France 2020 : 68 000 décès supplémentaires imputables à l’épidémie de Covid, selon l’INED

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

29 mars 2021

France — Dans un article publié par l’Institut national d’études démographiques (Ined), deux chercheurs, Gilles Pison et France Meslé, expliquent pourquoi le nombre de décès attribués à la Covid-19 en 2020 dépasse de beaucoup la hausse des décès toutes causes confondues survenue entre 2019 et 2020 [1].

654 000 décès ont été enregistrés en 2020 toutes causes confondues. Si l’on tient compte du surcroît de mortalité lié au vieillissement de la population, et du nombre de décès à domicile estimé non pris en compte dans les chiffres de Santé Publique France, ce sont 68 000 décès supplémentaires qui peuvent être attribués à l’épidémie de Covid-19 par rapport à 2019, soit un habitant sur 1 000.

Comment expliquer que ce chiffre de 68 000 décès dus à la Covid-19 dépasse largement les 42 000 décès supplémentaires comptabilisés par l’Insee ?

Essentiellement au recul d’autres causes de décès par rapport à 2019 liés à la grippe saisonnière par exemple ou aux accidents de la circulation routière, selon les chercheurs de l’Ined. L’épidémie de grippe saisonnière de l’hiver 2019-2020 n’a pas occasionné de surmortalité notable au début de l’année 2020, contrairement à celle de l’hiver précédent (2018-2019), qui s’était soldée par un surcroît de 12 000 décès, concentrés début 2019, dont environ 8 000 directement attribués à la grippe, précisent-ils. Par ailleurs, la mortalité routière a été moindre en 2020, en raison des restrictions de circulation.

Mais il faut tenir également compte, indiquent les auteurs, du fait qu’un certain nombre de patients décédés du Covid-19 étaient polypathologiques et qu’ils seraient de toute façon décédés dans l’année, « d’où la probable baisse en 2020 du nombre de décès attribués à ces diverses causes ».

Covid-19 versus grippe

La surmortalité de 2020 s’est produite en deux vagues, l’une au printemps, l’autre à l’automne. L’ampleur de chacune peut être comparée à celle des vagues de surmortalité des cinq années précédentes, toutes liées à des épidémies de grippe saisonnière (voir figure ci-dessous [1]).

Source : INED [1]

La surmortalité liée à la première vague de l’épidémie de Covid-19, au printemps 2020, équivaut à celle des épidémies de grippe meurtrières de 2016-2017 et 2017-2018, le pic étant plus élevé pour la Covid-19 et plus concentré dans le temps. En revanche, la surmortalité de la vague d’automne est sensiblement supérieure, même en se limitant aux décès survenus en 2020. Le pic est moins haut, mais plus étalé. « Le bilan total incluant les décès de 2021 s’annonce déjà plus important que ceux des épidémies de grippe des dernières années » concluent les démographes.

Les analyses en tenant compte de l’âge des personnes décédées montrent que l’épidémie de Covid frappe les personnes âgées, mais guère plus que les autres causes de décès. « Un résultat important » considèrent-ils, tout en rappelant que « la proximité des risques de décès par âge entre la Covid-19 et la mortalité générale ne doit pas conduire à minimiser l’épidémie ».

Et de conclure : « le bilan de l’année 2020 reste accablant : l’épidémie de Covid-19 a interrompu 68 000 vies dans notre pays durant cette seule année, et cela en dépit des mesures prises pour freiner la propagation du virus ».

Moins de naissances en 2020 qu’en 2019

L’indicateur de fécondité est passé de 1,83 enfant par femme en 2019 à 1,79 en 2020 et s’est accompagné d’une baisse du nombre de naissances : 697 000 en 2020 en France métropolitaine, contre 714 000 en 2019. Qu’en sera-t-il en 2021 ? « Il est probable que le nombre de naissances baisse fortement en 2021, écrivent les chercheurs. La montée du chômage et l’incertitude quant à l’avenir conduisent en effet une partie des couples souhaitant un enfant à reporter leur projet. Une baisse des naissances a déjà été observée en fin d’année 2020 (-7% en décembre) et sur le début de l’année 2021 par rapport aux mêmes périodes de 2019.

Cet article a été initialement publié sur le site Univadis.fr  , membre du réseau Medscape.

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