Risque CV: l'AHA recommande de prendre en charge systématiquement le stress et les problèmes psychologiques

Megan Brooks

8 février 2021

New York, Etats-Unis – Les professionnels de la santé devraient tenir compte de la santé psychologique des adultes souffrant ou risquant de souffrir de maladies cardiovasculaires, conseille l'American Heart Association (AHA) dans une nouvelle déclaration scientifique.

Traiter le patient dans sa globalité

Cette déclaration, intitulée "Psychological Health, Well-Being, and the Mind-Heart-Body Connection" (Santé psychologique, bien-être et connexion entre l'esprit, le corps et le cœur) et publiée en ligne le 25 janvier dernier dans la revue Circulation, souligne que la santé psychologique peut exercer un impact positif ou négatif sur la santé et sur les facteurs de risque de maladie cardiaque ou d'AVC.

L'AHA avait déjà publié un avis scientifique qui traitait de la dépression au sens strict et un autre qui abordait le sujet de la méditation, mais il s'agit cette fois de « la première déclaration scientifique du genre qui aborde plus largement la question de la santé psychologique », affirme Glenn Levine, qui présidait l'équipe rédactionnelle et dirige le service de cardiologie du MEDVAMC à Houston. « Il était particulièrement important de le faire maintenant, étant donné la pandémie de Covid-19 et tout le stress psychologique que les gens subissent depuis un an. Par ailleurs, il est clairement temps de reconnaitre que nous devons nous efforcer de traiter non seulement la maladie mais également le patient dans sa globalité. »

Le cœur, le corps et l'esprit sont interconnectés

L'équipe rédactionnelle avait pour mission d'évaluer, de synthétiser et de résumer les preuves disponibles sur les relations entre santé psychologique et santé cardiovasculaire, et de proposer des stratégies simples pour préciser puis améliorer la santé psychologique des patients souffrant (ou risquant de souffrir) d'une maladie cardiovasculaire.

La dépression, le stress chronique, l'anxiété, la colère, le pessimisme et l'insatisfaction sont tous associés à des réactions biologiques potentiellement nocives. Parmi ces réactions, on peut citer les arythmies cardiaques, l'état inflammatoire et les troubles digestifs ou de la pression artérielle, ainsi que la réduction du flux sanguin vers le cœur. « De nombreuses données montrent clairement que la santé psychologique peut avoir un impact sur la santé cardiaque du patient, tout comme le diabète, l'hypertension et l'hyperlipidémie, et que l'amélioration de la santé psychologique est susceptible de réduire les risques cardiaques à terme », précise Glenn Levine.

L'effet cumulé des facteurs de stress quotidien et de l'exposition à des événements traumatisants peut également augmenter le risque de MCV. Les déclarations des patients au sujet du stress général et/ou professionnel sont associées à une augmentation de 40 % du risque de développer ou de mourir d'une MCV, d'après les auteurs.

 
Les déclarations des patients au sujet du stress général et/ou professionnel sont associées à une augmentation de 40 % du risque de développer ou de mourir d'une MCV.
 

« La plupart des études sur la santé psychologique sont de type observationnel et nombre d'entre elles impliquent l'auto-évaluation des patients, ce qui pose des problèmes pour établir des relations spécifiques de cause à effet », ajoute Glenn Levine. « Cependant, la majorité d'entre elles sont très suggestives et permettent de tirer des conclusions raisonnables sur une association entre la santé psychologique négative et le risque cardiovasculaire. » Une état psychologique négatif est également associé à des comportements qui augmentent le risque cardiovasculaire, comme le tabagisme, un niveau d'activité physique plus faible, une alimentation peu saine, un excès pondéral et une mauvaise observance thérapeutique.

Les auteurs conseillent d'évaluer régulièrement la santé mentale des personnes atteintes ou à risque de maladies cardiovasculaires, et avancent que la psychothérapie et les programmes associant le corps et l'esprit (comme la thérapie cognitivo-comportementale, la psychothérapie, la gestion collaborative des soins, la réduction du stress et la méditation) peuvent déboucher sur une meilleure santé cardiaque.

Note positive

Des études ont également montré qu'une bonne santé psychologique (comprenant des éléments comme le bonheur, la gratitude, le sentiment d'avoir un but, la satisfaction de vie ou la pleine conscience) est associée à un risque plus faible de MCV et à une plus grande probabilité de comportements bénéfiques pour la santé. Parmi ces comportements figurent la cessation tabagique, une activité physique accrue, une alimentation saine pour le cœur, une meilleure observance thérapeutique, ainsi que des examens et des dépistages réguliers.

Les personnes ayant une meilleure santé mentale ont également tendance à avoir des relations sociales positives, du soutien et des liens, ce qui peut faciliter l'adaptation aux défis rencontrés au cours de la vie.

« Nous espérons que les praticiens comprendront et reconnaîtront que nous devons prendre en compte non seulement la maladie organique du patient, mais également sa santé psychologique », conclut Glenn Levine.

La déclaration scientifique a été préparée par une équipe rédactionnelle bénévole pour le compte du Council on Clinical Cardiology de l'AHA, du Council on Arteriosclerosis, Thrombosis and Vascular Biology, du Council on Cardiovascular and Stroke Nursing et du Council on Lifestyle and Metabolic Health.

Cet article a été publié initialement sur Medscape.com sous le titre New AHA Scientific Statement on Mind–Heart–Body Connection. Traduction-adaptation du Dr Claude Leroy.

 

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