POINT DE VUE

Saturation 80 ou comment le virus l'a rattrapé…

Dr Claude Biéva

Auteurs et déclarations

20 janvier 2021

Belgique — Médecin retraité, le Dr Claude Biéva est un collaborateur attitré du site médical belge Mediquality. Depuis le début de la pandémie, il partage avec les lecteurs du site les « certitudes incertaines » du SARS-CoV-2 depuis les récepteurs ACE2 jusqu'à la contagiosité des enfants en passant par les multiples traitements du Covid-19 et les moyens de freiner la transmission. Au mois d'octobre 2020, le virus l'a rattrapé. Il livre ici le récit des quatre semaines qu’il a passé à cohabiter avec un micro-organisme de 100 nanomètres doté d'un ARN monocaténaire face à une machinerie complexe dont le génome comporte plus de 3 milliards de nucléotides et des défenses anti-bactériennes et anti-virales sophistiquées.

Ce matin d'octobre devait être un matin sans surprise. C'était sans compter sans 3 chiffres sur un thermomètre : 37,3°C. A priori pas de quoi s'inquiéter… si ce n'est que le soir, le même thermomètre affichait 37,7°C. Un rapide check-up ne révélait ni perte de goût, ni courbatures, ni fatigue excessive, ni toux…. A priori pas de quoi s'alarmer…si ce n'est que 5 jours plus tard, la pyrexie évoluait entre 37°C et 39°C, associée à une inappétence et une asthénie importante. Le frottis RT-PCR SARS-CoV-2 revenait positif. Devant un état général se dégradant, l'hospitalisation s'imposait.

À l'admission, on notait une dyspnée sans anosmie, dysgueusie, toux ou douleurs thoraciques. Une gazométrie, une biologie et un CT-scan thorax avec une image en verre dépoli confirmaient une infection à SARS-CoV-2 hypoxémiante. 

Sous le regard des pandas

Au fil des jours, l'infection va progresser avec une augmentation des lésions pulmonaires estimées à plus de 50% du parenchyme, une évolution péjorative vers une condensation au niveau postéro-bibasal, une destruction bulleuse emphysémateuse du segment dorsal du lobe supérieur droit et l'apparition de remaniements fibreux de type cicatriciel au niveau des apex pulmonaires. Une hypoxémie sévère s'est installée avec une PaO2 à 72 mmHg, justifiant un transfert en USI.

Le décor ne manque pas d'intérêt dans cette unité pédiatrique transformée en USI Covid-19. Des dessins de pandas pratiquant différents sports égayent le plafond de la chambre. Ils tiennent compagnie…

Que ressent-on sous Optiflow 100%, aux portes de l'intubation ?

Une meilleure oxygénation, une amélioration du recrutement alvéolaire mais aussi un sentiment de déconnection du monde extérieur, un peu comme si quelqu'un avait retiré la prise de courant. La perte de l'envie de manger, de boire, de lire, de regarder la télévision, d'échanger des SMS. Une vie qui s'écoule au rythme de la trotteuse de l'horloge, au rythme des examens du petit matin, des prises de sang, des repas et des attentions de la famille (yaourts, pralines, etc.) auxquelles il sera difficile de faire honneur … mais aussi au rythme des alarmes qui sonnent, de jour comme de nuit, confirmant bien que l'hôpital est tout sauf un endroit calme …

Et les contacts humains ?

Les contacts humains sont limités à des ombres masquées, cagoulées, avec lesquelles on communique seulement par un regard derrière des lunettes, à la recherche d'un peu de complicité et d'empathie. Mais l'ambiance ne s'y prête pas. Le professionnalisme est de rigueur pour tous ceux qui tentent d'y voir clair devant les incertitudes auxquelles ils sont confrontés : réduire l'inflammation, mais comment et à quel prix?  Intuber ou non pour résoudre cet syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA) débutant ? Prévenir l'embolie pulmonaire en comptant sur les héparines de bas poids moléculaire …

Pendant ce temps-là, les minutes et les heures s'écoulent. Le sommeil n'est pas réparateur et la fonte musculaire s'accentue. Quelques kinésithérapeutes de passage font ce qu'ils peuvent mais le cœur n'y est pas et le corps non plus…

Bye bye les pandas

À 3 semaines, de discrets signes d'évolution positive apparaissent, avec des marqueurs inflammatoires à la baisse et un début de sevrage d'oxygène. Le frottis PCR est à la limite de la positivité, l'orage cytokinique ne gronde pas, les anti-interleukines sont discutés mais finalement écartés sur base d'un dosage d'IL-6 normal.

Et soudain, c'est le déclic. Dans cette unité Covid négatif, le couloir mesure exactement 40 mètres. Le défi consiste à le parcourir sans oxygène en tenant à l'œil sa saturation, et sous le regard attentif du kiné et du pneumologue. Et cela marche, au propre comme au figuré, de mieux en mieux. Dehors il fait beau et l'envie de s'échapper s'installe.

A 4 semaines, c'est la sortie, les retrouvailles, son lit, une alimentation plus goûteuse, mais aussi un oxyconcentrateur, un saturomètre régulièrement consulté et une revalidation cardio-pulmonaire en salle. Un CT-scan de contrôle confirmera l'évolution favorable avec une nette régression des condensations et distorsions, une amélioration globale de la ventilation y compris sur les plages atteintes. 

Protégez-vous !

À 6 semaines, la récupération est nette, merci la kinésithérapie respiratoire. Bienvenue dans le club très privé des Covidiens privilégiés sans séquelles ou symptômes de longue durée. Il reste des questions non résolues : quel est le niveau d'immunité ? Comment s'est faite la contamination en dépit des masques, gants, gels etc.? Personne ne le saura jamais.

Quoi qu'il en soit, protégez-vous, sans oublier que l'efficacité des masques n'est pas de 100% et qu'en cas de situation à risques, la prudence impose de superposer 2 masques, soit un chirurgical et un FFP2 soit 2 chirurgicaux …. Sans compter que tous les masques offrent une protection plus ou moins garantie uniquement s'ils sont bien adaptés au nez et au contour de la bouche, ce qui est loin d'être le cas dans le grand public.

 

Cet article a été initialement publié sur le site Mediquality.fr, membre du groupe Medscape.

 

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