Plusieurs syndicats de PH lancent un appel à la grève le 11 janvier

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

8 janvier 2021

France—Nouveau caillou dans la chaussure du ministre de la santé Olivier Véran : une organisation syndicale de praticiens hospitaliers a décidé de lancer un mouvement social le 11 janvier prochain. Dans un communiqué de presse, le SNPHARE (syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi) explique que les praticiens hospitaliers, et les soignants en général, qualifiés de « héros » par le président de la République dans ses vœux à la nation, sont « fatigués, inquiets, démotivés, en partance ».

La faute à des négociations Ségur 2 mal emboutie selon le SNPHARE, qui ont exclu « les organisations professionnelles majoritaires ». Rappelons que les accords signés le 24 juillet dernier, ne l'ont été que par trois organisations syndicales de PH (INPH, CMH et  Snam-HP), alors que la CPH, Avenir hospitalier, la CGT et Jeunes médecins refusaient de les signer.

Le point central de la crispation vient de la revalorisation de la grille de rémunération des praticiens hospitaliers. Elle est à l'origine de la colère du SNPHARE et de nombreux PH. Ce syndicat vient d'ailleurs d'être rejoint par deux autres. Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins qui se sont opposés aux grilles de reclassement des carrières se disent en accord avec les revendications de leurs collègues et appellent à la grève.

Injustice du reclassement des PH

Le SNPHARE égrène les mille et une raisons qui poussent à la désillusion les praticiens hospitaliers :

-retard de la mise en route de la vaccination,

-aucune reconnaissance pour la permanence des soins,

-pas de moyens pour le dialogue social...

Mais surtout, le SNPHARE pointe du doigt l'injustice « du reclassement des PH » : « Le SNPHARE, sans nouvelle du ministère suite au préavis de grève et à une sollicitation de rendez-vous, réitère sa demande pour résoudre la question du calcul de l’ancienneté des PH nommés avant octobre 2020. »

Car l'enfer est pavé de bonnes intentions.

En effet, la revalorisation de la grille de rémunération des praticiens hospitaliers est à l'origine de la colère du SNPHARE et de nombreux PH. Car elle exclut, de facto, tous les PH nommés avant octobre 2020, de la revalorisation sur les trois premiers échelons.

Pour rappel, dans le Journal officiel du 30 décembre dernier était publiée la nouvelle grille de rémunération des praticiens hospitaliers.

Les trois premiers échelons sont revalorisés (le premier échelon de la nouvelle grille correspondant au quatrième échelon de l'ancienne grille, le 2e échelon au 5e échelon de l'ancienne grille, etc.) et trois nouveaux échelons apparaissent en fin de carrière : le 13e échelon correspond désormais à une rémunération annuelle de 107 009,89 euros contre 90 009,89 euros dans l'ancienne grille.

Revalorisation des premiers échelons uniquement pour les nouveaux PH

Problème : la revalorisation des trois premiers échelons ne concerne que les PH embauchés après le 1er octobre 2020.

Ainsi, à ancienneté égale, un praticien hospitalier contractuel avec six ans d'ancienneté qui demanderaient sa titularisation en octobre passeraient à l'échelon 3, tandis qu'un praticien hospitalier titularisé avant le 1er octobre, avec la même ancienneté, soit six ans, resterait à l'échelon 1 dans la nouvelle grille.

Nous avons contacté une PH titularisée en 2019, après deux ans d’assistanat, un an de praticien hospitalier contractuel et un an de probatoire, soit six ans d'ancienneté au total.

 
Entre la PH titularisée en 2019 et celle titularisée en 2020, une différence de salaire de 500 euros par mois, pour la même ancienneté.
 

« L’une de mes amies a été diplômée en même temps que moi mais ne sera titularisée que cette année, dans la nouvelle grille. Elle va faire valoir son expérience et son ancienneté en tant que PHC, et sera classée à l’échelon 3, quand je reste scotchée à l’échelon 1, avec la même ancienneté qu’elle. »

Résultat, entre la PH titularisée en 2019 et celle titularisée en 2020, une différence de salaire de 500 euros par mois, pour la même ancienneté.

Et le centre national de gestion a prévu le cas de PH titularisés avant le 1er octobre 2020 et qui démissionnerait pour pouvoir bénéficier de la nouvelle grille.

Un décret paru au JO du 29 septembre stipule noir sur blanc que ces PH nouvellement démissionnaires resteraient sur l'ancienne grille, soit l’échelon 1 pour les PH ayant six ans d'ancienneté

Motion, recours gracieux, recours en Conseil d’État

Depuis septembre donc, les syndicats non signataires des accords de Ségur battent le fer pour que les PH soient reclassés de manière équitable.

Au-delà des syndicats, la conférence des présidents de CME de CH a fait signer une motion demandant le reclassement de tous les PH en prenant compte l'ancienneté de manière égale pour l’ensemble des PH.

Le SNPHARE avait pour sa part lancé un sondage et une campagne d'information sur l'iniquité de cette mesure.

« Nous avons reçu beaucoup d'appels de PH non anesthésistes et nous avons enregistré de nouvelles adhésions, suite à cette première mobilisation. Cela veut dire que les PH se sentent concernés », nous explique Anne Geoffroy-Wernet, présidente du syndicat SNPHARE.

Selon elle, une centaine de PH ont adressé des recours gracieux au CNG pour que leurs années d'ancienneté soient prises en compte dans la nouvelle grille de rémunération.

« L'autorité de tutelle estime que les PH, passé la quarantaine, ne bougeront pas et resteront à l'hôpital. C'est un raisonnement insupportable ! »

Anne Geoffroy-Wernet pointe aussi du doigt les retards de prise en charge de patients, causés par l'épidémie de Covid-19, qui accentuent la pénibilité du travail des praticiens hospitaliers : « Nous avons par exemple fait un bilan pour une endocardite après un an et demi, alors que le délai maximal est de trois mois ! »

L'intersyndicale Action praticien hôpital, à laquelle appartient le SNPHARE, a pour sa part introduit un recours en Conseil d'État contre la nouvelle grille de rémunération.

Le syndicat SNMHFO a également lancé un appel à la grève le 11 janvier. « Il faut amplifier le mouvement », espère Anne Geoffroy-Wernet.
 

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