Mesures barrières : comment minimiser le risque infectieux ?

Dr Colas Tcherakian

Auteurs et déclarations

19 janvier 2021

Masques, lunettes, visières, distanciation physique, aération des lieux : Colas Tcherakian fait le point sur l’efficacité des mesures barrières.

Voir Partie 1 : Immunité post-COVID : des données rassurantes

Voir partie 2 : Comment prescrire les tests diagnostiques de COVID-19 ?

  TRANSCRIPTION

Comment minimiser le risque infectieux en maximisant les mesures barrières dont on a pu prouver l’efficacité ? En quelques minutes, je vais partager avec vous ces éléments en cette période où nous sommes amenés à nous rencontrer dans des espaces petits et clos, avec ou sans masque, au moment des repas. Que peut-on faire pour minimiser le risque infectieux pour nos proches ?

1) Le masque : avec ou sans ? Clairement avec. Mais quel masque ?

 

Il faut utiliser plutôt le masque chirurgical papier, dont on a de très bonnes évaluations. Il est moins efficace que le masque FFP2, mais dans la population générale, il n’y a pas de grandes différences, le FFP2 étant essentiellement réservé aux prélèvements dit invasifs, c’est-à-dire avec un risque de projection de gouttelettes pour les soignants qui font des prélèvements dans la trachée, la gorge, etc. Le masque chirurgical papier, qui peut être lavé, reste plus efficace que le masque en tissu, quelles que soient les normes utilisées.

Ensuite, d’autres éléments :

 

2) La distanciation physique (non pas sociale cette fois-ci, mais physique) : plus vous allez vous éloigner, plus la probabilité que vous soyez infecté est diminuée. Mais attention — ce n’est pas suffisant. C’est un des éléments parmi d’autres.

3) Les lunettes de protection en plus du masque : c’est surtout intéressant si l’autre personne ne porte pas de masque et vous envoie des gouttelettes qui peuvent passer et vous infecter par le biais de la conjonctive. Quand votre interlocuteur a un masque, le port supplémentaire de la lunette est peu intéressant.

 

 

Dans les éléments qui reviennent souvent dans les questions, en particulier chez les patients, on a : « est-ce que la visière est intéressante, surtout chez les gens qui ont une maladie respiratoire, qui ont du mal à respirer avec le masque ? »

La réponse est : la visière est sûrement intéressante, mais pas seule. Sans masque, cela n’a pas été évalué et ce n’est sûrement pas suffisant. Donc on ne peut pas proposer une visière à la place d’un masque. Ce n’est pas validé et ce n’est sûrement pas efficace.

 
On ne peut pas proposer une visière à la place d’un masque.
 

Le CDC avait fait une « publicité » pour l’utilisation du port du masque. Vous voyez ci-dessous deux coiffeurs tous deux positifs et en période infectieuse, qui avaient passé en moyenne un quart d’heure avec leurs clients, coiffant 140 personnes. De ces personnes, aucune ne sera infectée, sachant que chacun des coiffeurs portait un masque et chacune des personnes coiffées portait également un masque.

 

Donc le port du masque (surtout le double-port du masque) est l’élément le plus protecteur contre la diffusion du virus. Ce n’est, toutefois, toujours pas suffisant. Vous voyez ici que les particules virales sont relarguées et vont partir en suspension. Et une grande partie d'entre elles vont rester en suspension.

 

Donc le masque empêche une grande partie des particules virales de partir, mais il faut savoir que même quand vous avez un masque, il y a une partie des particules qui vont rester en suspension. Et pour lutter contre ces particules volatiles, légères, il faut aérer.

4) L'aération des lieux : quand vous avez par exemple une personne avec cinq autres qui ne sont pas infectées, il y a un risque infectieux important pour beaucoup de personnes exposées. En général, s’il n’y a pas de ventilation, la plupart des gens seront infectés. Si vous faites porter un masque à l’ensemble des personnes, y compris la personne infectée, sans aération, vous allez aussi quand même avoir un risque infectieux non négligeable. Vous diminuerez ce risque au minimum avec l’adjonction du masque et de l’aération. C’est un élément fondamental. À l’hôpital, nous aérons beaucoup. Cela fait partie de la prise en charge. Donc l’aération au maximum. Pourquoi ? Parce que quand vous respirez, et surtout quand vous parlez, criez ou chantez, vous produisez une énorme quantité de particules virales. Typiquement, le karaoké est une activité à risque pendant cette période, car la propulsion et l’importance de la production de gouttelettes infectieuses est directement reliée à votre activité vocale. Le silence est d’or, car il ne produit pas de particules virales.

5) Le temps de contact : les éléments les plus importants sont l’occupation des lieux avec une qualité de ventilation et une activité vocale des personnes. Et plus vous allez rester longtemps, plus le risque d’infection sera important, ce d’autant plus que vous êtes dans un milieu peu ventilé. Ce risque est énorme quand vous êtes dans un endroit peu ventilé avec des gens qui parlent et en grande quantité, avec un niveau d’occupation important. Sans masque, ce n’est même pas la peine de vous mettre dans ces conditions — vous allez vous infecter. À l’inverse, quand vous portez un masque, en cas d’occupation faible d’un espace bien ventilé, vous pouvez vous mettre dans des conditions assez sécuritaires pour échanger, mais il est vrai que dès que le temps passe et plus le temps de contact se prolonge, plus vous risquez de rentrer à nouveau dans une zone rouge. C'est clairement l’importance de la ventilation de l’air qui va faire la différence en termes de protection.

Donc, dans les messages clés, on retiendra :

  • le masque, portez-le

  • la pièce, pas trop occupée

  • le lieu, bien ventilé

Ce sont les principaux éléments pour minimiser le risque infectieux. Vous avez bien compris que tout ceci va tomber au moment où vous allez enlever le masque, avec un risque infectieux qui est augmenté lorsque vous êtes à l’apéro ou lorsque vous allez passer à table. Il faut garder ça en tête. Il y a un risque infectieux important si vous enlevez votre masque, et clairement, dans l’idéal, il ne faut pas partager sa pitance avec ceux qu’on aime durant ces périodes.

Vidéo enregistrée le 25 décembre 2020

 

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