De trop longs horaires de travail peuvent doubler le risque de récidive d’un infarctus du myocarde

Batya Swift Yasgur MA, LSW

13 avril 2021

Québec Canada  Le temps passé au travail affecte la récupération après un accident coronarien. Les patients qui travaillent au-delà de 55 heures par semaine après un infarctus du myocarde (IDM) augmenteraient leur risque de récidive, selon une étude publiée dans le numéro du 6 avril du Journal of American College of Cardiology  [1] .

Pendant 6 ans, les auteurs de ce travail ont étudié près de 1 000 patients de moins de 60 ans, de retour à leur emploi après un IDM inaugural. Ceux qui ont travaillé 55 heures par semaine ou plus, avaient un risque de récidive d’IDM deux fois plus élevé comparés à ceux qui travaillaient 35 à 40 heures par semaine.

Ce risque augmente encore quand il existe parallèlement à ces longues heures de travail, un environnement anxiogène psychologique et social sur le lieu de travail et des comportements à risque tels le tabagisme, l’abus d’alcool et le manque d’activité physique.

« L’effet préjudiciable des longues heures de travail après une crise cardiaque est comparable au fardeau de la poursuite du tabagisme », rapporte pour theheart.org/Medscape Cardiology, l’auteur principal Alain Milot (Université de Laval, Centre hospitalier Saint-François d'Assise, CHU de Québec, Canada).

« Les longues heures de travail doivent être évaluées en routine initialement puis lors du suivi à long terme, afin d’améliorer le pronostic des patients qui retournent travailler après un IDM » insiste-t-il.

L’effet préjudiciable des longues heures de travail après une crise cardiaque est comparable au fardeau de la poursuite du tabagisme  Alain Milot

La surcharge en horaires de travail est fréquente

Le sujet est particulièrement d’intérêt car la surcharge de travail est un phénomène fréquent. Selon l’International Labour Organization*, 20% des employés dans le monde (> 614 millions d’individus) travaillent plus que 48 heures par semaine, écrivent les auteurs.

*Agence onusienne pour promouvoir les droits du travail dans le monde.

Auparavant, d’autres études ont montré « l’effet délétère » des longues heures de travail sur la santé cardio-vasculaire mais aucune étude n’avait évalué spécifiquement l’impact de ce facteur sur la récidive d’un accident cardiovasculaire chez les patients qui avaient souffert d’un premier IDM précisent les auteurs.

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont suivi de façon prospective 967 adultes (ayant entre 35-59 ans) qui ont repris le travail après un premier IDM. Les auteurs ont colligé les données démographiques, les réadmissions hospitalières, l’existence de facteurs de risque vasculaires, le profil psychologique (au travail et en dehors de celui-ci) et la personnalité du patient.

Des suivis téléphoniques ont été réalisés en moyenne 6 semaines après le retour en activité puis 2 et 6 ans après. Le suivi moyen était de 5,9 ans.

Les covariables retenues sont  :

  • Les facteurs socio-économiques notamment le sexe, l’âge, le statut conjugal, niveau d’éducation, statut économique.

  • Les facteurs cliniques pronostiques (comorbidités)

  • Les facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension artérielle, dyslipidémie…).

  • Les facteurs liés au mode de vie, consommation d’alcool, tabagisme, activité physique.

  • L’environnement professionnel : contraintes liées à l’emploi, poste de subalterne.

  • Les autres facteurs comme le type de support social à l’intérieur et en dehors de l’emploi.

Les participants ont été répartis dans quatre groupes selon leur temps de travail hebdomadaire :

          Temps partiel (21-34 heures par semaine)

          Temps complet (35-40 heures par semaine)

          niveau modéré d’heures supplémentaires (41-54 heures par semaine)

          Niveau moyen/fort d’heures supplémentaires (au-delà de 55 heures par semaine).

Exposition prolongée au stress du travail

Pendant la durée de l’étude [6 ans], 21,2% des participants ont eu un nouvel accident cardiaque ischémique.

Les auteurs ont remarqué que 10,7% des hommes travaillaient plus de 55 heures par semaine, une « sur représentation » comparée à celle des femmes : 1.9% recensées dans ce groupe [de plus de 55 heures]. Il s’agissait d’employé(e)s plus jeunes qui « percevaient leur situation économique et financière comme étant confortables».

Mais d’autres caractéristiques sont plus souvent retrouvées parmi les sujets travaillant le plus. C’est le cas des facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension, diabète), des mauvaises habitudes de vie (tabac, alcool, manque d’activité physique) et de la contrainte de l’emploi (charge de travail, manque de soutien).

Pendant la durée de l’étude 21 ,2% des participants ont eu un nouvel accident cardiaque ischémique.

Comparativement aux participants travaillant 35 à 40 heures par semaine ceux qui travaillent plus de 55 heures ont un risque plus important de récidives d’accidents coronariens, après prise en compte des comorbidités (Risque lié au hasard HR : 1,67 ; intervalle de confiance IC 95% :1.10-2.53).

Rapport de risque (HR) ajusté pour chaque augmentation de 10 heures de travail au-dessus de 50 heures

 

Nombres d’heures par semaine

 

HR (IC 95%)

 

50

1,20 (1,02-1,39)

60

1,50 (1,07-2,09)

70

1,92 (1,06-2,88)

80

2,46 (1,41-4,29)

90

3,10 (1,19-5,30)

100

3,78 (1,31-10,9)

Le risque de récidive d’un accident cardiaque ischémique associé à un horaire de plus de 55 heures « augmente considérablement en amplitude au terme de 4 années de suivi », surtout s’il s’y associe une contrainte d’emploi, rapportent les auteurs.

Alain Milot explique que ces longues heures de travail peuvent affecter la santé cardiovasculaire de plusieurs façons incluant « les effets délétères de l’exposition prolongée à l’anxiété de la tâche chez ceux qui travaillent de longues heures. Le manque de sommeil est un facteur supplémentaire dont on sait qu’il augmente le risque cardiovasculaire », ajoute -t-il.

D’autres études ont montré que les personnes travaillant de longues heures ont un style de vie médiocre avec une forte prévalence du tabagisme, un manque d’activité physique, une consommation importante d’alcool, tous augmentant la pression artérielle, précise le checheur.

Quantité et Qualité

Le Pr Amir Lerman (Départment de médecine cardiovasculaire, Mayo Clinic, Rochester, Etats-Unis), explique pour theheart.org/Medscape Cardiology qu’il a trouvé cette étude « perturbante » et se demande si « nous orientons correctement les patients quand nous les encourageons à reprendre le travail immédiatement ».

Il ajoute que si la quantité [de travail] doit être prise en compte, la qualité du travail intervient également « Est-ce simplement le temps dédié au travail qui est en cause ou bien cette étude reflète-t-elle autre chose que les heures passées, par exemple le stress au travail, les relations au travail, le type de l’emploi ou encore la réduction du temps de relaxation indispensable à la gestion, l’évacuation du stress, les conséquences des trop longues heures passées au travail ? ».

Pour lui, « si nous devons modifier les recommandations que nous délivrons aux patients après un syndrome coronarien aigu quand ils retournent au travail », d’autres études sont nécessaires afin de comprendre le mécanisme éventuellement sous-jacent.

Une position partagée par Alain Milot : « d’autres études sont indispensables pour clarifier cette relation entre les longues heures passées à travailler et la récurrence des événements coronariens ».

Dans un éditorial accompagnant l’article[2], les Prs Jian Li (Université de Californie Los Angeles, Etats-Unis) et Johannes Sierist (Université Heinrich-Heine-University de Düsseldorf, Allemagne) concluent au sujet de cette étude : « elle apporte un nouvel élément de recherche sur le fait que des facteurs liés au travail jouent un rôle important dans le pronostic de insuffisance coronarienne ».

Est-ce simplement le temps dédié au travail qui est en cause ou bien cette étude reflète-t-elle autre chose que les heures passées  Pr Amir Lerman

Ce travail a été soutenu par the Heart and Stroke Foundation Québec et par le Fonds de la recherche en santé du Québec. Les auteurs de l'étude Lerman et les rédacteurs de l’éditorial ne déclarent aucune relation financière pertinente.

 

L'article a été publié initialement sur Medscape.com sous le titre “Long Work Hours Tied to Double the Risk for Recurrent MI” . Traduit par le Dr Jean-Pierre Usdin.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....