Nouvelles recommandations ESMO : prise en charge du syndrome main-pied

Nathalie Barrès

Auteurs et déclarations

14 janvier 2021

Europe--L’European Society of Medical Oncology (ESMO) vient de publier des recommandations de prévention et de prise en charge du syndrome main-pied encore appelé érythrodysesthésie palmo-plantaire. Cet effet indésirable est fréquent sous certains traitements. Il survient notamment chez 6% à 34% des patients sous 5-fluorouracile (5-FU), 50% à 60% de ceux sous capécitabine, 22% à 29% sous doxorubicine, 40% à 50% sous doxorubicine liposomale PEGylée et 6% à 58% sous docétaxel. 

Une kératodermie palmoplantaire avec développement de callosités, voire de bulles sur la zone de pression, est une forme atypique, douloureuse qui peut se rencontrer chez les patients traités par inhibiteurs BRAF en monothérapie (notamment avec le vémurafénib, le dabrafénib, l’encorafénib). Le syndrome main-pied est également fréquemment retrouvé sous inhibiteurs multi-kinase (ex. sunitinib).

Ce syndrome main-pied se développe généralement dans les jours ou semaines qui suivent l’initiation du traitement ou, selon les traitements, plusieurs mois après.

La dysesthésie de la paume et de la plante des pieds, avec phénomènes de picotement, œdème, hyperkératose font souvent partie des premiers symptômes retrouvés. Une douleur brûlante peut ensuite se manifester, avec parfois formation de cloques, une desquamation, des ulcérations avec saignements. L’atteinte peut concerner le dos des mains et des pieds. La gêne est plus ou moins importante selon l’atteinte.  Les mécanismes en jeu ne sont pas encore tous compris.

Que préconiser en prévention ?

  • Appliquer des topiques hydratants sans alcool (urée à 10%) permet de réduire l’incidence des hyperkératoses de tous grades ou d’en retarder l’apparition.

  • Éviter les activités favorisant les frottements (ex. longues marches sans chaussures et chaussettes adaptées) ou l’irritation (ex. solvants ou désinfectants cutanés).

  • Avant l’administration de chimiothérapie comme le paclitaxel, le docétaxel, la doxorubicine liposomale, le port de chaussettes et/ou gants refroidissants peut diminuer de manière significative le risque de survenue de ces atteintes ou d’en atténuer la gravité.

  • La pyroxidine, forme active de la vitamine B6 n’a pas démontré de bénéfice, elle n’est donc pas recommandée dans ce contexte.

  • Le célécoxib est parfois utilisé en prévention de ces atteintes chez les patients souffrant de cancer colorectal au stade métastatique. Une approche qui doit cependant être discutée au cas par cas compte tenu des effets indésirables du célécoxib.

Avant tout traitement, des soins spécifiques par un podologue pourront permettre d’éliminer les facteurs de prédisposition (hyperkératose apparente).

Lorsque l’atteinte est présente, comment la prendre en charge ?

  • L’interruption du traitement anticancéreux ou la diminution de dose sont fréquentes.

  • L’hyperkératose est traitée par kératolytiques (ex. pommade ou crème à base d’acide salicylique 5-10% ou urée 10-40%), l’inflammation par corticothérapie locale puissante et les érosions et ulcérations par solution antiseptiques (sulfadiazine argentique 1%, polyhexanide 0,02-0,04%). La lidocaïne sous forme de crème 5% ou de patch est prescrite pour son effet analgésique afin de permettre au patient de réaliser les activités de la vie quotidienne.

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

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