Traitement du mélanome métastatique: des données en vie réelle chez les plus de 65 ans

Dr Claude Biéva

Auteurs et déclarations

17 février 2021

International —Deux études, l'une sur 120 patients avec un âge médian de 76,4 ans, l'autre sur 218 patients âgés de 65 à 79 ans et 73 patients âgés de 80 à 100 ans, avaient pour objectif d'apporter des données en vie réelle sur la sécurité d'emploi des thérapies ciblées et de l'immunothérapie par un anti-PD-1 chez des patients âgés. Faut-il s'attendre à des résultats différents de ceux obtenus dans les essais cliniques pivotaux, avec une incidence accrue d'effets secondaires? L'âge est-il finalement une contre-indication au traitement de cette forme de cancer?

La première cohorte[1] a inclus 120 patients atteints d'un mélanome malin. Les patients avaient un âge médian de 76,4 ans, 80% avaient un statut ECOG PS 0-1 avec une maladie d'origine cutanée pour 91%. Près d'un cinquième des patients avait des métastases cérébrales à l'inclusion.

Au total, 53 patients dont 15 ≥ 80 ans ont été traités par thérapie ciblée, 9 avec le vemurafenib (V) dont 7 en première ligne, 12 avec le vemurafenib/cobimetinib (V + C) et 32 avec le dabrafenib/trametinib (D + T) en première ligne. Pour l'immunothérapie, 72 patients dont 23 ≥ 80 ans ont reçu un anti-PD-1 (nivolumab, pembrolizumab) dont 64 en première ligne, 6 en deuxième ligne (5 patients après thérapie ciblée, 1 patient après dacarbazine) et 2 patients en troisième ligne après traitement par dacarbazine et ipilimumab.

Sur le plan moléculaire, 92% des mélanomes étaient de type BRAF sauvage.

Les effets secondaires les plus fréquents de tous grades sous thérapie ciblée sont un rash (89%), une photosensibilité (67%) et des arthralgies (67%) sous V, une créatinine augmentée (58%), des amino-transférases augmentées (50%) et des nausées (50%) sous V + C, une fièvre (53%), des nausées (34%) et des fatigues (28%) sous D + T. Des grades 3 et 4 s'observent chez 41% de tous les patients et 60% des patients d'âge ≥ 80 ans. Une réduction des doses a été nécessaire chez 53% des patients et l'arrêt du traitement chez 17%.

Sous immunothérapie par anti-PD-1, les effets secondaires les plus fréquents de tous grades sont la fatigue (46%), un prurit (18%), un hypothyroïdisme (17%).

Les grades 3 et 4 sont observés chez 15% de tous les patients et 17% des patients d'âge ≥ 80 ans. Les traitements ont été arrêtés chez 15% des patients.

Chez les plus de 80 ans

Une analyse rétrospective multicentrique[2] a inclus 499 patients traités par nivolumab ou pembrolizumab dont 208 avaient moins de 65 ans, 218 avaient de 65 à 79 ans et 73 patients avaient de 80 à 100 ans. L'efficacité et la toxicité de l'immunothérapie ont été comparées dans les trois classes d'âges sur base du taux de réponses globales, de la meilleure réponse, de la survie sans progression (PFS), de la survie sans événements liés au mélanome (MSS) et des effets secondaires.

En analyse multivariée, la présence de métastases cérébrales, des taux de LDH élevés et la survenue d'au moins un effet secondaire relié au traitement a un impact significatif sur la survie globale et la survie sans progression. L'âge, le sexe, une mutation BRAF, le site de la lésion primaire, le type d'anti-PD-1 n'a pas d'effet statistiquement significatif sur la MSS et la PFS.

La toxicité est similaire pour tous les groupes d'âges avec des effets secondaires reliés au traitement de grades 3/4 rapportés chez respectivement 5%, 5,5% et 4% des patients dans les groupes d'âges < 65 ans, de 65 à 79 ans et de 80 à 100 ans.

Pas de contre-indications chez le patient âgé

Ces données ne montrent pas une incidence accrue d'effets secondaires chez la personne âgée dans une situation de vie réelle, comparé à celle des essais cliniques. Elles suggèrent que l'âge par lui-même n'est pas une contre-indication à l'usage de thérapies ciblées ou de l'immunothérapie.

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