Retarder la 2ème dose de vaccin anti-COVID-19 : pourquoi le gouvernement dit « non » ?

Fanny Le Brun

Auteurs et déclarations

1er février 2021

France--Le schéma d’administration des deux vaccins anti-COVID-19 à ARN messager actuellement disponibles comporte deux doses qui, selon l’indication, doivent être espacées de 21 jours pour le vaccin de Pfizer/BioNTech et de 28 jours pour le vaccin de Moderna. Cependant, la Haute autorité de santé (HAS) a préconisé, le 23 janvier dernier, d’augmenter à 6 semaines le délai entre les 2 doses[1] : pourquoi cette recommandation et pourquoi le gouvernement ne l’a-t-il pas suivie ?

Quel serait l’intérêt d’espacer les doses ?

Face aux nouveaux variants et au risque de flambée épidémique dans les prochaines semaines, la vaccination doit être accélérée mais se heurte à la pénurie de doses. Ainsi, dans un contexte d’approvisionnement progressif, afin de protéger rapidement les sujets les plus à risque de forme sévère de COVID-19, la HAS estime qu’allonger à 6 semaines le délai entre les 2 injections permettrait de faire bénéficier de la première dose un plus grand nombre de personnes vulnérables. D’après les modélisations réalisées, espacer les deux doses permettrait de primovacciner au moins 700.000 personnes de plus pendant le premier mois de mise en œuvre de cette mesure, sachant que la 1 ère dose apporte déjà une certaine protection contre le virus. Les résultats des essais de phase 3 montrent une efficacité du vaccin de Pfizer/BioNTech qui débute à partir du 12 ème jour après la première dose et celle du vaccin de Moderna à partir du 14 ème jour après la première dose. Cependant, la 2 ème dose reste indispensable pour installer une mémoire immunitaire.

Le délai choisi de 6 semaines est basé sur le fait que les analyses d’efficacité du vaccin de Pfizer/BioNTech ont inclus les participants des études ayant reçu leur seconde dose dans les 19 à 42 jours suivant la première dose (à noter tout de même que pour 93,1% d’entre eux l’intervalle n’a pas dépassé 23 jours). Le risque de perte d’efficacité à l’échelle individuelle paraît donc limité, d’autant plus que « l’expérience acquise en vaccinologie montre que l’espacement des doses au sein d’un schéma vaccinal peut retarder l’obtention d’une protection durable mais permet aussi l’obtention d’une réponse immune de niveau plus élevé après la dose suivante. Ainsi, il est généralement considéré que si, pour des raisons de maturation immunologique, l’intervalle minimal entre les doses doit être respecté, l’allongement de cet intervalle amène, en matière de protection à long terme, plus d’avantages que d’inconvénients », souligne la HAS.

Pourquoi le gouvernement maintient le délai à 3 ou 4 semaines ?

Finalement, le gouvernement a décidé de ne pas suivre l’avis de la HAS. Le ministre de la Santé a ainsi annoncé le 26 janvier dernier que le délai d’administration entre la première et la deuxième dose du vaccin Pfizer/BioNTech est maintenu entre 3 et 4 semaines. Le gouvernement fait donc le choix de la sécurité face à une incertitude concernant l’efficacité de la première dose et sa durée. En effet, les données qui viennent d’être publiées en Israël montrent que, chez les sujets de plus de 60 ans, la protection contre la maladie entre la première dose et la seconde dose ne serait que de 33 %. L’Académie de médecine avait d’ailleurs alerté sur le fait que « l’obtention d’une couverture vaccinale élargie, mais fragilisée par un faible niveau d’immunité, constituera un terrain favorable pour sélectionner l’émergence d’un ou de plusieurs variants échappant à l’immunité induite par la vaccination ».

Outre les arguments scientifiques, le ministre de la Santé a également avancé des arguments d’ordre pratique :

  • Espacer la 2 ème dose augmente le risque que les personnes primovaccinées oublient leur deuxième rendez-vous.

  • Les personnes ayant reçu leur première dose ont déjà pris leur rendez-vous pour l’injection de la deuxième : il faudrait donc recontacter tout le monde (environ 1 million de personnes) et tout réorganiser dans les centres de vaccination.

  • Un changement de calendrier vaccinal risque d’engendrer des incompréhensions.

D’une manière générale, les schémas d’administration d’un médicament ou d’un vaccin ne sont pas toujours respectés : si la deuxième dose est repoussée à 6 semaines, certaines personnes ne seront vaccinées qu’à 7 ou 8 semaines, donc au-delà des 42 jours maximum préconisés par les scientifiques.

Reculer pour mieux sauter ?

Pour finir, on peut également considérer que si l’espacement des doses permet de primovacciner plus de personnes à court terme, ce gain se perdrait dans les semaines suivantes lors de l'injection de la deuxième dose. Ainsi, fin mars, début avril, in fine , le nombre de personnes vaccinées serait le même…

 

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.
 

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