Thrombose sinusale après vaccin AstraZeneca: une analogie avec la thrombopénie induite par l'héparine ?

Andrea Hertlein

25 mars 2021

Hambourg, Allemagne – Des chercheurs allemands, le Pr Andreas Greinacher (hôpital universitaire de Greifswald) et coll. ont peut-être trouvé une explication immunologique aux rares cas de thrombose des sinus veineux apparus dans un contexte d'injection avec le vaccin AstraZeneca. En conséquence, la  Société de recherche sur la thrombose et l'hémostase allemande (GTH ) a modifié ses recommandations pour le diagnostic et la prise en charge de ces événements thromboemboliques. De son côté, le Groupe Français d’études sur l’Hémostase et la Thrombose propose une marche à suivre face à ces thrombophlébites cérébrales et autres thromboses disséminées post-vaccination (A lire ici).

Pour rappel, suite à la réunion extraordinaire du 18 mars 2021, l’Agence Européenne du Médicament (EMA) a indiqué que le vaccin AstraZeneca n'était pas associé à un risque global accru de thrombose. L’agence a toutefois signalé de très rares cas de thromboses associés à une thrombopénie avec ou sans saignement, y compris des thromboses des sinus cérébraux (CVST) sans émettre d’hypothèse sur le ou les mécanismes physiopathologiques sous-jacents.

Un mimétisme de la TIH confirmé chez 4 patients

D’après les scientifiques allemands, la vaccination déclencherait probablement, par analogie avec la thrombopénie induite par l'héparine (TIH) de type 2, la formation d'anticorps dirigés contre un complexe héparine-molécule de signalisation PF4 dans le cadre de la réponse inflammatoire et de la stimulation immunitaire, selon le communiqué de la GTH (voir schéma en fin de texte).

Ces anticorps induiraient  une activation massive des plaquettes via le récepteur Fc, de manière dépendante ou indépendante de l'héparine ainsi qu’une activation de la coagulation pouvant aboutir à des thromboses veineuses et/ou artérielles.
La thrombopénie résulte de l’activation des plaquettes et de la phagocytose des plaquettes sensibilisées par les anticorps. Les thromboses résultent d’une activation pluricellulaire (plaquettes, cellules endothéliales, monocytes).

Ce mécanisme de mimétisme de la TIH a été démontré dans le laboratoire d'Andreas Greinacher chez 4 patients présentant une thrombose des sinus veineux du cerveau après vaccination par le vaccin d'AstraZeneca.

D'après la GTH et à l'instar de ce qui s'observe dans la TIH classique, ces anticorps apparaissent 4 à 16 jours après la vaccination.

Toutefois, ce mécanisme physiopathologique n'exclut pas la possibilité que d'autres facteurs soient la cause réelle des thromboses post-vaccinales, préviennent les chercheurs. Leur communiqué ajoute qu'en raison de l'origine immunologique de ces thromboses, les patients ayant des antécédents thrombotiques et/ou présentant une thrombophilie après l'injection du vaccin d'AstraZeneca ne courent pas un risque accru pour cette complication spécifique et très rare.

Que faire en présence de maux de tête prolongés après la vaccination ?

En cas d'effets secondaires qui durent plus de 3 jours après la vaccination ou qui surviennent par la suite (comme des vertiges, des maux de tête ou des troubles visuels), la GHT recommande rechercher de manière exhaustive une éventuelle thrombose cérébrale.

La démarche comprend notamment une numération sanguine et des plaquettes, un frottis sanguin, le dosage des D-dimères, voire l'imagerie cérébrale. Lorsqu'une thrombocytopénie et/ou une thrombose est effectivement détectée, le GTH recommande de rechercher plus précisément une TIH, indépendamment d'une éventuelle exposition antérieure à l'héparine.

Cette recherche se base sur la détection immunologique d'anticorps contre le complexe héparine-facteur 4 plaquettaire 4 (PF4).

Jusqu'à exclusion du diagnostic de TIH (auto-immune), toute anticoagulation par héparine doit être évitée « lorsque la situation clinique, la disponibilité et l'expérience le permettent, et des préparations alternatives et compatibles avec une TIH doivent être utilisées », estiment les chercheurs.

Des immunoglobulines en IV et à fortes doses

Lorsqu'un diagnostic de TIH auto-immune et de thromboses critiques comme celles des sinus veineux du cerveau a été clairement établi, le mécanisme prothrombotique en jeu peut très probablement être interrompu par l'administration de doses élevées d'immunoglobulines par voie intraveineuse (par exemple 1 g/kg/j, pendant deux jours consécutifs).

Cependant, selon la GTH, les autres causes de thrombocytopénie et/ou de thrombose doivent toujours être envisagées et recherchées. Il s'agit notamment des microangiopathies thrombotiques (syndrome hémolytique et urémique, purpura thrombotique thrombocytopénique), du syndrome des anti-phospholipides, de l'hémoglobinurie paroxystique nocturne et des hémopathies malignes.

Par ailleurs, dans l'état actuel des connaissances, rien n'indique que les thromboses survenant à des endroits plus classiques (thromboses veineuses jambières, embolies pulmonaires) s'observent plus fréquemment après l'injection du vaccin d'AstraZeneca que dans la population générale et appariée pour l'âge. La GTH conclut donc que « les effets positifs de la vaccination avec [ce] vaccin l'emportent sur les effets négatifs, de sorte que sa reprise en Allemagne est à saluer. »

Source : Thrombopénies Induites par l’héparine (TIH) Notions actuelles….Extrait d'une présentation du Pr Yves Gruel, Président du Groupe Français d’études sur l’Hémostase et la Thrombose, GFH,Tours).

 

Cet article a été publié initialement sur Univadis.de sous le titre AstraZeneca-Impfstoff: Forscher entdecken Analogie zu heparininduzierter Thrombozytopenie. Traduction-adaptation du Dr Claude Leroy

 

 

 

 

 

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