Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

24 mars 2021

Tours, France — L’étude ANRS Prévenir, menée en partenariat avec AIDES, valide l’efficacité et la bonne tolérance en vie réelle de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) à la demande au bout de trois années de suivi. Ces résultats ont été présentés lors de la CROI, la conférence internationale sur les rétrovirus et les infections opportunistes[1].

« La PrEP à la demande, comme la PrEP en continu, représente donc, chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec les hommes, une option très efficace de prévention de l’infection par le VIH », conclut le Pr Jean-Michel Molina (chef du service de maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Louis AP-HP), investigateur principal de l’étude Prévenir.

L’efficacité de la PrEP à la demande a été mise en évidence pour la première fois par l’essai ANRS IPERGAY, et a, depuis, été approuvée par l’OMS et un grand nombre de recommandations internationales comme un outil de prévention efficace contre la transmission du VIH.

PrEP à la demande versus PrEP en continu

À l’occasion de la CROI 2021, le Pr Molina a présenté les résultats à trois ans de cette étude, démarrée en mai 2017. Son but était de suivre plus de 3 000 personnes en Île-de-France présentant de fortes vulnérabilités au VIH, afin d’évaluer l’efficacité et la tolérance de la PrEP par l’association en un comprimé de deux molécules antirétrovirales : l’emtricitabine et le fumarate de ténofovir disoproxil. Cette combinaison est disponible sous forme de génériques qui ont été utilisés par plus de 90 % des patients de l’étude ANRS Prévenir, rapporte le communiqué de l’AP-HP[2].

Au total, 3 067 participants parisiens ont été inclus dans l’étude, avec un âge moyen de 36 ans. Presque la totalité d’entre eux (98,5 %) était des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et 56 % utilisaient déjà la PrEP avant l’entrée dans l’étude. Près de la moitié des participants (49,5 %) a choisi de prendre la PrEP à la demande, c’est-à-dire avant et après les rapports sexuels, tandis que l’autre prenait la PrEP de façon continue (un comprimé tous les jours). Le nombre moyen de partenaires au cours des 3 derniers mois était de 10 (5-20) et le nombre moyen de relations sexuelles sans préservatifs dans les 4 semaines précédentes étaient de 2 (0-5). Le taux de rétention dans l’étude était relativement élevé : l’incidence des perdus de vue de l’étude était de 14 pour 100 participants-année.

Six participants infectés par le VIH

Après un suivi moyen de 22 mois, l’incidence du VIH dans la cohorte n’était que de 1,1 pour 1 000 participants par année, que ce soit dans le groupe « à la demande » ou dans le groupe « continu ». Cela correspond à 361 infections par le VIH évitées en se rapportant à l’incidence de 6,6 % observée dans le bras placebo de l’essai ANRS IPERGAY.

Seuls six participants (3 en continu et 3 à la demande) ont été infectés par le VIH au cours de l’étude. Tous avaient interrompu la PrEP avant l’infection et avaient continué à avoir des rapports sans préservatif. Ils ont tous reçu une trithérapie dans un délai de moyen de 7 jours. Parmi eux, un seul cas de résistance à l’emtricitabine a été détecté, ce participant ayant repris la PrEP avant de vérifier l’absence d’infection par le VIH.

Interrogé par Medscape édition française, le Pr Molina a précisé : « ce n’est pas une étude randomisée mais sa taille permet de dire qu’il y a une efficacité similaire entre les deux modes de PrEP (continu et à la demande) avec des incidences très faibles du VIH dans les deux cas. »

La tolérance de la PrEP dans l’étude, qu’elle soit à la demande ou en continu, était très satisfaisante. Aucun patient n’a dû interrompre la PrEP pour une toxicité rénale. Seules trois personnes ont dû l’interrompre pour des problèmes digestifs (nausées ou diarrhées), qui représentent les effets indésirables les plus fréquents.

Incidence élevée des IST (avec une chute drastique pendant le confinement)

En termes de comportement sexuel, les chercheurs ont noté au cours de l’étude une diminution du nombre moyen de partenaires chez les participants, mais une augmentation du nombre de rapports sexuels et de rapports sexuels sans préservatif, notamment chez ceux qui ne prenaient pas de PrEP avant d’entrer dans l’étude. Globalement, 18 % de la totalité des rapports sexuels ont été protégés par un préservatif.

L’équipe de recherche a constaté, comme attendu chez ces participants utilisant peu les préservatifs, une incidence relativement élevée de l’hépatite C (0,7 % participants par année) et surtout des infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes, dont l’incidence était de 75,5 % participants/année. Ils ont cependant observé une chute de cette incidence à 32 % participants par année pendant la période du confinement liée à l’épidémie de la Covid-19 (du 17 mars au 11 mai 2020).

Afin de réduire l’incidence de ces infections sexuellement transmissibles, deux sous-études sont actuellement en cours dans le projet ANRS Prévenir : la première vise l’élimination de l’hépatite C par une stratégie de test and treat et la seconde, Doxyvac, évalue l’intérêt d’une prophylaxie post-exposition par la doxycycline et d’une vaccination contre le méningocoque B pour essayer de prévenir les infections à Chlamydia, syphilis et gonocoque.

Les résultats de l’étude Prévenir valident donc en vie réelle l’efficacité de la PrEP à la demande, qui a depuis été approuvé par l’OMS et un grand nombre de recommandations internationales, conclut le communiqué de l’AP-HP.

Interrogé sur l’intérêt de dispenser la PrEP au long cours sous la forme d'un implant (comme testé avec l’islatravir), le Pr Molina a répondu qu’ « en effet, il s’agit d’une option d’avenir, qui va être étudiée ».
 

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