POINT DE VUE

Témoignage d'une médecin urgentiste atteinte du COVID-19

Sabine Verschelde

Auteurs et déclarations

25 novembre 2020

Dr Vera Van Haevre

Torhout, Belgique – Vera Van Haevre travaille depuis plus de dix ans comme médecin urgentiste à l'hôpital AZ Delta, à Torhout en Belgique. Testée positive pour le Covid-19, elle a livré à nos confrères de MediQuality ses réflexions sur son vécu de la maladie – avec peu de symptômes –, l’organisation de son travail et les soins prodigués aux patients hospitalisés pour cause d’infection au SARS-Cov-2. Voici son témoignage.

« Ma première réaction a été la panique »

« Ce vendredi-là, après avoir terminé aux urgences, je m’étais soudainement sentie ‘vidée’. J'avais aussi une légère toux. La journée avait été très difficile ce jour-là, avec un décès… ça vous touche. »

« Le samedi, j'ai reçu un message de notre coordinateur, signalant qu'une collègue avait été testée positive au Covid-19 et que l'on cherchait des personnes pour reprendre son poste. Ne me sentant pas très bien moi-même, je me suis donc fait tester le samedi matin, à l'hôpital où je travaille (AZ Delta à Torhout en Belgique). Le soir, je recevais le résultat : positive et contagieuse. J'étais stupéfaite. »

« Ma première réaction a été la panique. Quand j'ai eu le résultat, le 7 novembre, un samedi soir, j'étais à la maison, en famille, nous regardions la télévision ensemble. Depuis le début de la pandémie, j'avais très peur de ramener le virus chez moi. Je me suis immédiatement demandé si mon mari était positif aussi. Le lendemain matin, il a été testé par notre généraliste et le résultat s'est avéré négatif. Mon mari a déménagé dans la chambre d'amis et à partir de ce moment-là, je n'ai plus mangé en famille. J'ai passé autant de temps que possible seule, dans une pièce séparée. »

« En fait, je n'ai pas le droit de me plaindre. Mes symptômes sont légers. Je suis vite essoufflée, je tousse mais n'ai pas de fièvre. J'ai le nez bouché, mal à la tête et des douleurs musculaires. La perte de l'odorat et du goût, en revanche, m'est très difficile. Alors que j'aime cuisiner, je ne mange en ce moment que pour me nourrir. Je n'apprécie pas grand-chose et je pourrais tout aussi bien manger du carton. Et oui, cela va (espérons-le) passer. Ce qui me manque aussi beaucoup, c'est de mettre nos fils au lit et de les embrasser le soir avant qu'ils ne s'endorment... »

Quelques jours pour récupérer avant la reprise du travail

« En accord avec mon chef de service, nous avons décidé que je resterais en quarantaine pendant une semaine, et que si je n'avais plus de symptômes à la fin de cette semaine, je retournerais au travail à partir du 16 novembre. Il est très difficile de déterminer quand une personne n'est plus contagieuse. Vous ne savez pas si vous faites le bon choix. J'espère que je vais bien récupérer physiquement, aujourd'hui j'ai encore très peu d'énergie, mais il me reste encore quelques jours pour récupérer. Je sais que je devrai peut-être attendre longtemps avant que mon odorat et mon goût reviennent. »

« Si je reprends le travail, je continuerai à me protéger comme je l'ai toujours fait, avec un masque, une visière, un tablier et dans le respect des règles d'hygiène des mains. Avec la différence que cette protection sera désormais à double sens. Pour protéger mes collègues, je mangerai et ferai mes pauses à l'écart. Si je n'ai plus de symptômes, je souhaite vraiment retourner travailler. Nous devons également nous soutenir mutuellement entre collègues, chacun doit s'assurer qu'il y a suffisamment de personnes au travail et suffisamment de temps de repos. »

« Prudemment positive »

« Dans l'hôpital où je travaille, l'AZ Delta, je remarque que la situation s'améliore cependant petit à petit. Il y a moins d'admissions de patients Covid-19, et nous avons encore assez de lits et de capacité de soins. Aux soins intensifs, les médecins n'ont jamais atteint le stade où il faudrait choisir parmi les patients lors de l'attribution d'un lit. Le bon sens est également essentiel. Quels soins procurons-nous à un patient de 98 ans souffrant de comorbidités et d'une infection avérée au Covid-19 ? Dans certains cas, on optera pour une thérapie de confort plutôt que pour une thérapie invasive aux soins intensifs. Nous devons éviter l'acharnement thérapeutique. Mourir ne devrait pas être tabou, et l'accompagnement à la mort est au moins aussi important que le suivi d'un patient dans son processus de traitement. »

« Je suis prudemment positive quant à l'évolution de la deuxième vague de Covid-19 [en Belgique, NDLR]. Je pense que les choses vont dans la bonne direction. Au début, j'avais très peur d'appartenir à la minorité de jeunes patients qui se retrouvent en soins intensifs malgré le fait qu’ils soient en bonne santé. Cette infection au Covid-19 est une grande leçon de lâcher prise. Vous n'avez aucun contrôle sur le virus, vous ne savez pas comment il va évoluer en vous. Pour me rassurer, je dois réaliser que les gens que je vois dans le cadre de mon travail sont dans le pire des états possibles. Que les personnes en détresse respiratoire constituent une petite, infime minorité. Des milliers de personnes infectées traversent facilement cet épisode. Je suis forte et en bonne santé, je n'ai pas d'antécédents, je ne prends pas de médicaments. Il n'y a aucune raison de garder à l'esprit ce scénario catastrophe. J'ai maintenant un oxymètre à la maison et je l'utilise une fois par jour. »

 
Cette infection au Covid-19 est une grande leçon de lâcher prise.
 

Reprise du travail « pas encore complètement rétablie »

« En ce moment, je dois surtout avoir confiance en mon propre corps. Profiter des petits bonheurs du quotidien. Et espérer que les jours prochains se dérouleront sans encombre et sans souci majeur. Et que je puisse bientôt reprendre le travail. »

Lundi 16 novembre au soir, le Dr Van Haevre a repris le travail, pour un service de nuit. « Revenir au travail est une décision difficile. Je sens que je ne suis pas encore complètement rétablie, que le pire est effectivement derrière moi mais que j'ai besoin de me reposer. Un service de nuit n'est pas facile, mais je dois aussi songer à mes collègues. Ils sont, eux aussi, fatigués. Et la fatigue diminue la résistance. Et je suis capable de travailler. Donc je le fais. »

 

Cet article a été publié initialement sur MediQuality.

 

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