SEP : déficit en vitamine D et atteinte cognitive précoce seraient liés

Nancy A. Melville

Auteurs et déclarations

6 avril 2021

France — Un déficit en vitamine D au moment du diagnostic de sclérose en plaques (SP) est associé à une altération cognitive et pourrait aussi affecter l’invalidité, selon une nouvelle recherche, qui vient s’ajouter à ce que l’on sait déjà de la relation inverse entre taux bas de vitamine D et SEP.

« Nous avons confirmé qu’un taux bas en vitamine D n’affecte pas seulement l’invalidité précoce mais aussi la cognition chez les patients nouvellement diagnostiqués » a indiqué à Medscape Medical News, le Dr Eleonora Virgilio (service de neurologie Unit, Université du Piémont oriental, Novara, Italie), premier auteur de l’article.

« Les effets possibles de la vitamine D à la fois sur la cognition (et en particulier, sur la vitesse de traitement de l’information) et l’invalidité précoce chez les patients nouvellement diagnostiqués nécessitent d’être mieux investigués parce que cette association peut représenter un marqueur du handicap futur et va dans le sens de la nécessité d’une supplémentation rapide » précise-t-elle. Ces travaux ont été présentés au forum 2021 de l’ACTRIM (Americas Committee for Treatment and Research in Multiple Sclerosis) [1].

Vitamine D basse et sclérose en plaques

Des études antérieures ont lié un taux sérique insuffisant en vitamine D à la sclérose en plaques à toutes ses étapes, depuis le démarrage de la maladie jusqu’à sa progression, mais on sait peu de choses sur le lien spécifique concernant l’altération de la fonction cognitive, une complication importante de la SEP.

« L’altération cognitive, et, en particulier, une vitesse de traitement de l’information amoindrie, est très fréquente dans la population des patients atteints de SEP aux premiers stades de la maladie, et est souvent sous-estimée » note le Dr Virgilio.

« Il reste à élucider quels sont les mécanismes sous-jacents » dit-elle.

Pour évaluer ce lien, le Dr Virgilio et ses collègues ont enrôlé 60 patients en Italie avec une sclérose en plaques nouvellement diagnostiquée et leur taux de vitamine D a été mesuré au moment du diagnostic.

Au moment du diagnostic, les participants ont aussi été évalué avec le test du Symbol Digit Modalities (SDMT) sur leur vitesse de traitement de l’information, ce qui a permis de poser un curseur sur l’altération cognitive qui peut apparaitre au cours de la SEP.  

Parmi les patients, 40 étaient des femmes et l’âge moyen au diagnostic était de 39,5 ans ; 90% présentaient une SEP récurrente- rémittente à l’inclusion et 10% avait une SEP progressive.

Leur score moyen sur l’échelle d’invalidité (Expanded Disability Status Scale, EDSS) au moment du diagnostic était de 1,5 (0 - 4).

A l’inclusion, 85% des participants (51) présentaient des taux faibles de vitamine D, soit des taux inférieurs à 30 ng/ml, ce qui est cohérent avec ce qui est rapporté chez les patients avec une SEP en Lombardie, note le Dr Virgilio.

Les patients avaient un taux moyen de vitamine D de 21,17 ng/ml (± 10,02). Il a été établi que 51,7% présentaient un déficit (< 20 ng/ml) et 33,3% avaient une insuffisance (20 - 30 ng/ml) en vitamine D.

Chez ces patients, 16 (27%) présentaient une altération cognitive, définie par un z-score de 1,5 ou moins. Leur SDMT moyen brut était de 46,50 (± 14,73) et le score z moyen était de – 0,62 (± 1,29).

De façon intéressante, ceux qui présentaient une altération cognitive étaient significativement plus susceptibles d’avoir une hypovitaminose sévère en vitamine D, que ceux qui avaient des taux en vitamine D suffisants – chez qui aucune altération cognitive n’a été retrouvée (P = 0,02).

De plus, les taux de vitamine D étaient corrélés positivement avec les valeurs brutes de

SDMT (P = 0,001) et les z-scores (P = 0,008).

Après un suivi moyen de 2 ans, une corrélation significative a été observée entre les niveaux de vitamine D au moment du diagnostic et une invalidité précoce sur le score de sévérité de la SEP (MSSS; P = 0,02) et une faible corrélation a été mis en évidence avec le MSSS lié à l’âge (ARMSS; P = 0,08) lors du dernier suivi clinique.

Le Dr Virgilio note que des facteurs tels que les effets des traitements ou bien d’autres facteurs peuvent expliquer cette faible corrélation.

« Il est possible que la corrélation linéaire que nous avons trouvée ne soit pas aussi forte qu’attendu du fait d’un effet du traitement (traitements de fond de la SEP ou supplémentation vitaminique), ou à cause d’un suivi trop court de notre population – qui est seulement de 2 ans après le diagnostic de MS ».

« Les mécanismes du déficit en vitamine D dans la population de SEP sont plutôt multifactoriels, avec des liens génétiques aussi bien qu’environnementaux » précise-t-elle.

« Les effets immunomodulateurs de la vitamine D sont bien connus. La vitamine D a déjà été reliée à la fonction cognitive dans d’autres maladies dégénératives, y compris la maladie d’Alzheimer, mais surtout, aussi dans d’autres maladies auto-immunes, comme le lupus systémique érythémateux » explique-t-elle.

Vitamine D : aussi associée à la fonction cognitive sur le long terme

L’étude vient compléter des recherches récentes montrant des effets sur le long terme du déficit en vitamine D et l’atteinte cognitive dans la SEP : dans l’étude longitudinale BENEFIT publiée en 2020 dans Neurology , les chercheurs qui ont suivi 278 patients atteints de SEP pendant 11 années ont trouvé qu’un taux moyen de vitamine D supérieur à 50 nm/l dans les deux premières années était associé à un risque diminué de 65% de mauvaises performances aux scores de test PASAT (Paced Auditory Serial Addition Test) au bout des 11 ans de suivi.

L’étude a aussi regardé les concentrations en chaînes légères de neurofilaments, qui sont associées à l’activité de la maladie, et trouvé qu’elles étaient de 20% moindres parmi ceux qui avaient les taux les plus élevés à l’inclusion. Les fumeurs avaient aussi des scores cognitifs plus bas.

« Des taux bas de vitamine D et le tabagisme après le diagnostic clinique de la maladie prédisent de mauvaises fonctions cognitives et intégrité neuronale à long terme » concluent les auteurs.

Pour le Dr Mariana Cortese, première auteure de l’étude BENEFIT, cette nouvelle recherche italienne aide à la compréhension de ce problème.

En attendant d’en savoir plus, une supplémentation en vitamine est requise dans la SEP, mais le Dr Cortese met en garde contre un surdosage.

« Je pense que beaucoup de neurologues recommandent à leurs patients de la vitamine D, mais les très fortes doses doivent être évitées » dit-elle, « des taux optimaux de vitamine D peuvent être obtenus chez la plupart avec des doses de 1000-4000 IU par jour ».

Les auteurs et le Dr Cortese ont déclaré ne pas avoir de liens d’intérêt.

L’article a été publié initialement sous le titre : Vitamin D Deficiency Linked to Early Cognitive Impairment in MS sur Medscape.com. Traduit par Stéphanie Lavaud

 

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