Vaccin AZ : les moins de 55 ans vont recevoir un vaccin à ARN en 2ème dose

Stéphanie Lavaud

9 avril 2021

France Que proposer en guise de 2ième dose aux 533 302 personnes ayant bénéficié d’une première de dose de vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 mais chez lesquelles il est désormais interdit en raison de leur trop jeune âge ? La Haute Autorité de Santé (HAS) vient de trancher, dans un avis[1], en faveur d’une deuxième dose à base de vaccins ARN (Pfizer ou Moderna). La validation d’un tel schéma vaccinal hétérologue (2 vaccins comportant 2 plateformes très différentes) est à ce jour totalement inédite.

Un des 2 vaccins à ARNm disponibles en 2ème dose

Cela fait désormais plusieurs semaines que le vaccin à vecteur adénoviral mis au point par l’Université d’Oxford et AstraZeneca connait des déboires, en raison principalement de la survenue de très rares cas de thromboses peu classiques chez des sujets « jeunes ». Après une suspension controversée de la vaccination en France pendant quelques jours, le vaccin a finalement été autorisé à nouveau mais chez un public âgé de plus de 55 ans pour sécuriser son utilisation vis-à-vis de ces événements thrombo-emboliques inhabituels. Cette décision prise, restait toutefois posée la question de la deuxième injection chez les quelque 500 000 personnes de moins de 55 ans, parmi lesquelles figurent de nombreux professionnels de santé. Comme annoncé, la Haute Autorité de Santé a planché sur le sujet et rendu un avis, lequel est d’administrer à ce public une deuxième dose de vaccin à ARN.

En clair, « la HAS recommande d’utiliser les vaccins à ARNm actuellement disponibles (COMIRNATY ou vaccin Covid-19 Moderna) pour l’administration, avec leur accord, de la deuxième dose chez les personnes de moins de 55 ans ayant reçu une première dose du vaccin VAXZEVRIA [le nom officiel donné au vaccin AstraZeneca, NDLR] avec un intervalle de 12 semaines entre les doses ».

Sur quels arguments repose cette recommandation ?

Cette recommandation repose sur plusieurs éléments parmi lesquels, primo, les dernières conclusions de l’Agence européenne du médicament (EMA) qui confirment un lien possible entre la vaccination AstraZeneca et la survenue de très rares thromboses, deusio, l’ « impossibilité actuelle d’exclure un effet de classe (vecteur adénoviral) »[1], tertio, « le caractère protecteur insuffisant dans la durée d’une seule injection de VAXZEVRIA, selon les données disponibles à ce jour ».

Concernant ce dernier point, le Pr Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations (CTV) au sein de la HAS, a considéré que « la protection apportée par ce vaccin dans les trois mois qui suivent la première dose est bonne, mais au-delà de 3 mois, elle diminue. Il faut donc une deuxième dose d’un vaccin pour assurer une bonne efficacité dans le temps ».

Pour les moins de 55 ans, 3 possibilités se présentaient, a-t-elle résumé lors d’une conférence de presse. D’abord, reprendre la vaccination avec le vaccin AstraZeneca, « ce qui n’aurait pas été logique compte-tenu des événements dont on a connaissance ». Ensuite, administrer le vaccin Janssen (en une seule dose) : « la question aurait pu se discuter mais il n’est pas encore disponible en quantité suffisante ». D’où l’idée de « proposer l’injection d’un vaccin ARN dont on a désormais une bonne expérience en France et dans le monde », sachant que pour les plus de 55 ans, « on ne change rien. Leur vaccin au bout de 3 mois (12 semaines) reste le vaccin AstraZeneca ».

Une stratégie innovante dite du « prime boost » hétérologue

Les experts de la HAS ont donc choisi d’avoir recours à une stratégie innovante dite du « prime boost » hétérologue – ou schéma vaccinal mixte – qui consiste à recourir à une plateforme vaccinale différente pour la deuxième dose (ARNm) de celle utilisée pour la première dose (ici un vecteur viral). Cette deuxième dose agit alors comme une relance de l’immunité précédemment boostée par la première injection vaccinale avec le vaccin AstraZeneca comme le ferait l’infection Covid, a expliqué le Pr Bouvet.

Pour autant, et c’est en cela que la démarche est inédite, si le rationnel scientifique est réel et qu’il existe des données chez l’animal de stratégies de vaccination de type prime boost hétérologues combinant un vaccin ARNm et un vecteur adénoviral, « ce schéma n’est pas beaucoup utilisé chez l’homme pour l’instant » reconnait le Pr Bouvet. Cependant, s’« il n’est pas très développé », il apporte cependant un « certain nombre d’avantages en termes de type de réponse immunitaire, de durée de la réponse immunitaire et de risque de réactions liées au vecteur » et de citer le domaine du VIH notamment où cette approche vaccinale s’est avérée plus efficace que l'approche de prime-boost homologue (injections strictement identiques) au cours d’études de phase 1 et 2 chez l’homme.  

Par ailleurs, la stratégie de « prime boost » existe déjà dans le domaine du Covid avec le vaccin russe Spoutnik V, a fait remarquer Elisabeth Bouvet, à l’exception près que le schéma vaccinal est dans ce cas « moins hétérologue » puisque le vaccin russe utilise un vecteur viral (adénovirus rAd26) pour la première injection et un autre vecteur viral (rAd5) pour le rappel.

Mise en place d’une étude de cohorte

« On a donc des raisons de penser que ce schéma vaccinal est intéressant, sans craindre des effets secondaires particuliers, il faut juste s’assurer d’une bonne réponse immunitaire, ce qui devrait être le cas » indique le Pr Bouvet, ajoutant que « très vraisemblablement, une seule injection de vaccin à ARNm suffira ».

Même assurance de la part du Pr Dominique Le Guludec, présidente du collège de la Haute Autorité de Santé, qui a assuré n’avoir aucune inquiétude sur le fait de réaliser la deuxième injection avec un vaccin ARN, mais considère qu’il faudra s’assurer que la réalité est en phase avec la théorie, et que l’efficacité reste la même. 

A ce titre, « la HAS recommande de mettre en place en place très rapidement une étude de cohorte de personnes vaccinées par le vaccin VAXZEVRIA puis par un vaccin à ARNm pour évaluer la réponse immunitaire conférée par le schéma de vaccination mixte recommandé ainsi qu’un suivi spécifique de pharmacovigilance » peut-on lire dans l’avis. 

 

Pour les personnes de plus de 55 ans, la HAS s’est voulue rassurante. « Je souhaite redire que nous recommandons la vaccination par AstraZeneca chez les 55 et plus. Ce vaccin a démontré sa grande efficacité contre les formes sévères et il sauve des vies », a ré-affirmé avec force et conviction le Pr Le Guludec.

 

 

 

 

 

 

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