Les consultations médicales préalables à l’IVG peuvent se faire en présentiel ou en téléconsultation, avec l’accord de la femme et si le médecin ou la sage-femme l’estiment possible », rappelle la HAS.

Séquence des consultations identiques

La séquence des consultations relatives à l’IVG médicamenteuse à domicile ou à l’hôpital reste identique. Dès la première consultation, le professionnel doit informer la femme sur différents sujets, et notamment « être l’occasion de rechercher auprès de la femme d’éventuelles violences conjugales afin de pouvoir l’aider le cas échéant ». La HAS précise, par ailleurs, « qu’à l’occasion de la demande d’IVG, un entretien d’information, de soutien et d’écoute (c’est-à-dire un entretien psychosocial) doit être proposé par le médecin ou la sage-femme et réalisé pour les femmes qui souhaiteraient en bénéficier ». Un délai de réflexion de 48 heures est prévu entre l’entretien et la deuxième consultation. En l’absence d’entretien – obligatoire pour les mineures –, il n’y a cependant plus de délai minimal avant la deuxième consultation, lors de laquelle la femme signe le consentement.

Que ce soit pour une IVG en ville ou à domicile, la HAS insiste sur la nécessité d’une visite de suivi, entre le 14ème et le 21ème jour pour s’assurer de l’arrêt de la grossesse.

Protocole médicamenteux

Dans sa recommandation, la HAS fait le point sur le protocole médicamenteux d’une IVG en ville ou à domicile jusqu’à 9 semaines, avec une présentation de ce protocole sous forme d’un schéma (voir ci-dessous) afin de guider au mieux les professionnels.

En résumé, pour les femmes qui sont à moins de 7 semaines d’aménorrhée, les séquences recommandées sont les suivantes :

  • soit une prise de 600 mg de mifépristone par voie orale suivie, 24 à 48 h plus tard, de 400 µg de misoprostol par voie orale ;

  • soit une prise de 200 mg de mifépristone par voie orale suivie, 24 à 48 h plus tard, de 400 µg de misoprostol par voie transmuqueuse orale ou sublinguale (hors AMM).

Pour celles qui sont entre 7 et 9 semaines d’aménorrhée, le protocole est le suivant :

  • une prise de 200 mg de mifépristone par voie orale suivie, 24 à 48 h plus tard, de 800 μg de misoprostol en une seule prise, par voie transmuqueuse orale ou sublinguale (hors AMM).

Sachant que la HAS « recommande de ne pas administrer le misoprostol par voie vaginale mais par voie transmuqueuse orale ou sublinguale » et que « l’utilisation du géméprost n’est pas recommandée en raison de ses effets secondaires ».

Prévenir la douleur et garantir la sécurité de la femme

Comme pour une IVG médicamenteuse à l’hôpital, la HAS préconise de prévenir la douleur en prescrivant systématiquement des antalgiques de palier 1 (par exemple, ibuprofène à dose antalgique) et de palier 2 (par exemple, paracétamol associé à l'opium ou à la codéine).
Afin de garantir la sécurité de la femme, la HAS recommande aux professionnels d’évaluer la possibilité pour la femmes « de se rendre ou de joindre rapidement 24h/24 un établissement de santé qui puisse prendre en charge les complications de l’IVG. Si les conditions de sécurité ne sont pas réunies (isolement géographique ou social…), il est préconisé de privilégier l’hospitalisation (à domicile, partielle…) ».

Par ailleurs, l’ANSM est saisie par le ministère des Solidarités et de la Santé pour une recommandation temporaire d’utilisation du misoprostol, car il n’y a pour l’heure pas d’AMM au-delà de 49 jours d’aménorrhée.

 

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