POINT DE VUE

Vaccins anti-COVID : un tour d’horizon des dernières données

Pr Gilles Pialoux

Auteurs et déclarations

9 février 2021

TRANSCRIPTION/ADAPTATION

Paris, France-- Bonjour. Gilles Pialoux — je suis ravi de vous retrouver sur Medscape pour ce petit point d’actualité en ce troisième jour de février de l’année COVID 21, on va l’appeler comme ça...

Je suis professeur de maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon et je suis aussi enseignant à Sorbonne université. J’ai décidé, en accord avec la rédaction, de vous faire un petit point, aujourd’hui, sur l’actualité vaccinale qui a été très compliquée sur le plan de l’information, à la fois grand public et à la fois des soignants, puisqu’il y a eu des ordres et des contre-ordres et un certain nombre d’informations qui ont été difficiles à décrypter.

D’abord un petit rappel sur la vaccination COVID. Vous le savez, il y a des technologies qui sont classiques – virus inactivé, vaccin sous-unitaire –, et puis, des nouvelles plateformes vaccinales dominées, évidemment, par les vaccins ARN. Pour s’y retrouver, nous sommes maintenant avec trois vaccins autorisés par les autorités sanitaires françaises avec le dernier en date, Astra Zeneca, autorisé avec restriction de recommandation pour les personnes les plus âgées par la HAS, la Haute autorité de santé [<65 ans]. Donc, nous sommes avec le vaccin ARN de BioNTech-Pfizer, le vaccin ARN de Moderna, le vaccin d’Astra Zeneca. Puis on a, juste derrière, des données parcellaires sur le vaccin adénovirus de Janssen, le vaccin, bien sûr, qui fait couler beaucoup d’encre, le fameux Spoutnik avec un double support d’adénovirus et puis d’autres vaccins — notamment Sinovac — qui sont plus en retard.

Aussi, comme vous le savez, il y a eu un coup d’arrêt et un retard de la recherche vaccinale française sur lequel je ne m’arrêterai pas aujourd’hui.

Nous sommes actuellement à 1 475 000 vaccinés en France [au 3 février], avec une priorisation dictée par la Haute Autorité de Santé assez cafouilleuse. [Suivre l'avancement de la campagne de vaccination au jour le jour ici].

Retour de terrain

Pour l’instant, à Tenon, par exemple, centre de vaccination, nous vaccinons les personnels de plus de 50 ans ayant des comorbidités. Il n’y a toujours pas de recommandation de la Haute autorité de santé pour vacciner tout le personnel, faute de doses, et on vaccine en ultra-priorisation à partir de la liste dite « Fischer » les patients atteints d’hémopathies, cancers, et aussi les transplantés et les dialysés, pour ce qui est de notre activité à nous. [Depuis l'enregistrement de cette vidéo, le vaccin d'AstraZeneca a été recommandé préférentiellement pour les moins de 65 ans en ciblant notamment tous les professionnels du secteur de la santé ou du médico-social].

Comme vous le savez, il y a aussi un très gros différentiel entre les pays. On rappellera les données d’Israël avec à peu près un tiers de la vaccination faite par Israël avec un vaccin ARN — une négociation des prix qui avait été faite avant l’Europe, 75 % des plus de 75 ans qui sont déjà vaccinés et un impact sur l’hospitalisation complète des plus de 60 ans qui est de 60 %. Et des données d’efficacité autour de 50 % après la première dose. On attend des données plus précises. Bien sûr, tout cela est à disséquer.

Quid de la protection contre la transmission de la maladie ?

Quand on parle d’efficacité, nous sommes sur des critères cliniques, avec toujours la même problématique de savoir si cette vaccination induit une réponse immunitaire neutralisante suffisante pour avoir un impact sur la transmission.

Nous sommes en attente de données. Nous disposons de plusieurs publications, y compris dans le New England daté du 15 octobre, mais très parcellaires. Elles portent sur des modèles primates et aussi sur des modèles avec le hamster syrien et donnent des informations sur une diminution de la transmission.

Il y a aussi eu quelques données, notamment dans le New England Journal of Medicine daté du 30 décembre, avec le vaccin Pfizer sur des données de RT-PCR, mais sur des très faibles effectifs : sur les à peu près 15 000 personnes dans chaque bras, placebo ou vaccin ARN, on n’a que quelques dizaines de cas observés — 39 dans le groupe placebo et 15 dans le groupe vacciné, sur la RT-PCR.

Des profils de sécurité rassurants

Les données en termes de sécurité, contrairement à ce qui a été dit, sont extrêmement rassurantes. Je peux en témoigner, je suis à J2 de de ma deuxième injection avec des effets classiques vaccinaux qui permettent, aussi, d’expliquer à nos patients que si l’on regarde les effets secondaires du BCG, de la vaccination contre le pneumocoque, de la vaccination conjuguée ROR, etc., on a des données qui sont, pour certaines, d’ailleurs, supérieures en termes de douleur et de fièvre par rapport à ce qu’on observe avec le vaccin Pfizer.

La question de l’espacement de la deuxième dose

La question de l’espacement de la deuxième dose pour le vaccin Pfizer a été une chronique hallucinante d’avis et de strates de décisions. L’AMM disait 21 jours ou moins, l’essai Pfizer disait 19 à 42 jours, l’ANSM nous a dit 21 à 42 jours, l’OMS 21 à 28 jours, la Haute Autorité de Santé permettait d’allonger à 42 jours et puis, finalement, le ministre Olivier Véran a tranché — ça sera 28 jours et c’est 28 jours, actuellement, sauf pour les personnes les plus à risque, notamment les plus âgés.

Un troisième vaccin

Les données d’efficacité, vous les connaissez. Pour celles de Pfizer, elles ont déjà été largement rapportées. On rappelle juste un niveau de protection sur des critères cliniques au-delà de 90 % et, avec le vaccin Moderna, ARN toujours, on a une protection de 94,5 % sur ces critères cliniques, avec des Kaplan-Meier qui sont tout à fait significatives. Quand, d’ailleurs, Moderna donne 94 % d’efficacité, on est avec un intervalle de confiance entre 89 % et 96 %.

Les données les plus récentes concernent le vaccin Astra Zeneca. La Haute autorité de santé ne l’a pas recommandé pour les plus de 65 ans. Je vous rappelle qu’il s’agit d’un vaccin à base d’adénovirus simien, qu’il y a eu une controverse sur les données qui étaient un peu particulières, puisqu’ils avaient à la fois un bras –je ne parle pas du bras placebo – qui avait deux sous-groupes d’injection avec soit une pleine dose, puis une pleine dose, soit une demi-dose, puis une pleine dose, et qu’il y avait plus d’efficacité dans le bras demi-dose/pleine dose — 90 % contre 62 %, ce qui n’a effectivement pas été totalement explicité.

Possiblement une réponse contre l’adénovirus, contre le vecteur, qui se voit avec certains vaccins basés sur des adénovirus.

La vaccin Astra Zeneca a quelques éléments de sa manche : le fait que ce soit un vaccin déclaré au prix coûtant, je crois — 2,50 € la dose — une conservation beaucoup plus simple, entre 2 °C et 8 °C pendant six mois, peu d’effets indésirables graves — il y a eu un cas de myélite qui avait fait stopper l’essai, comme vous le savez, et puis qui a repris — et, bien sûr, comme ces essais ont été menés, comme par hasard, au Brésil, en Afrique du Sud et au Royaume-Uni, on aura un intérêt particulier pour savoir si ce vaccin a été efficace contre les variants, qui étaient déjà présents, puisque l’essai s’est arrêté au mois de novembre — le 4 novembre, exactement — 2020. Autre intérêt, la Haute autorité de santé a autorisé des injections entre 9 et 12 semaines pour la deuxième dose, et aussi le fait que les pharmaciens et les sages-femmes soient de la partie, ce qui devrait faciliter l’accès au vaccin.

Les données de phase 3 du vaccin Spoutnik publiées

Les données concernant le fameux vaccin Spoutnik V du président Poutine, viennent d’être publiées dans le Lancet daté du 2 février avec, là encore, deux doses.

Deux vecteurs cette fois : adénovirus — l’adénovirus 26, qui est le même que Janssen — et un autre adénovirus qui est de type 5, qui, tous les deux codent pour la protéine Spike. On a très peu d’événements indésirables graves. L’essai est un peu difficile à comprendre puisque le endpoint est sur les données cliniques. En gros, sont comptabilisées comme atteintes du Covid-19 les personnes qui ont une PCR positive avec des symptômes pulmonaires, mais la PCR n’a pas été faite chez les paucisymptomatiques et chez les asymptomatiques, ce qui fait qu’on a des données un peu incompréhensibles.

D’ailleurs, sur le peu de recherches d’immunogénicité qu’ils ont faites, ils ont des anticorps contre le récepteur RBD [receptor-binding domain de la protéine de surface du virus, Spike] chez les patients qui sont dans le bras placebo (15%).

On ne comprend pas très bien – probablement que ce sont des formes asymptomatiques qui ont été non détectées dans le bras placebo. Et, donc, là, peut-être des données à prendre avec un peu plus de prudence.

Mais aussi le vaccin Johnson & Johnson/Janssen…

Dernière information : les données de Johnson & Johnson, de Janssen — mais pas encore de publication [juste un communiqué de presse]. Une seule injection, bien sûr très attractif, 68 % d’efficacité sur des critères cliniques à J28, mais 84 % de diminutions des formes sévères et 100 % de diminution des formes réanimatoires ou des décès, donc c’est très important.

Combien de doses de vaccin pour les personnes ayant déjà eu le COVID ?

Deux informations pratiques pour finir.

Probablement que la HAS, dans les jours qui viennent, va simplifier la question des personnes qui ont eu le COVID et qui ont besoin d’un vaccin. Une seule dose chez les COVID+ après trois mois de délai sera suffisante, il n’y a pas besoin de faire une deuxième injection. Il y a plusieurs publications sur NEX Archives qui montrent que c’est totalement efficace, avec des taux d’anticorps neutralisants très élevés chez les travailleurs de soins.

Encore des interrogations sur les réactions anaphylactiques

Un dernier point, sur les réactions allergiques qui ont été observées dans les essais sur le vaccin Pfizer. Les 21 cas de réactions allergiques sont disséqués dans une communication courte du JAMA et donnent quelques informations, mais qui sont assez contradictoires, puisque certaines personnes ont fait des réactions anaphylactiques assez sévères en ayant des antécédents très modestes.

Donc voilà pour ces informations du jour. Je pense que les données vont avancer très vite. On espère que cette avancée des vaccins nous permettra d’avancer le programme vaccinal.

A bientôt sur Medscape.

Voir tous les blogs du Pr Pialoux ici

 

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