SARS-CoV-2 : très peu de réinfections chez les soignants

Damian McNamara

Auteurs et déclarations

29 décembre 2020

Oxford, Royaume-Uni —La relation entre la présence d'anticorps contre le SARS-CoV-2 et le risque de réinfection ultérieure reste incertaine. Toutefois, des analyses réalisées chez des hospitaliers anglais apportent des éléments de réponse rassurants. L’étude prospective publiée dans le New England Journal of Medicine le 23 décembre montre qu’après une infection par le SARS-CoV-2, les anticorps protègent la plupart des soignants contre une réinfection pendant au moins 6 mois.

Le message clé pour les soignants est: « Si vous avez eu le COVID, au moins à court terme, il est peu probable que vous le refassiez », indique le Pr David Eyre, auteur principal de l’étude (Université d'Oxford, Oxford, Royaume-Uni) à Medscape Medical News.

Pour arriver à cette conclusion, le Pr Eyre et coll. ont recherché la présence de deux anticorps anti-SARS-CoV-2 ( IgG anti-spike et anti-nucléocapside) chez 12 541 soignants dans des hôpitaux universitaires d'Oxford au Royaume-Uni, dont environ 10% qui avaient des antécédents d'infection confirmée par PCR.

Les membres du personnel hospitalier ont été suivis jusqu'à 31 semaines.

En tout, 11 364 soignants ont été suivis après avoir obtenu des test négatifs pour la présence d'anticorps et 1265 après avoir obtenu des résultats positifs, dont 88 chez lesquels une séroconversion est survenue au cours du suivi.

Au total, 223 soignants séronégatifs pour les anticorps anti-spike ont eu un test PCR positif (1,09 pour 10 000 jours à risque), 100 lors du dépistage alors qu'ils étaient asymptomatiques et 123 alors qu'ils étaient symptomatiques.

Aussi 2 soignants séropositifs pour les anticorps ont eu un test PCR positif (0,13 pour 10 000 jours à risque). Les deux soignants étaient asymptomatiques lors du test (rapport du taux d'incidence ajusté, 0,11; intervalle de confiance à 95%, 0,03 à 0,44; P = 0,002).

Il n'y a eu aucune infection symptomatique chez les soignants porteurs d'anticorps anti-spike.

Les mêmes tendances ont été observées avec le test de détection des IgG anti-nucléocapside seul ou en association avec les tests de détection des IgG anti-spike.

«Ce qui est formidable avec cette étude, c'est que le risque est presque diminué par 10 si vous avez eu le COVID et que vous avez des anticorps», a déclaré le Dr Christopher L. King (Université de médecine Case Western Reserve, Cleveland, Etats-Unis), qui n'était pas impliqué dans la recherche. « C'est ce que beaucoup d'entre nous voulaient savoir. »

 
Le risque est presque diminué par 10 si vous avez eu le COVID et que vous avez des anticorps. Dr Christopher L. King
 

Questions autour de la durée de l’immunité

« Combien de temps dure cette immunité, nous ne le savons pas », souligne toutefois le Dr King. Selon le chercheur, la protection par les anticorps pourrait persister un an à un an et demi mais cette durée pourrait varier. « Nous savons que certaines personnes perdent leurs anticorps assez rapidement, et d'autres non », précise-t-il.

De façon intéressante, toutes les réponses anticorps ne sont pas identiques. Par exemple, les données indiquent que les niveaux d'anticorps après immunisation avec les vaccins Pfizer / BioNTech ou Moderna sont plus élevés en moyenne que ceux observés chez des personnes qui ont eu une infection naturelle, explique le Dr King qui ajoute que les données initiales sur le vaccin d’AstraZeneca ont montré des niveaux d'anticorps inférieurs à ceux de l'immunité naturelle.

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis recommandent la vaccination pour les personnes ayant des antécédents d'infection et indique que les personnes semblent susceptibles d'être réinfectées environ 90 jours après le début de l'infection. Cependant, les nouvelles données de l'étude britannique qui suggèrent jusqu’à 6 mois de protection immunitaire pourraient conduire à une modification des recommandations, en particulier à un moment où les stocks de vaccins sont limités, souligne le Pr Mark Slifka, spécialiste en microbiologie moléculaire et d’immunologie (Oregon, Etats-Unis).

Notons qu’en France, la HAS estime « qu'il n'y a pas lieu de vacciner systématiquement les personnes ayant déjà développé une forme symptomatique de la Covid-19 ». Toutefois, « ces personnes doivent pouvoir être vaccinées si elles le souhaitent à l'issue d'une décision partagée avec le médecin ». Précisons toutefois que dans ce cas, il est préférable de respecter un « délai minimal de 3 mois à partir du début des symptômes ».

Pourquoi ces deux cas de réinfection ?

Une autre question qui se pose est celle de savoir pourquoi deux participants à l'étude qui avaient des anticorps ont été réinfectés. « Il y a beaucoup de facteurs qui auraient pu rendre ces personnes plus vulnérables », explique le Dr King. Par exemple, ils pourraient avoir été fortement exposés au SARS-CoV-2 ou être immunodéprimés pour une autre raison.

En outre, la réponse immunitaire n’implique pas que les anticorps. La recherche chez les singes rhésus suggère que les lymphocytes T jouent un rôle, même s’il n’est pas aussi important que celui des anticorps. « Je pense que ce sont principalement les anticorps qui nous protègent de l’infection, bien que les lymphocytes T soient probablement importants. Une fois que vous êtes infecté, les lymphocytes T jouent probablement un rôle important sur la sévérité de la maladie », précise-t-il.

Implications en vie réelle

« Il n'existe pas de protection à 100%, même contre l'infection elle-même. Ainsi, lorsque vous avez affaire à une personne potentiellement exposée au COVID-19, vous devez toujours suivre les mesures barrière », souligne le Pr Slifka.

Néanmoins, : « Ces résultats sont une excellente nouvelle pour ceux qui sont en première ligne et qui se demandent s'ils bénéficient ou non d'une protection s'ils ont déjà eu le COVID-19. Et la réponse est oui - il y a de très bonnes chances qu'ils soient protégés, sur la base de cette étude de grande taille. » 

Limites de l’étude

L'une des limites de l'étude est que la population est composée principalement de soignants adultes en bonne santé âgés de moins de 66 ans. « D'autres études sont nécessaires pour évaluer l'immunité post-infection dans d'autres populations, notamment les enfants, les adultes plus âgés et les personnes avec des comorbidités, y compris les immunodéprimés », notent les chercheurs.

 
D'autres études sont nécessaires pour évaluer l'immunité post-infection dans d'autres populations.
 

Le Dr Eyre prévoit de continuer à suivre les soignants de l'étude, dont certains ont été vaccinés contre le COVID-19. Cette recherche en cours permettra de «confirmer la protection offerte par la vaccination et d'étudier comment les réponses d'anticorps post-vaccinales varient selon que la personne a déjà eu le COVID-19 ou non. »

L’étude a été financée, entre autre, par le ministère de la Santé et des Affaires sociales du gouvernement britannique. Le Dr Eyre a reçu des bourses en tant que membre de la Fondation Robinson et membre senior du NIHR Oxford BRC pendant l'étude. Les Drs Slifka et King n’ont pas déclaré de liens d’intérêts en rapport avec le sujet.

Cet article a été publié initialement sur Medscape.com. Traduit et adapté par Aude Lecrubier.

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