Une troisième artère dans nos avant-bras grâce au processus évolutif

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

13 novembre 2020

Australie – L’humain augmenté est en route. Trois chercheurs australiens viennent d’en apporter la preuve en rapportant la présence de plus en plus fréquente dans chacun de nos avant-bras de – non pas deux –, mais bien trois artères. Ce troisième vaisseau sanguin n’est pas une création de novo mais un résidu du développement fœtal, désormais partagé par un tiers de la population étudiée par les chercheurs australiens. Reste à savoir si ce supplément de circulation sanguine confère un avantage. Cette observation du Dr Teghan Lucas de l’Université de Flinders, ainsi que du Pr Maciej Henneberg et du Dr Jaliya Kumaratilake de l’Université d’Adélaïde a été publiée dans  the Journal of Anatomy  [1].

Un rythme accéléré

L’artère médiane est le vaisseau principal qui alimente le bras du fœtus pendant la gestation utérine, mais elle disparait, au fur et à mesure de la croissance de l’enfant, au profit de deux artères, l’artère radiale et l’artère ulnaire.

Ce processus qui prévalait jusqu’à présent, est en train de changer de telle façon que désormais un humain peut présenter à l’âge adulte, non plus deux, mais trois artères. Ce que disent ces trois chercheurs, c’est que cette tendance, apparue à la fin du XIXème siècle, est en train de devenir la norme et s’imposer à tous en 2100 car le rythme évolutif s’est fortement accéléré.

« Depuis le XVIIIe siècle, les anatomistes ont étudié la prévalence de cette artère chez les adultes et nos études montrent qu’il y a une augmentation très nette, affirme le Dr Teghan Lucas, une des auteurs de l’étude, dans un communiqué [2]. La prévalence était de 10 % pour les gens nés au milieu des années 1880, alors qu’elle est de 30 % pour ceux qui sont nés à la fin du XXe siècle, c’est une augmentation significative sur une courte période de temps quand il s’agit de processus évolutifs ». 

Schéma de l’artère median qu fournit la main et l’avant-bras en apport sanguine. Credit: Pr Maciej Henneberg

Pour établir ce fait, les chercheurs ont procédé à des dissections anatomiques, comme l’explique le Pr Maciej Henneberg, dernier auteur de l’étude mais aussi membre de l’Institut de médecine évolutive de l’Université de Zurich : « nous avons colligé toutes les données publiées dans la littérature ayant trait à l’anatomie et avons disséqué les cadavres donnés à la recherche à Adélaïde, dit-il, et nous avons découvert qu'environ un tiers des Australiens possède une artère médiane dans leur avant-bras ». Et d’ajouter « et tout le monde en aura une à la fin de ce siècle si le processus continue ».

D’autres micro-évolutions

Comment expliquer cette « augmentation » et va-t-elle nous servir ? Cette troisième artère « pourrait résulter de mutations de gènes impliqués dans le développement des artères médianes ou de problèmes de santé chez les mères pendant la grossesse ».

Quant à savoir si cette artère supplémentaire procure un avantage évolutif, le Pr Henneberg avance qu’elle permettrait d’augmenter le flux sanguin et pourrait être utilisée comme matériel de remplacement en cas de chirurgie dans d’autres parties du corps.

Dans une vidéo postée sur le site de l’Université de Flinders [2], le Dr Lucas rappelle que d’autres modifications anatomiques sont actuellement en cours dans le corps humain, comme la prévalence accrue du spina bifida occulta, une ouverture le plus souvent asymptomatique du canal lombaire, l'absence de plus en plus prévalente de dents de sagesse par manque de place dans la mâchoire induite par nos nouvelles habitudes alimentaires et masticatoires. On peut aussi citer le mystère qui entoure « fabella », ce petit os du genou dont la fonction est inconnue, et qui après avoir disparu au cours de l’évolution, semble vouloir ré-apparaitre, sans que l’on en connaisse la raison.

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