POINT DE VUE

Cancers chez l’adolescent/jeune adulte : des conséquences à long terme

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

15 décembre 2020

 

Quels sont les risques de comorbidités chroniques chez les adolescents et les jeunes adultes qui ont survécu à un cancer ? Une étude américaine apporte quelques précisions.

TRANSCRIPTION/ADAPTATION

Paris, France-- Bonjour et bienvenue sur le site de Medscape. Je suis le docteur Manuel Rodrigues, je suis oncologue médical à l’Institut Curie à Paris.

Je vais vous parler, aujourd’hui, de survivorship, c’est-à-dire l’après-cancer.

C’est une thématique importante abordée dans une étude qui a été publiée dans le Journal of Clinical Oncology . Il s’agit d’une étude rétrospective de base de données sur d’anciens patients atteints d’un cancer alors qu’ils étaient adolescents ou jeunes adultes.

Le cancer des adolescents et jeunes adultes est une thématique importante. Cette étude rappelle qu’il y a près de 600 000 personnes dans cette situation aux États-Unis, actuellement.

Dans ce travail, près de 7000 « survivants », anciens patients ont été comparés à une population de 90 000 personnes d’une base de données dans les mêmes régions aux États-Unis.

Cette population de 6800 patients est une population de gens qui ont eu un cancer entre 15 ans et 39 ans, entre les années 2000 et 2012, et qui ont eu au moins deux ans de suivi sans rechute.

L’âge médian de survenue du cancer était de 31 ans.

Une minorité était vraiment adolescents : 8 % des presque 7000 qui avaient entre 15 et 19 ans et sur les types de cancer, c’était des cancers du sein pour 16 % d’entre eux, de la thyroïde, des lymphomes ou des mélanomes.

Notons que les traitements ne vont pas du tout être les mêmes, avec des traitements qui vont être uniquement chirurgicaux, d’autres qui vont être chirurgicaux, multimodaux, avec de la chimio, de la radiothérapie, de l’hormonothérapie.

Cela ajoute de la complexité à l’étude.

Développement de comorbidités

Cette étude détaille les comorbidités développées lors de cet après-cancer.

Les chercheurs montrent que 17 % des patients, avec un recul médian de cinq ans, développaient au moins une comorbidité. Parmi les comorbidités les plus fréquentes étaient rapportées les ostéonécroses (RR=8,3), les dyslipidémies (RR=1,3), l’hypertension, le diabète, les problèmes de thyroïde ou les problèmes anxio-dépressifs.

A noter : les survivants à un cancer présentaient un risque 2 à 3 fois plus élevé de cardiomyopathie, d'accident vasculaire cérébral, d'insuffisance ovarienne prématurée, de maladie hépatique chronique et d'insuffisance rénale.

Ce qu’ils montrent aussi, c’est qu’il y a des complications très spécifiques en lien avec les traitements, en particulier en lien avec les chimiothérapies ou la radiothérapie administrées. Notamment de l’ostéoporose, par exemple, l’infertilité ou l’hypofertilité, les problèmes de cardiopathies. Les cardiopathies, par exemple, augmentent d’un risk ratio de 2,6.

Un risque augmenté de 50%

Dans cette population de survivants à un cancer, il y avait un risque augmenté de 50 % de pathologies par rapport à la population de référence.

C’est ce qui ressortait de façon importante avec les complications particulières de certains traitements.

Des comorbidités liées aux traitements

Dans l’étude, il est difficile de distinguer les différents traitements, de faire une analyse multivariée. Au final, même si on a 6700 patients, il y a tellement de pathologies différentes et de traitements différents qu’il va être très dur de faire du multivarié — par exemple, pour le cancer du sein de différencier les patientes qui ont eu de l’Herceptin, des patientes qui ont eu des anthracyclines. Les anthracyclines sont associées à un risque trois fois plus élevé de cardiopathies et l’Herceptin est aussi également à un risque plus élevé.

L’irradiation thoracique, ou de la poitrine est associée à un risque cardiomyopathies, et enfin, les complications de fibrose pulmonaire sont cinq fois plus élevées quand le patient a reçu une dose de bléomycine.

Des limites majeures mais un message clair

Au total, ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a des limites majeures à cette étude parce qu’encore une fois on mélange beaucoup de populations différentes et des populations à chaque fois très réduites, donc il est très difficile de faire des analyses statistiques.

Mais, le message est le même que pour les enfants atteints de cancer, ou même les adultes, même si c’est moins prégnant, forcément, parce que l’espérance de vie est moindre et que le temps de développer la pathologie est moindre : une fois qu’on a eu un cancer, on reste à risque de faire une autre pathologie. En particulier à risque cardiovasculaire, à risque endocrinien, métabolique. C’est très important chez l’enfant parce qu’en plus la courbe de croissance peut se casser et, donc, engendrer de nouvelles complications qui viennent se surajouter. Mais c’est également important chez ces jeunes adultes.

 
Une fois qu’on a eu un cancer, on reste à risque de faire une autre pathologie.
 

Un suivi particulier

La situation nécessite aussi un suivi particulier, une attention particulière. Ce qui souligne un nouveau biais de cette étude : cette population de l’essai est particulièrement bien surveillée et, donc, les pathologies dépistées plus facilement.

Mais malgré ses limites, il faut garder en tête qu’un patient qui a eu un cancer, un patient qui en est sorti il y a trois ans, cinq ans, 10 ans, n’est pas complètement tiré d’affaire. Il n’est pas revenu à l’état normal d’avant, il est plus à risque de pathologies — graves ou moins graves — sur le long terme. Il faut y être attentif.

Voilà, à bientôt sur le site Medscape.

 

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