COVID-19 : l'oxygénothérapie à domicile pour une convalescence en dehors de l'hôpital

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

1er février 2021

France -- L'oxygénothérapie à domicile connaît un essor inédit avec la pandémie actuelle. En plus des indications habituelles, elle concerne maintenant des patients oxygénorequérants après une hospitalisation liée au Covid. Avoir la possibilité de poursuivre l'oxygénothérapie à domicile permet aux patients d'être chez eux, auprès de leurs proches, en toute sécurité, mais aussi de libérer des lits au sein des hôpitaux. Medscape édition française fait le point sur cette pratique alors que la progression du variant britannique du Sars-Cov2 dans l'Hexagone fait craindre une troisième vague d'hospitalisations liées à la Covid-19.

L'oxygénothérapie à domicile prend son essor

Cet automne, la Fédération des Prestataires de Santé A Domicile indiquait que 30 000 patients atteints du Covid-19 et oxygénorequérants avaient déjà été pris en charge depuis le début de la pandémie. Et sur les 20 000 patients Covid+ ayant bénéficié d'oxygénothérapie à domicile au printemps 2020, plus de la moitié résidait dans les Ehpads. Désormais, l'oxygénothérapie en dehors de l'hôpital a pris sa place, grâce notamment au cadre que la Haute Autorité de Santé (HAS) a donné à cette prise en charge en novembre dernier au travers de différentes préconisations et limitations[1].

« Au plus fort des deux vagues de l'épidémie, VitalAire a vu les demandes d’installations en oxygénothérapie court terme tripler », explique le Dr Joëlle Texereau, pneumologue à Paris et directrice médicale de ce prestataire de santé à domicile, filiale d’Air Liquide Healthcare. Interrogée par Medscape édition française, elle témoigne à la fois de la faisabilité et de l'intérêt thérapeutique pour les patients de quitter l'hôpital et d'être équipés à domicile.

Une prise en charge inédite

« Les prestataires de santé à domicile continuent à équiper les patients présentant une insuffisance respiratoire chronique, et qui auront besoin d'oxygène le plus souvent à vie, en oxygène long terme, et des patients  avec, par exemple, une exacerbation de BPCO ou une pneumonie mais aussi ceux atteints de la Covid-19 en oxygène court terme. L'oxygénothérapie à domicile favorise un retour plus précoce à domicile » explique le Dr Joëlle Texereau.

Si les patients avec une prescription d’oxygène court-terme sont le plus souvent sevrés  dans les trois mois, « le court terme des patients atteints de la Covid-19 est encore plus court que le court terme habituel » résume la pneumologue. Sur le terrain, cela signifie un turn-over plus fréquent des concentrateurs, mais aussi un nombre plus grand de patients. Il a donc fallu que les prestataires de santé à domicile répondent à la demande accrue rapidement : achat de matériel, mobilisation et solidarité des équipes pour assurer les suivis malgré les confinements, adaptation des protocoles de suivi et équipements de protection pour les techniciens se rendant au domicile des patients.

Des patients atteints de la Covid-19 sous oxygène en sortie d'hospitalisation

durant la seconde vague, la HAS a détaillé les critères d'éligibilité des patients qui ont été hospitalisés pour la Covid-19 et dont l’état de santé permet d’envisager une prise en charge à domicile avec un apport en oxygène.

Les critères d’éligibilité sont directement liés au patient et à son environnement : il doit être autonome, disposer d’un domicile salubre, avec la présence permanente d’un tiers, être situé à moins de 30 minutes d’un établissement de santé de référence disposant d'une structure d'urgence ou d'un SMUR de proximité.

D’autres critères sont liés à l’objectif thérapeutique poursuivi : pour un patient sortant d’une hospitalisation, poursuite du sevrage d’oxygénothérapie avec un besoin < à 4 L/mn pour maintenir la saturation en oxygène.

Les patients présentant un critère d’exclusion majeur sont : ceux souffrant d’une pathologie chronique (diabète, insuffisance rénale) non stabilisée, d’une obésité morbide, les femmes enceintes… La HAS exclut également les patients cumulant au moins deux critères mineurs : un âge supérieur à 70 ans, une pathologie cardiovasculaire, une cirrhose, un diabète équilibré…
Le choix d’une oxygénothérapie à domicile repose « sur une décision partagée entre le patient et son médecin en lien avec le service de référence ». « Le plus souvent, la prescription initiale est réalisée par un pneumologue hospitalier, car les malades atteints de Covid-19 sont le plus souvent hospitalisés dans des services de pneumologie, ou par le médecin des urgences quand le malade est considéré comme stable et peut rentrer chez lui sous oxygène, ou par le médecin coordinateur de l'Ehpad  », commente Joëlle Texereau.

Un suivi rapproché des patients Covid sous oxygène, l’exemple de Covid-O2

« Lorsque le technicien se déplace au domicile pour l'installation soit d’un concentrateur d'oxygène soit du réservoir d'oxygène liquide, il forme le patient et son entourage à son usage, et aux règles de sécurité et d’hygiène, indique Joëlle Texereau. Il équipe aussi le patient avec un saturomètre car VitalAire est partenaire de la plateforme médicale Covidom pour télésurveiller les patients Covid sous oxygénothérapie à domicile ».

L'objectif de ce dispositif, nommé Covid-O2[2], dont le pilote a été co-construit avec VitalAire et mis en place depuis avril 2020 par l’AP-HP, est de s'assurer grâce au suivi à distance que la convalescence des patients ayant encore besoin d'oxygène se fait en toute sécurité. D'ailleurs, la HAS souligne que « les solutions de télésurveillance doivent être utilisées lorsqu'elles sont disponibles car elles permettent une surveillance rapprochée du malade et une aide pour son entourage ».

Quid de l'oxygénothérapie dans le cadre d'une prise en charge non hospitalière ?

Outre les patients en sortie d'hospitalisation, la HAS considère qu'il est possible de mettre en place une oxygénothérapie en dehors d’une prise en charge hospitalière pour des patients Covid. Reste que les critères d'éligibilité, et notamment un débit d’oxygène < 4 L /min, excluent la grande majorité des patients.

« A ma connaissance, l'oxygénothérapie à domicile en pré-hospitalier est très peu utilisée » témoigne le Dr Texereau qui précise que « le groupe de travail GAVO2 de la SPLF insiste sur le fait que ce sont des patients a priori instables qui doivent être étroitement surveillés »[3].

La HAS préconise que la sécurité du patient soit vérifiée constamment soit par un proche, un aidant ou un soignant qui se déplace à domicile. L'objectif : « pouvoir réagir rapidement et hospitaliser le malade si son état de santé s’aggrave ». Lors d'une prescription d'oxygénothérapie à domicile, le SAMU-Centre 15 doit être informé afin de créer une fiche d'alerte spécifique.

 

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