Dispositifs dits " anti-Covid " : l'INRS met en garde

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

8 décembre 2020

France ­–  Des portiques désinfectants, des masques virucides, des purificateurs d'air… La crise sanitaire actuelle est à l'origine d'une foultitude d’inventions sensées protéger contre la contamination au coronavirus SARS-CoV-2. Les start-ups rivalisent d'imagination et pas une semaine sans un lancement d'un nouveau dispositif ou procédé aux allégations rassurantes. Sauf que parfois de la fausse bonne idée à la mise en danger, il ne peut y avoir qu'un pas. L’ Institut national de recherche et de sécurité (INRS) vient de publier une mise en garde « contre certaines de ces innovations qui non seulement ne réduisent pas le risque de transmission du virus mais peuvent en engendrer de nouveaux. »

 

Inutiles revêtements biocides

Différents revêtements à fonction biocide sont proposés à la vente. Il s'agit de membranes, films adhésifs ou vernis à appliquer sur les surfaces qui auraient une action longue durée contre les microorganismes, en premier lieu desquels les coronavirus.

Les experts de l'INRS considèrent que « ces produits ne peuvent pas être préconisés comme moyen de lutte contre la transmission du virus ». D'abord, il faudrait s'assurer que le revêtement est en effet efficace sur le SARS-CoV-2 avec une action rapide. Mais surtout, les experts soulignent qu'un nettoyage très fréquent est indispensable pour que le revêtement biocide continue d'agir. « Des opérations de nettoyage, qui sont (…) préconisées dans le contexte sanitaire actuel, même sans revêtement biocide », écrivent-ils dans le communiqué [1]. Autrement dit, si le nettoyage d'une surface présentant un fort risque d'infection, c'est-à-dire touchée par un grand nombre de personnes, est bien réalisé, le revêtement biocide n'apportera rien en plus. De fait, les produits de nettoyage usuels contiennent des tensio-actifs qui détruisent l'enveloppe des coronavirus.

Dangers sur la santé

L'INRS rappelle que l'utilisation d'ozone gazeux en tant que biocide n'est pas documentée pour les virus à enveloppe comme le SARS-CoV-2. En revanche, on sait bien que l'ozone est un gaz irritant pour la peau, les yeux et les muqueuses. Il peut être en cause dans des explosions.

D'après les experts de l'INRS, les générateurs d'ozone utilisés par les sociétés de désinfection produisent des quantités d'ozone dépassant la valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) journalière si bien qu'ils rappellent que ces traitements doivent se faire dans des bâtiments vides et qu’il ne faut pas que l'ozone puisse se répandre dans les locaux adjacents. De plus, les traitements doivent être suivis d’une phase d'assainissement de l'air. Face à une efficacité non prouvée et aux risques encourus, mieux vaut se tourner vers un autre procédé, considère l'INRS.

Autre procédé pour la désinfection des locaux, le rayonnement des lampes UV-C peut lui aussi produire de l'ozone dans des quantités non négligeables.

 

Mais ce n'est pas tout. Les surfaces doivent être nettoyées avant le traitement UV-C car le virus peut être protégé des rayons par les salissures. Or les produits désinfectants peuvent se décomposer sous l'effet des UV en des sous-produits potentiellement être nocifs pour la santé, tels les produits chlorés par exemple. Quant aux UV-C eux-mêmes, ils ne sont pas exempts de risques pour la santé entrainant des coups de soleil plus ou moins graves et des inflammations de la cornée et de la conjonctive.

Purificateurs d'air : de nombreuses précautions à prendre

Autres dispositifs passés au crible de l'association : les purificateurs d'air intérieur. Ceux dotés de la technologie HEPA (filtre à air à haute efficacité pour les particules) sont capables de diminuer la concentration virale de l'air. Prenant exemple sur l'Allemagne, la région Auvergne-Rhône-Alpes mène une expérimentation depuis novembre et a équipé un lycée d'un tel dispositif de purification de l'air intérieur.

 

Là encore, l'avis de l'INRS nuance l'enthousiasme grandissant pour ces purificateurs. Il rappelle que « seuls les dispositifs équipés de filtres HEPA de classe minimale H13 selon la norme EN 1822-1 (...) permettent d’arrêter efficacement les aérosols susceptibles de véhiculer le virus ». Et encore faut-il que les purificateurs soient installés de manière parfaitement étanche, bien entretenus et qu'ils soient adaptés au volume de la pièce. Les experts insistent sur le fait que l'utilisation en continu ou séquentiel des purificateurs d'air ne peut remplacer l'apport, indispensable, d'air extérieur.

Enfin, ils déconseillent les appareils reposant sur un système de traitement physicochimique de l'air (catalyse, photocatalyse, plasma, ozonation, charbons actifs...) : leur efficacité n'est pas prouvée et leur fonctionnement peut être à l'origine d'une pollution de l'air.

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