POINT DE VUE

Diabète de type 2 et nutrition : les applications web ont-elles un intérêt ?

Pr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

17 février 2021

COLLABORATION EDITORIALE

Medscape &

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

Les outils connectés d'accompagnement nutritionnel et d’hygiène de vie sont-ils réellement efficaces pour améliorer les habitudes alimentaires et la santé des patients diabétiques de type 2 ? Le point avec Boris Hansel

TRANSCRIPTION

Aujourd’hui je vais vous parler des outils connectés basés sur les smartphones et la communication via le web pour améliorer la nutrition des patients diabétiques.

Ce sujet fait l’objet de nombreuses publications et il est toujours aussi difficile de se faire une opinion. Ce qui est compliqué dans ce domaine, c’est tout d’abord la grande hétérogénéité des outils utilisés, mais aussi des critères d’évaluation. Tantôt le poids, tantôt l’hémoglobine glyquée, tantôt le niveau d’activité physique, etc.

J’ai apprécié pour cela une revue récente de la littérature[1] qui a cherché à répondre à une question précise : est-ce qu’un outil d’accompagnement nutritionnel via le web est efficace pour améliorer les habitudes alimentaires des patients diabétiques de type 2 ? Je ne parle pas ici des méthodes en ligne qui ont pour objectif la perte de poids, mais des web-applications dont le but premier est l’amélioration qualitative de l’hygiène de vie, en particulier alimentaire.

La revue a identifié cinq études, dont une que j’ai eu le plaisir de coordonner. Au total, ce sont 1056 patients qui ont été inclus dans des essais randomisés et le résultat indique que dans quatre de ces cinq études, l’intervention via le web s’est accompagnée d’une amélioration de la qualité des apports alimentaires. En outre, parmi les cinq travaux, trois des études ont montré une baisse de l’hémoglobine glyquée et deux études ont montré une réduction modérée, mais significative, du poids — mais j’insiste sur le fait que ce n’était pas l’objectif principal de ces travaux.

 
Dans 4 de ces 5 études, l’intervention via le web s’est accompagnée d’une amélioration de la qualité des apports alimentaires. Dr B. Hansel
 

Clairement, les essais cliniques revus ici vont, dans leur ensemble, dans le sens d’une efficacité des web-interventions chez des patients diabétiques de type 2 pour améliorer la qualité alimentaire. Bien sûr, ce sont des essais qui sont menés en ouvert, mais cette limite ne peut pas être évitée dans le domaine de l’alimentation et de l’essai d’un coaching nutritionnel. La durée des études était aussi assez hétérogène, mais on a quand même une étude assez longue, d’une durée de 12 mois.

Deux choses sont, à mon sens, compliquées face à ces études :

  • la première est : comment analyser et comprendre quelles sont les caractéristiques d’un programme web qui en font sa réussite ? En clair, quelle est l’importance de l’intervention humaine ? Quelle est l'importance d’avoir une communauté de patients avec ce côté social qui se créé avec certains services en ligne ? Quel est l’impact de tel ou tel conseil ? Bref, ces différents services sont hétérogènes et on ne peut pas dire aujourd’hui quel est le rôle relatif de chaque fonction du programme.

  • deuxièmement : quels sont les patients auxquels il faut proposer un service web d’accompagnement ? Là encore, aucune des études présentées ici — et à ma connaissance, il n’y a pas d’études scientifiques fiables sur ce sujet — ne permet de savoir quel patient va répondre à un programme d’accompagnement en ligne via le web.

Honnêtement, aujourd’hui, avec ces deux interrogations, je suis incapable de répondre à qui proposer une application via le web et quel est le critère sur lequel ces applications peuvent être plus efficaces. On manque de données scientifiques, et d’ailleurs on va lancer avec notre équipe un essai clinique de 1 an — pas seulement chez des patients diabétiques, mais aussi chez des patients obèses ou en surpoids avec un facteur de risque cardiovasculaire — pour répondre à ces questions et regarder précisément quelles sont les fonctions d’un programme en ligne qui sont les plus efficaces. Et on va essayer de déterminer, avec une étude qualitative, quels sont les facteurs prédictifs de bonne adhésion. On va recruter des patients, si possible dans les déserts médicaux, en tout cas dans des endroits où ils n’ont pas accès à un suivi nutritionnel personnalisé avec des spécialistes. On va voir dans cet essai randomisé si un tel programme peut être efficace et avec quels éléments. Si vous voulez participer en tant que médecin à cette étude ou nous accompagner, n’hésitez pas à me contacter — on va recruter des médecins pour entrer dans le groupe de travail.

En pratique : ma proposition face aux patients est : 1) ne pas proposer un programme qui vise la perte de poids, mais plutôt un programme qui pourrait agir sur les causes de la prise de poids. Donc éventuellement un programme qui agit sur la connaissance diététique ou sur le comportement alimentaire, ou encore sur la pratique d’une activité physique et sportive thérapeutique. La perte de poids peut-être une conséquence, mais je pense que c’est une erreur de proposer un programme pour maigrir.

 
Je pense que c’est une erreur de proposer un programme pour maigrir.
 

2) concernant les patients à qui il faut proposer une application : je me suis toujours trompé quand j’ai essayé de prédire et de penser que tel patient qui est habitué aux outils connectés va répondre et que cela va lui profiter, ou que tel autre patient, qui n’est vraiment pas un geek, n’aura aucun intérêt à utiliser ces applications. Je suggère donc de tester, de proposer sans a priori au patient un programme que l’on trouve adapté, et si cela fonctionne, tant mieux, il continuera ; si cela ne fonctionne pas, après tout, on ne lui aura pas fait de mal.

Je vous remercie de votre attention et je vous dis à très bientôt sur Medscape.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....