COVID : quel vaccin pour les patients cancéreux ?

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

4 décembre 2020

Nice, France – Considérés comme prioritaires, les patients atteints d'un cancer feront partie de la première vague de vaccination anti-Covid 19.  Aussi, dès fin février, ils devraient pouvoir recevoir la première injection du vaccin de Pfizer/BioNTech ou de celui de Moderna. Ce sont les deux vaccins anti-Covid les plus avancés dont les dossiers, examinés par les agences réglementaires américaines et européennes, devraient aboutir sous peu. Sauf que des pharmacologues français spécialistes de l'étude du devenir dans l'organisme des traitements anticancéreux s'interrogent sur le choix du vaccin destiné aux patients atteints de cancer. Une réflexion qui sera publiée prochainement dans la revue British Journal of Cancer.  

Le Dr Gérard Milano du Centre Antoine Lacassagne de Nice (Fédération UNICANCER), auteur référent, a expliqué à Medscape édition française l'origine de l’article co-écrit avec la Dr Raphaelle Fanciullino et le Pr Joseph Ciccolini de la Faculté de pharmacie de Marseille.

Medscape édition française: la stratégie visant la protéine Spike vous semble-t-elle intéressante ?

Dr Gérard Milano : Elle l'est en effet puisqu'elle offre un double avantage. Présente à la surface de l’enveloppe du SARS-CoV-2, la protéine Spike est l'une des cibles des anticorps produits par le système immunitaire après l’infection. Elle est aussi la clef qui permet au nouveau coronavirus de pénétrer dans les cellules humaines. La choisir comme cible, c'est à la fois lutter directement contre le virus mais aussi s'il échappe au système immunitaire l'empêcher de rentrer dans la cellule. Donc, l'idée est d'injecter de l'ARN messager codant la protéine Spike. Reste que l'ARN messager ne peut circuler librement, sans protection, car il est rapidement dégradé. Pour le protéger, deux solutions sont possibles : le vectoriser dans un virus inactivé ou bien les mettre dans des liposomes. Cette encapsulation dans des bulles de lipides a été le choix pour les deux vaccins les plus avancés.

Pourquoi l'idée d'une encapsulation dans les liposomes vous a fait réagir ?

Nous connaissons bien ces structures lipidiques car elles sont également utilisées comme véhicules de certains médicaments anticancéreux. Ainsi on utilise couramment dans le traitement du cancer du sein de la doxorubicine encapsulée. L'encapsulation permet une meilleure efficacité anti-tumorale et protège contre les effets secondaires. De fait, la masse tumorale a tendance à capter les liposomes. C'est bien là le problème quand on passe au sujet de la vaccination anti-Covid. Quand j'ai lu qu'on imaginait des vaccins anti-covid avec des liposomes de la même taille que ceux des médicaments de chimiothérapie vectorisés, j'ai été très étonné. Aujourd'hui la grande question est celle de la durée de la protection contre le coronavirus que confèrera la vaccination. La dose est critique, c'est d'ailleurs pour cela qu'il y aura deux injections. Or si les liposomes du vaccin sont détournés, captés, par la tumeur, il y a un risque de sous-efficacité du vaccin.

Alors que faire ?  

Notre message est clair : il faut vacciner les patients atteints de cancer car ils ont deux à trois fois plus de risque de faire des formes graves de Covid que la population générale. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils sont prioritaires. Mais, il faut les vacciner de manière éclairée. Nous nous interrogeons : ne vaut-il pas mieux attendre des vaccins qui reposent sur des virus inactivés ? A l'instar de celui d'AstraZeneca qui devrait arriver très rapidement après les deux premiers. Je me pose en lanceur d'alerte. Il serait opportun de réaliser rapidement des études avec des patients atteints de cancer car on ne peut pas leur faire courir le risque de ne pas bénéficier d'une efficacité vaccinale maximale. Si la FDA et l'Agence européenne du médicament (EMA) lisent notre article, il serait souhaitable qu'elles demandent à Pfizer/BioNTech ou à Moderna des détails sur la sous-population éventuelle des patients cancéreux. D'autres questions se posent dans la problématique vaccin anti-Covid et cancer : par exemple, celle de l'impact du traitement anticancer sur la vaccination, et réciproquement celle de la vaccination sur le traitement anticancer. Et l'immunothérapie est un bon exemple de ces interrogations.

De façon générale, que pensez-vous de toutes ces communications autour des vaccins sans publication de données ?

Il y a beaucoup de précipitation. C'est compréhensible mais on peut déplorer que de nombreux paramètres éloignés de la médecine, notamment l'économie, puissent être prioritaires. En tant que scientifiques, nous avons besoin d'objectivité de l'information.

 

Le Dr Gérard Milano a indiqué des liens d'intérêt récents avec Pierre Fabre Oncology, Merck, BMS.

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