Adénopathie axillaire post vaccin anti-COVID-19 ou cancer du sein : ne pas confondre

Roxanne Nelson

Auteurs et déclarations

4 mars 2021

New York, Etats-Unis — Une adénopathie axillaire, ou gonflement sous l'aisselle, a été signalée par des femmes après avoir reçu les vaccins contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech et Moderna. Or, il s’agit également d’un symptôme fréquent de cancer du sein.

Par conséquent, les cliniciens devraient tenir compte des antécédents récents de vaccination pour la Covid-19 dans le diagnostic différentiel des patientes qui présentent une adénopathie axillaire unilatérale, selon une nouvelle publication[1].

« Nous avons remarqué un nombre croissant de patientes ayant des ganglions lymphatiques gonflés au niveau d'un seul côté/d'une seule aisselle qui se présentaient pour une mammographie de dépistage de routine ou une échographie, ainsi que certaines femmes qui ont ressenti ces ganglions gonflés », a déclaré le Dr Katerina Dodelzon, professeur adjoint de radiologie clinique au Weill Cornell Medicine, à New York City, et auteur de l'étude.

« A l'origine, les ganglions lymphatiques gonflés d'un seul côté sont relativement rares et sont peu fréquents lors des mammographies de dépistage – ils sont observés dans seulement 0,02% à 0,04% des cas - et c'est un signe d'alerte pour le radiologue, afin d'exclure la présence d'une malignité du sein à ce niveau-là », a-t-elle précisé.

Dans l’article publié dans Clinical Imaging, Dodelzon et ses collègues décrivent quatre cas de femmes ayant reçu un vaccin contre le Covid-19 et ayant ensuite demandé un dépistage du cancer du sein. Par la description de ces cas, les auteurs veulent « inciter la communauté médicale à considérer ce diagnostic bénin, face à ce qui peut être une présentation alarmante d'adénopathie axillaire unilatérale ». Ils espèrent ainsi réduire le nombre de biopsies inutiles et contribuer à rassurer les patientes.

Des cas d'adénopathie ont été signalés avec d'autres vaccins, tels que le vaccin bilié de Calmette et Guérin, les vaccins contre la grippe et le vaccin contre le papillomavirus humain, a commenté le Dr Jessica W. T. Leung, présidente de la  Society of Breast Imaging  (SBI).

« Il est trop tôt pour dire si les vaccins contre le Covid-19 ont quelque chose de différent », a déclaré Jessica Leung, qui est également professeur de radiologie diagnostique à la University of Texas MD Anderson Cancer Center, à Houston, au Texas.

« Les deux vaccins actuellement utilisés — Pfizer et Moderna — sont tous deux des vaccins à ARNm, et on ignore s'ils donneront une réponse immunitaire plus forte », a-t-elle déclaré. « Si les vaccins de Johnson & Johnson et d'AstraZeneca deviennent disponibles, il sera intéressant de voir s'ils provoquent une réponse aussi forte, puisqu'il ne s'agit pas de vaccins à ARNm. Pour l'instant, nous n'avons pas de données qui nous permettent de dire si c'est le cas ou non ».

« Ce signal peut également être davantage perceptible en raison du grand nombre de personnes qui se font vacciner dans un court laps de temps dans le but de maîtriser la pandémie, ce qui n'est pas le cas avec les autres vaccins », a-t-elle déclaré.

Nouvelles recommandations de la SBI

Dans ce contexte, la Society of Breast Imaging  (SBI) a émis des recommandations pour que les femmes qui souffrent d'adénopathie axillaire et qui ont récemment été vaccinées contre la COVID-19du même côté que celui où l'adénopathie s'est produite soient suivies pendant quelques semaines pour voir si les ganglions lymphatiques reviennent à la normale, plutôt que de subir une biopsie.

« De nombreuses pratiques consistent désormais à demander systématiquement l'historique des vaccinations récentes et de quel côté le vaccin a été administré », a déclaré Katerina Dodelzon.

De plus, « faire savoir à votre technicien en mammographie ou au spécialiste de l'imagerie mammaire que vous avez été récemment vaccinée, et de quel côté, fournira à ce dernier un contexte plus précis pour interpréter les résultats », a-t-elle déclaré.

En outre, la SBI recommande aux femmes de programmer, dans la mesure du possible, une mammographie de dépistage systématique soit avant la première dose du vaccin contre la COVID-19, soit 4 à 6 semaines après la deuxième dose pour éviter un faux positif.

S'il n'est pas possible de reprogrammer la mammographie ou la vaccination, Jessica Leung recommande aux femmes d'informer l'établissement qu'elles ont récemment reçu un vaccin contre la COVID-19. « Actuellement, nous recommandons un suivi dans un délai de 4 à 12 semaines », a-t-elle déclaré. « Le gonflement pourrait se résorber plus tôt, peut-être même dans un délai de 1 à 2 semaines, mais nous recommandons généralement d'attendre au moins 4 semaines ».

Des différences entre les vaccins ?

La fréquence d'apparition de l'adénopathie axillaire comme effet secondaire diffère entre les deux vaccins contre la COVID-19, selon les rapports des  Centers for Disease Control and Prevention (CDC) .

Pour le vaccin de Moderna, l'adénopathie axillaire ipsilatérale au niveau du bras vacciné était la deuxième réaction locale la plus fréquemment signalée, 11,6% des cas ayant signalé cette réaction après la première dose, et 16,0% après la deuxième. La durée moyenne de cette adénopathie était de 1 à 2 jours.

Pour le vaccin de Pfizer-BioNTech, les CDC notent que les rapports d'adénopathie étaient inégaux entre le groupe vacciné et le groupe placebo et ont conclu que l'adénopathie était plausiblement liée au vaccin.

La durée moyenne de l'adénopathie était d'environ 10 jours.

Selon les CDC, l'adénopathie a été signalée dans les 2 à 4 jours suivant la vaccination pour les deux vaccins.

Cependant, les détails des cas rapportés par Dodelszon et ses collègues brossent un tableau quelque peu différent. Par exemple, dans le cas n°1, la patiente a détecté elle-même une adénopathie axillaire unilatérale 9 jours après avoir reçu la première dose du vaccin de Pfizer-BioNTech. Dans le cas n°3, le délai entre le moment où le vaccin de Moderna a été administré et celui où l'adénopathie a été détectée était de 13 jours.

Dans ces deux cas, le délai était beaucoup plus long que la durée moyenne de 1 à 2 jours constatée par les CDC. Les auteurs suggèrent qu'en examinant l'historique de la vaccination de la patiente, les radiologues se rendent compte que l'effet secondaire peut se produire jusqu'à plusieurs semaines après la vaccination contre la COVID-19.

Dans les cas n°2 et 4, l'adénopathie axillaire a été constatée accidentellement lors de la mammographie, et il n'était donc pas possible de savoir quand le début de cette réaction s'est produit après le vaccin.

 

Les auteurs et Jessica Leung n'ont révélé aucun lien d'intérêt financier pertinent.

 

Cet article a été initialement publié sur Medscape.com. Traduit par MediQuality.net.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....