Prix du Jury du congrès Encéphale 2021 pour l'appli MonSherpa

Jean-Baptiste Gervais

Auteurs et déclarations

24 février 2021

Paris, France – Lancé en septembre 2019, MonSherpa est une application qui permet à des internautes, atteints de "mal-être", de pouvoir accéder à des conseils et des exercices basés entre autres sur des TCC (thérapie comportementale et cognitive). Un chatbot [programme informatique capable de simuler une conversation avec un ou plusieurs humains, NDLR] établit un profil de chaque internaute connecté au travers d'un questionnaire. Si l'internaute manque de sommeil par exemple, le chatbot pourra alors proposer des exercices de méditation. MonSherpa présente d'autres fonctionnalités : rappel de rendez-vous médicaux, aide à l'observance des traitements médicamenteux... Depuis le confinement de mars dernier, l'application, dont la totalité des fonctionnalités était accessible sur abonnement payant, est gratuite.

Téléchargée plus de 100 000 fois en 2020, MonSherpa a reçu le grand prix du Jury du congrès de l’Encéphale 2021 (voir encadré en fin d’article). C'est la deuxième application créée par le Dr Fanny Jacq, psychiatre, à qui l'on doit également l'application de téléconsultation en psychiatrie Doctoconcult (2015), rebaptisée Doctopsy, rachetée en 2020 par la société de téléconsultation Qare. Elle décrit pour Medscape édition française l’actualité de MonSherpa et analyse l'explosion des téléconsultations en santé mentale du fait de la pandémie de Covid-19.

Medscape édition française : Vous attendiez-vous à recevoir ce prix ? Et comment allez-vous faire pour convaincre les psychiatres du sérieux de l'application Monsherpa ?

Dr Fanny Jacq : Non, pas vraiment, cela a été une belle surprise. Face à nous, il y avait de belles entreprises, avec de beaux projets. Je suis contente car cela fait connaitre l'application auprès des médecins, j'ai envie qu'ils soient prescripteurs, qu'ils reconnaissent l'utilité de MonSherpa. Ce prix du jury de l'encéphale va nous permettre d'asseoir notre crédibilité. Il faut que les psychiatres sachent que notre application est sérieuse et qu'ils peuvent la prescrire à leurs patients. Nous allons d’ailleurs mettre à leur disposition des publications scientifiques, issues de notre conseil scientifique. Nous devrions en sortir deux ce premier semestre.  

Pendant le confinement, MonSherpa est resté en accès libre. Allez-vous modifier de manière durable le modèle économique de cette appli, qui au départ n’était accessible que sur abonnement ?

Dr Jacq : En effet, nous nous posons la question. Il n'est pas exclu que son contenu reste gratuit, mais que les nouvelles fonctionnalités sur lesquelles nous travaillons soient payantes. Nous pourrions évoluer dans cette voie.

Monsherpa est-elle la seule application qui propose ce type de services ?

Dr Jacq : Je pense qu'il doit y avoir des concurrents américains qui arrivent sur le marché français, mais parmi les applications franco-françaises, je pense que nous sommes les seuls à proposer des services aussi aboutis comme le chatbot, par exemple, ou encore nous sommes les seuls à proposer autant de contenus, au nombre de 200.

Vous aviez constaté que le nombre de téléconsultations en psychiatrie avait explosé en 2020, du fait des confinements et déconfinements. Qu'en est-il en 2021 ?

Dr Jacq : Ça continue d'augmenter, je pense que janvier 2021 a été pour nous le mois le plus important en termes de téléconsultations en santé mentale, depuis un an. Nous avions un décalage de deux à trois semaines par rapport au pic épidémique de Covid. Le pic de novembre a entrainé une hausse des consultations en décembre et janvier. Qui plus est, la population des patients change : les 18-25 ans ont été en forte augmentation en janvier par rapport à décembre. Les jeunes consultent de plus en plus.

Avez-vous adapté vos téléconsultations en fonction de cette nouvelle patientèle ?

Dr Jacq : Tout à fait. Nous avons par exemple limité les avances de frais. Nous sommes donc passés au tiers payant intégral, et c'est important pour des populations étudiantes. Aussi, nous faisons attention au nombre de psychiatres présents et nous n'hésitons pas à recruter psychiatres et psychologues lorsque nous atteignons le trop plein.

Sur l’année 2020/21, quels ont été les plus gros mois en termes de téléconsultations ?

Dr Jacq : Mars, avril, décembre et janvier ont été les plus gros mois. Nous avons 13% des consultations totales de Qare sur ces quatre mois, ce qui est énorme. Les consultations santé mentale en cabinet représentent à peu près 1% de l'ensemble des consultations en médecine. Entre mars et maintenant, nous avons réalisé +250% de téléconsultations. Le mois de janvier est donc en effet le plus gros mois. Mais le mois de janvier, traditionnellement, est un gros mois, du fait des bonnes résolutions du mois de janvier, où des patients décident de prendre soin de leur santé mentale. Ajoutez-y les mois de novembre et décembre qui ont été éprouvants du fait de la pandémie, ainsi que la situation des étudiants.

La santé mentale des jeunes est devenue une préoccupation nationale. Avez-vous été sollicité par les pouvoirs publics ?

Dr Jacq : Nous aurions aimé. Nous avons tout de même 300 professionnels de santé à disposition, nous pouvons aussi appliquer une politique des honoraires pour que les étudiants n'aient pas à avancer les frais. Nous avons sollicité le ministère de l'Enseignement supérieur ainsi que le gouvernement pour leur dire que nous pouvions être force de propositions. Nous avons du mal à obtenir des réponses par rapport au chèque santé mentale par exemple. Nous ne savons pas exactement comment les étudiants peuvent en bénéficier, nous aurions aimé intégrer ce parcours-là.

Six startups concouraient pour le prix de l'innovation 2021 de l'Encéphale: Alcediag, une société française de biotechnologie qui développe des solutions de diagnostic des maladies psychiatriques basées sur des biomarqueurs sanguins ; Hypnos, qui a développé Dreaminzzz, un masque « d’hypnose connecté qui permet de faciliter l’endormissement » ; Posos, « un outil d'aide à la prescription nouvelle génération qui a pour but d'accompagner le médecin dans sa pratique quotidienne » ; Qynapse, « une solution pour professionnels de santé proposant des informations complètes et anticipées pour aider les décisions thérapeutiques personnalisées et améliorer les soins au patient » ; Victories&Co, « un service de plateforme digitale destiné aux patients préoccupés par leur suivi et souhaitant relever les défis de leur santé ». 

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