Origine du COVID-19 : l’OMS exclut l’accident de laboratoire

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

16 février 2021

Paris, France — Le 9 février dernier, la mission de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), chargée de découvrir l'origine du Covid-19, donnait sa première conférence de presse [1]. Les enquêteurs, qui comprenaient 17 experts chinois et 17 experts étrangers répartis dans trois groupes (épidémiologie, recherche animale moléculaire, et environnementale) ont enquêté de facto entre le 14 janvier et le 10 février à Wuhan. Le but étant de prévenir une nouvelle pandémie, et de lutter contre la mise en place d'un nouveau réservoir zoonotique.

A ce stade, les résultats sont décevants, ne permettant aucunement d’avancer des certitudes, et le mystère de l’origine de ce virus reste entier. Tout au plus, l’enquête semble confirmer l'hypothèse de départ, à savoir la transmission du virus via un hôte intermédiaire qui pourrait être le pangolin, et écarte celle selon laquelle le SARS-CoV-2 serait un accident de laboratoire. La piste des produits surgelés est, elle aussi, évoquée. Etrangement, la mission exclut la possibilité de circulation du virus en Chine avant le mois de décembre 2019.

Le pangolin, réservoir possible de virus

Pour le Pr Peter Embarek, à la tête de la mission, l’OMS s'était fixée deux objectifs : « le premier a été de découvrir ce qui s'est passé ici en décembre 2019. Nous avons aussi essayé de savoir comment le virus a émergé et comment il avait été transmis à l'être humain ». Selon le Pr Liang Wannian, également membre de la mission et représentant de la délégation chinoise, « les recherches se sont déroulées en deux étapes, la première étant l'étude de l'évolution du virus chez l'animal avec son transfert zoonotique, et la seconde étape, l'expansion du virus SARS-CoV-2 dans les populations humaines juste après son transfert ».

Lors la première étape, « le SARS-CoV-2 a été retrouvé chez le pangolin suggérant que ce mammifère ait pu servir de réservoir du virus. Mais d'autres mammifères comme les félins ont aussi pu servir de réservoir. En se basant sur l'analyse du séquençage des virus, le marché de Wuhan apparait comme l'un des premiers clusters. Néanmoins, le séquençage semble démontrer qu'une grande diversité de virus était présente à Wuhan dans la première phase de la pandémie. Ce qui semble sous-entendre que des mutations ont eu lieu au sein même du cluster du marché de Wuhan ».

Pas de circulation du virus avant décembre 2019

En revanche, le Pr Liang Wannian exclut la possibilité de circulation du virus en Chine avant le mois de décembre 2019 – alors que le virus aurait été repéré en France (voir encadré). Pour appuyer ses dires, il cite des études effectuées dans les hôpitaux de Wuhan. « Selon l'analyse de données provenant de 4500 échantillons dans la deuxième moitié de l'année 2019 provenant d'hôpitaux à Wuhan, et d'autres hôpitaux de la province de Hubei aucune trace de SARS-CoV-2 n'a été retrouvée. Par ailleurs, une analyse de la consommation de médicaments contre des infections respiratoires sur la même période n'a pas montré non plus de cluster de SARS-CoV-2. Qui plus est, entre juillet et décembre 2019 nous avons analysé les données de mortalité liées à des pneumonies et nous n'avons pas noté d'anomalies. Il n'y a donc pas de trace de la transmission du SARS-CoV-2 dans cette période. Nous avons aussi mené des études dans 233 centres de santé pour retrouver les symptômes suivants : fièvre, problèmes respiratoires, et tout symptôme évoquant une pneumonie entre le 1er octobre et le 10 décembre. Nous avons aussi testé la présence d'anticorps dans les relevés sanguins et tous étaient négatifs. »

Introduction exogène ?

Donc, il « n'est pas possible selon les données épidémiologiques de déterminer de quelle manière le SARS-CoV-2 a été transmis dans le marché de Wuhan », a expliqué Liang Wannian, ouvrant ainsi la porte à une transmission « étrangère » du virus. De quelle manière ? « Le SARS-CoV-2 aurait été introduit dans le marché de Wuhan par des personnes infectées, des animaux ou des produits animaliers. Mais toutes les analyses sur des produits animaliers ont été négatives, des recherches sont encore en cours. Il a, par ailleurs, été démontré que le coronavirus survit dans des lieux froids et réfrigérés, ainsi que dans des environnements humides. Des recherches sont actuellement en cours dans ce domaine. »

Si le marché de Wuhan reste le principal cluster, le SARS-CoV-2 s'est manifesté ailleurs, au même moment. « Il semble que la transmission du SARS-Cov-2 soit localisée dans le marché de Wuhan, mais d'autres cas de transmission ont aussi été localisés ailleurs à Wuhan. »

Origine naturelle

Quelle serait l'origine du virus ? « Tout nous porte à penser que l'origine de ce virus est naturelle », a affirmé pour sa part Peter Embarek. « Mais une transmission directe de la chauve-souris vers l'homme à Wuhan nous semble peu probable et nous avons essayé de repérer un autre animal qui aurait pu transmettre le virus dans le marché de Wuhan », a-t-il ajouté. « Au marché, il y a beaucoup de produits surgelés, mais aussi des produits de la mer. Il y a aussi de la viande de brousse, provenant de fermes. Nous avons donc identifié les fournisseurs de ces vendeurs, les fermes qui les produisent, qui proviennent de différentes régions du pays. Nous avons aussi testé la présence du coronavirus chez des animaux domestiques, des animaux de ferme, des animaux sauvages. » Après analyse, il semblerait que les « investigations aient démontré que la transmission du virus à l'homme par un hôte intermédiaire semble être l'hypothèse la plus probable ». Pour autant, la transmission du virus via des produits congelés reste une hypothèse valable et la mission n'écarte pas non plus une transmission directe de l'animal vers l'homme. « En revanche, l'accident de laboratoire semble peu probable pour expliquer la transmission du virus chez l'être humain. Ce n'est pas une hypothèse que nous allons investiguer pour expliquer l'origine de la transmission du virus chez l'homme », a ajouté Peter Embarek.

 
L'accident de laboratoire semble peu probable pour expliquer la transmission du virus chez l'être humain. Pr Peter Embarek
 

Interconnecter les données et poursuivre l’enquête

À l'issue de cette première étape, la mission a émis une série de recommandations, dont l'édification d'une vaste base de données : « L'une de nos recommandations est de généraliser l’interconnexion entre les bases de données cliniques, épidémiologiques, moléculaires, et d'utiliser le séquençage génomique. Toutes ces données doivent être accessibles au travers d'une base de données commune. Ceci nous permettrait d'avoir une vue globale, et de mettre en relation les projets de recherche. Cela doit aussi intégrer des bases de données environnementales, animalières, pour en faire le meilleur usage afin d'améliorer nos études. »

La mission recommande également de poursuivre l'enquête pour déterminer l'origine de la pandémie. « Afin de déterminer l'origine et le patient 0, nous recommandons de continuer à analyser le matériel à disposition. Nous avons conduit de nombreuses études sur la question, mais nous avons aussi découvert de nouvelles sources de matériaux qui méritent d'être analysées. Un exemple : l'analyse des échantillons sanguins, non seulement à Wuhan mais aussi dans d'autres régions, ou d'autres pays, où le virus aurait pu être présent », conseille Peter Embarek (voir encadré ci-dessous). D'autres enquêtes doivent aussi être menées sur les chauve-souris, qui restent des réservoirs potentiels du SARS-CoV-2. Aussi, « il nous faut mieux analyser également la chaine du froid qui a pu jouer un rôle dans l'expansion du virus ». L'enquête suit son cours...

Le SARS-CoV2 circulait en France dès novembre 2019

Pour ajouter à la confusion concernant l’origine géographique de ce virus et la chronologie de sa diffusion dans le monde des chercheurs français ont publié cette semaine une étude qui montre l’identification d’un test positif aux anticorps anti-SARS-CoV-2 chez 353 participants parmi lesquels 13 ont été prélevés entre novembre 2019 et janvier 2020. Ces résultats, issus de l’analyse rétrospective d’échantillons de sérum de plus de 9000 adultes collectés dans le cadre de la cohorte Constances, ont été confirmés par des tests d'anticorps neutralisants. Les enquêtes menées auprès de 11 de ces participants ont révélé l'existence de symptômes pouvant être liés à une infection par le virus responsable du Covid-19 ou à des situations à risque d'exposition potentielle au SARS- CoV-2 dès novembre 2019. Publiées dans  European Journal of Epidemiology, ces données suggèrent une circulation précoce du virus en Europe.

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