Les meilleurs footballeurs américains (soccer) ont un gros cœur – et c'est OK 

Debra L. Beck

Auteurs et déclarations

18 janvier 2021

New York, Etats-Unis – Aux Etats-Unis, les sportifs appartenant à l'élite footballistique (au sens européen du terme) ont un cœur généralement plus gros, plus épais et plus lourd que dans la population générale, selon une nouvelle étude qui fournit aux médecins des chiffres normatifs en échocardiographie et en ECG pour évaluer correctement la santé cardiaque des athlètes. Publiées récemment dans le JAMA Cardiology [1] , ces données sont particulièrement précieuses actuellement, dans le contexte des inquiétudes au sujet des effets du Covid-19 sur le cœur et des recommandations sur la reprise possible de la compétition.

Un aperçu de la capacité du cœur à s'adapter

Pour obtenir des valeurs de référence spécifiques à l'âge et au sexe, une équipe du Massachusetts General Hospital de Boston, conduite par les Drs Timothy Churchill et Aaron Baggish, a analysé les données portant sur 122 joueuses et 116 joueurs des équipes nationales américaines de football (soccer). Ils s'étaient préparés pour la Coupe du Monde et ont passé un dépistage pré-participatif exigé par la FIFA. Ces athlètes dépassaient fréquemment les normes échocardiographiques de masse, de volume et d'épaisseur de la paroi du ventricule gauche (des paramètres structurels liés au remodelage induit par l'exercice) mais aucun d'entre eux n'affichait un résultat pathologique nécessitant une limitation de leurs activités sportives.

30 % des athlètes féminines et 41 % des athlètes masculins dépassaient la limite supérieure de la norme établie par l'American Society of Echocardiography pour l'épaisseur de la paroi du VG, avec une mesure supérieure à 12 mm chez 12 % des hommes et 1 % des femmes.

 
Pour l'épaisseur de la paroi du VG.
 

Chez la majorité de ces footballeurs (51 % des femmes et 59 % des hommes), la masse du VG rapportée à la surface corporelle était supérieure à la norme, et il en allait de même pour le volume du VG dans respectivement 77 et 68% des cas.

Pour Aaron Baggish, il s'agit cependant de chiffres relatifs à des cœurs en bonne santé, et pas à risque : « Il s'agit des footballeurs d'élite les plus performants aux Etats-Unis, et qui affichent un excellent état de santé. Ces observations donnent un aperçu de la capacité du cœur à s'adapter, à croître et à changer de taille, de forme, de structure et de fonction en réponse au sport. »

Les femmes plus susceptibles de présenter une anomalie à l'ECG

L'âge moyen des athlètes sélectionnés était de 20 ans (fourchette comprise entre 15 et 40 ans). La majorité des footballeuses étaient blanches (71%), tandis que les hommes étaient répartis plus également entre les Noirs (34%), les Hispaniques (33%) et les Blancs (32%). Il est intéressant de noter que l'étude réfute l'idée selon laquelle les ventricules gauches sont plus petits chez les femmes. « Après correction en fonction de la taille corporelle, les hommes et les femmes étaient assez comparables sur le plan de la capacité d'adaptation à un exercice intense », précise Aaron Baggish.

Les chercheurs ont cependant constaté que les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de présenter une anomalie à l'ECG (11,5%, contre 0,0% dans la cohorte masculine). Il s'agissait le plus souvent d'une inversion pathologique de l'onde T au niveau des dérivations précordiales antérieures. « Cette observation est importante, dans la mesure où l'ECG représente l'outil de dépistage le plus couramment utilisé. Nous souhaitons informer les cliniciens sur le fait que l'échographie cardiaque ressortait totalement normale chez les femmes qui présentaient des anomalies à l'ECG. Il est donc possible que ce dernier soit faussement positif. »

Cet excès relatif d'inversion pathologique de l'onde T avait déjà été observé dans des études antérieures et le phénomène était considéré comme bénin, bien que son mécanisme reste mal expliqué. Quatre des neuf athlètes féminines qui présentaient un ECG anormal lors de l'évaluation initiale avaient vu une normalisation électrocardiographique lors d'examens répétés 2 à 4 ans plus tard. Des données en série n'étaient disponibles que dans un sous-groupe d'athlètes.

Le Covid-19 peut brouiller les cartes

Publiées récemment dans le JAMA Cardiology, ces données sont particulièrement précieuses actuellement, dans le contexte des inquiétudes au sujet des effets de la Covid-19 sur le cœur et des recommandations sur la reprise possible de la compétition.

« Les athlètes qui ont été infectés par le SARS-CoV-2 ont subi une échographie cardiaque avant d'être autorisés à reprendre leur sport, pour vérifier s'ils ne souffraient pas d'une cardiopathie induite par l'infection. Nous observons en effet qu'il peut exister une confusion entre ce qui peut être une anomalie liée au Covid-19 et ce qui est un cœur d'athlète tout à fait normal et adapté à l'effort », explique Aaron Baggish. « Dans notre article, nous fournissons un ensemble de valeurs normales, générées avant que la survenue du Covid-19, pour permettre aux cardiologues de déterminer ce qui est normal ou pas. »

Un manque de données spécifiques aux différents sports« Bien qu'il soit encore limité, cet ensemble de données représente une avancée importante dans notre compréhension des adaptations chez l'athlète », affirme Matthew Martinez. « De nombreux facteurs ont un impact sur les modifications physiologiques qu'il subit, et l'étude nous aide à mieux comprendre celles qui sont spécifiques au sexe des athlètes et au sport qu'ils pratiquent. »

Des données issues essentiellement de jeunes athlètes

Matthew Martinez, qui dirige le département de cardiologie sportive au Centre médical Atlantic Health-Morristown et à l'Institut cardiovasculaire Gagnon de Morristown (New Jersey) et préside le Conseil de direction de la section de cardiologie du sport et de l'exercice (American College of Cardiology), note que les athlètes dépistés dans l'étude étaient dans l'ensemble relativement jeunes. « Les données sont principalement celles de jeunes athlètes, mélangés à quelques groupes plus âgés. Elles ne sont donc pas représentatives des modifications subies par les athlètes d'élite plutôt âgés. »

L'âge moyen était de 21 ans chez les femmes mais de 18 ans seulement chez les hommes, car l'équipe senior masculine n'a pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde pendant l'étude et n'a donc pas été sélectionnée. Les auteurs reconnaissent « une pénurie d'hommes plus âgés dans la cohorte. »

Il existe peu de données normatives spécifiques à l'âge, au sport et au sexe permettant de différencier d'une part les adaptations cardiovasculaires liées à l'entraînement et, d'autre part, les phénotypes potentiellement pathologiques, d'après les auteurs. Ces données existent pour les hommes jouant en NFL (Ligue nationale de football américain) et pour les deux sexes dans la NBA (National Basketball Association), mais la majorité des autres études mélangeaient les sports et se concentraient principalement sur les hommes. Ceci dit, Aaron Baggish considère que ces données ne sont pas applicables à tous les sportifs d'élite : « Le football est, en quelque sorte, un sport à part en ce qui concerne les proportions d'exercices explosifs et aérobiques, et c'est aussi le sport le plus populaire au monde. Nous voulions donc nous concentrer sur ces joueurs ».

 
Le football est...un sport à part en ce qui concerne les proportions d'exercices explosifs et aérobiques Aaron Baggish
 

Les résultats sont peut-être applicables également aux athlètes d'autres sports fortement explosifs comme le hockey ou dans la crosse [jeu d’équipe typique d’Amérique du Nord, NDLR], mais pour Aaron Baggish, ils ne seraient forcément  pertinents dans d'autres sports qui nécessitent pourtant un travail aérobie similaire ou encore, par exemple, dans le cyclisme ou la course de fond.

Aaron Baggish, Matthew Martinez, Debra L. Beck déclarent n'avoir aucun lien d'intérêt financier avec le sujet évoqué dans l'article.

Matthew Martinez est le cardiologue official de la Major League Soccer.

Cet article a été publié initialement sur Medscape.com sous le titre Elite Soccer Players Have Big Hearts and That's Okay. Traduction-adaptation par le Dr Claude Leroy.

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