POINT DE VUE

Vaccin Pfizer/BioNTech et poussées hypertensives : la Société Française d’Hypertension Artérielle rassure

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

23 février 2021

France — Des élévations tensionnelles transitoires et des troubles du rythme ont été rapportés chez des patients vaccinés avec le vaccin anti-COVID-19 de Pfizer BioNTech (Comirnaty), selon les dernières données de pharmacovigilance de l’ANSM. Faut-il s’inquiéter ? Mettre en place une surveillance particulière lors de la vaccination ? Dans un communiqué, la Société Française d’Hypertension Artérielle (SFHTA) évoque des réactions de « caractère bénin et transitoire » et appelle à ne pas « générer une inquiétude illégitime » [1].

Entretien avec son président, le Pr Atul Pathak (Cardiologie et maladies vasculaires. Centre hospitalier Princesse Grace, Monaco).

Medscape édition française : Pouvez-vous nous décrire les cas d’hypertension qui ont été rapportés ?

Pr Atul Pathak : Sur les 2140 effets indésirables rapportés par l’ANSM, céphalées, gènes au point d’injection…, 73 cas d’hypertension artérielle ont été déclarés avec le vaccin Pfizer/BioNTech, ce qui fait 3,4 % de l’ensemble – un pourcentage probablement sous-estimé car la tension n’a pas été mesurée systématiquement dans les centres.

Il s’agit d’augmentations de l’hypertension souvent immédiates après la vaccination, parfois différée. Elles ont été détectées le plus souvent chez des personnes qui ont souffert de céphalées ou de symptômes pseudo-grippaux banaux.

Elles restent transitoires et de courte durée et pour ces 73 cas, l’évolution a été favorable.

Trois cas de figure ont été observés :

-une décompensation de l’hypertension chez quelqu’un qui est hypertendu connu ;

-une élévation transitoire de la tension artérielle chez quelqu’un qui n’était pas hypertendu et qui est redevenu normotendu (un épiphénomène) ;

- la découverte d’une hypertension artérielle chez une personne chez qui celle-ci était passée inaperçue. Rappelons que l’hypertension est une maladie silencieuse. En France une personne hypertendue sur deux ignore qu’elle l’est.

Notons, qu’aucun signal n’a été rapporté avec le vaccin Moderna ou celui d’AstraZeneca. Pourtant des syndromes pseudo-grippaux ont été rapportés avec la vaccin AstraZeneca et ils peuvent engendrer des hypertensions.

Faut-il s’inquiéter ?

Pr Atul Pathak : Il n’y a pas aujourd’hui suffisamment de cas et de puissance dans le lien entre deux pour remettre en cause la sécurité du vaccin mais le signal continue à être suivi en France et par l’EMA. Il faut rassurer la population. Il ne faut pas que les personnes qui ont eu une élévation de la pression artérielle lors de la première injection n’aillent pas faire la seconde ou que le médecin, inquiet, suspende la deuxième injection. En aucun cas, il ne faut remettre en cause le schéma vaccinal et ce, en particulier, chez les personnes à risque de formes graves de Covid.

Mais le rapport fait état de 36 hypertensions graves, qu’est-ce que cela signifie ?

Pr Atul Pathak : Le terme « grave » a été employé dans le sens de l’intensité du signal, d’une forte élévation de l’HTA, plutôt que dans le sens de la mise en jeu du pronostic vital. Là, il n’y a pas eu d’hospitalisations. La poussée hypertensive était transitoire et réversible.

Comment expliquer ces cas d’HTA ?

Pr Atul Pathak : Ils peuvent être la conséquence d’une réaction adrénergique induite par la douleur au site d’injection ou par le stress/anxiété, en particulier dans le contexte de la communication « anxiogène » autour de la vaccination anti-Covid. Tout ceci peut justifier d’une augmentation de la pression artérielle.

Ce type de réaction a aussi été décrit pour d’autres vaccins comme ceux contre la grippe. Mais, à ce stade, il n’y a pas de mécanismes identifiés pour dire que le vaccin entraine une augmentation de la pression artérielle.

Faut-il surveiller et prendre en charge ces hypertensions ?

Pr Atul Pathak : Ces hypertensions ne nécessitent ni traitement, ni pré-traitement, ni traitement en vue de la prochaine injection de vaccin. Il y a des personnes qui ont utilisé des anti-hypertenseurs à tort. Or, ils peuvent induire des hypotensions. Il faut éviter un mésusage des médicaments.

Notons toutefois que s’il y a une élévation tensionnelle, cela vaut le coup de revenir dans le canal médical traditionnel pour faire un dépistage de l’HTA. Il peut être judicieux de recontrôler la tension pour ne pas passer à côté d’une hypertension cachée. Dans tous les cas, s’il y a des symptômes qui peuvent être évocateurs de l’hypertension :  des maux de tête, des vertiges, des bourdonnements d’oreille, il faut contrôler sa pression artérielle.

L’ANSM fait aussi mention de troubles du rythme. Qu’en est-il ?

Pr Atul Pathak : Ces troubles du rythme sont encore plus rares. Et, là, l’âge est un facteur de confusion majeur car les premières vagues de vaccination ont concerné des gens âgés, fragiles, qui sont ceux les plus à risque d’arythmies.
 

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