Vaccin Pfizer/BioNTech : ses conditions d’utilisation pourraient être assouplies, d’après l’expérience israélienne

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

4 mars 2021

Tel Aviv, Israël — La campagne de vaccination massive menée en Israël qui a permis de vacciner environ la moitié de la population du pays en l’espace de deux mois est riche d’enseignements, tant sur l’efficacité du vaccin que sur les conditions d’utilisation du vaccin Pfizer/BioNTech, qui pourraient être assouplies.  Cette expérience « en vie réelle » pourrait, en effet, conforter les partisans d’un délai plus important avant la deuxième dose pour vacciner plus de personnes avec une première dose. Par ailleurs, la conservation à – 80°C ne serait peut-être pas nécessaire, facilitant là encore, l’extension de la vaccination.  

Efficacité vaccinale

Pour tenter d’atteindre l’immunité collective, l’Etat d’Israël peut compter sur son système de santé performant, qui a encore apporté les preuves de sa réactivité, mais aussi sur un stock de vaccin suffisant, livré sans faute par le laboratoire Pfizer. Celui-ci s’est en effet engagé auprès du gouvernement à fournir les doses nécessaires, en échange de données biomédicales sur les effets de l’immunisation de la population.

L’analyse de ces données a confirmé l’efficacité du vaccin à ARNm de Pfizer en conditions réelles. Dans une large étude portant sur quelque 1,2 millions de personnes, les résultats apparaissent déjà satisfaisants après l’injection de la première dose, avec une baisse des cas symptomatiques de 57%, des cas graves de Covid-19 de 62% et des hospitalisations de 74% dans un délai de 14 à 21 jours après la première injection [1]. Les décès liés à la maladie ont également été réduits de 72%.

L’effet du vaccin sur l’incidence des cas symptomatiques s’observe à partir du 12ème jour après la première injection, précisent les auteurs. La deuxième dose, injectée 21 à 22 jours après la première, conformément aux recommandations, permet une réduction des cas symptomatiques de 94%, des cas graves de 92% et des hospitalisations de 87%, soit des résultats similaires à ce qui a été observés dans les essais cliniques, sans différence significative entre les groupes d’âge.

 
Pour le moment, rien ne permet d’affirmer que la protection apportée par la première dose est durable  Pr Cyrille Cohen
 

Reporter la deuxième dose?

Ces résultats permettent-ils de repousser l’administration de la deuxième dose du vaccin de Pfizer, afin de vacciner un plus grand nombre de personnes ? Plusieurs pays ont déjà fait ce choix En France, la Haute autorité de santé (HAS) a préconisé d’élargir à six semaines le délai entre deux doses de vaccin à ARNm, soit le délai maximal recommandé par l’Agence européenne des médicaments (EMA) pour ce vaccin. Un avis que n’a pas suivi le gouvernement.

Les données sur l’efficacité du vaccin en conditions réelles, « sont très encourageantes », a estimé le Pr Cyrille Cohen, directeur du laboratoire d’immunothérapie de l’université de Bar Ilan, en Israël, auprès de Medscape édition française. « La deuxième dose reste toutefois importante. La première peut apporter un bénéfice, mais il reste à savoir quelle sera la mémoire immunitaire à long terme », en l’absence de deuxième injection.

« Pour le moment, rien ne permet d’affirmer que la protection apportée par la première dose est durable. »

Des conditions de conservation du vaccin assouplies

Autre leçon non négligeable tirée de l’expérience israélienne : le vaccin à ARNm de Pfizer/BioNTech peut finalement être conservé à une température de -20°C et non plus à -70°c. Annoncé mi-février, ce changement majeur dans les conditions de conservation de ce vaccin a grandement simplifié la logistique de la vaccination en Israël, a commenté le Pr Cohen. Pour stocker les doses de vaccin livrées, « une infrastructure comprenant une centaine d’ultracongélateurs avait dû être montée près de l’aéroport » de Tel Aviv. Les vaccins peuvent désormais être conservés sur les lieux de vaccination.

La température de -70°C aurait été initialement préconisée par excès de précaution, en l’absence de tests de stabilité. Evoquant de nouvelles données, les laboratoires Pfizer et BioNTech précisent que les doses peuvent être conservées deux semaines entre -15°C et -20°C et cinq jours au réfrigérateur, entre 2° et 8°C. Pour une conservation à long terme, les -70°C restent nécessaires.

Le Pr Cyrille Cohen n’a pas déclaré de conflits d’interêt en lien avec le sujet.

 

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