Compléments alimentaires à base d’huiles essentielles : un risque toxique ?

Fanny Le Brun

7 janvier 2021

France— Les huiles essentielles d’arbre à thé, de niaouli et de cajeput entrent dans la composition de nombreux compléments alimentaires. Elles sont issues des feuilles de différentes espèces de Melaleuca et on leur prête des propriétés antimicrobiennes conduisant à détourner leur usage pour en faire des traitements d’appoint en vue de soigner certaines infections (angines, sinusites, cystites...). Or, ces huiles essentielles peuvent avoir des effets toxiques et les restrictions concernant leur utilisation ne sont pas harmonisées en Europe : déconseillées voire interdites dans certains pays, elles sont autorisées dans d’autres. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a donc été saisie pour étudier la dangerosité des huiles essentielles de Melaleuca dans les compléments alimentaires.

Concernant les huiles essentielles d’arbre à thé, l’Anses a identifié plusieurs substances préoccupantes :

  • Du terpinèn-4-ol, présentant une toxicité testiculaire chez le rat, et du méthyleugénol, considéré comme génotoxique et cancérogène pour l’Homme : le risque sanitaire dépend de leur teneur dans les huiles essentielles, du nombre de gouttes consommées, de la taille des gouttes délivrées par les flacons compte-gouttes et du poids corporel du consommateur.

  • De l’ascaridole, qui apparaît si l’huile essentielle n’est pas correctement conservée et dont la toxicité est peu documentée : des incertitudes demeurent sur sa toxicité et sa présence dans les produits sur le marché.

L’Anses recommande donc aux opérateurs de :

  • Déterminer le nombre maximal de gouttes à consommer par jour en prenant en compte les teneurs en terpinèn-4-ol et en méthyleugénol dans ces huiles essentielles, la taille des gouttes délivrées par les flacons et le poids corporel du consommateur.

  • Informer le consommateur de la nécessité d’une conservation au frais et à l’obscurité de ces huiles essentielles afin de prévenir la formation d’ascaridole.

Concernant les huiles essentielles de niaouli et de cajeput :

  • La substance préoccupante identifiée est le 1,8-cinéole, composant majoritaire ayant entraîné des complications neurologiques chez les enfants (également présent dans les huiles essentielles d’arbre à thé mais à des concentrations plus faibles).

Les données sur cette substance ne permettant pas de définir le niveau d’exposition sans risque pour le consommateur, l’Anses recommande que la consommation d’huiles essentielles de niaouli et cajeput soit interdite par voie orale :

  • Pour les enfants de moins de 30 mois,

  • Pour les enfants ayant des antécédents d’épilepsie ou de convulsions fébriles.

Globalement, concernant les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes, en l’absence de données spécifiques, l’Anses déconseille la consommation de ces trois huiles essentielles.

Il est important de rappeler aux consommateurs de :

  • Demander l’avis d’un professionnel de santé avant de consommer un complément alimentaire afin de prendre en compte leur état de santé.

  • Éviter la prise concomitante de plusieurs compléments alimentaires.

  • Signaler la consommation de compléments alimentaires et les traitements médicamenteux en cours à son médecin ou son pharmacien, en raison du risque d’interaction.

Cet article a été initialement publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....