COVID-19 : proposer une oxygénothérapie à domicile devient possible sous certaines conditions

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

12 novembre 2020

Paris, France ­­– Alors qu’Olivier Véran avait annoncé des mesures pour renforcer la coordination ville-hôpital lors de sa conférence de presse hebdomadaire sur la crise du Covid jeudi dernier, la Haute Autorité de Santé vient de publier un « réponses rapides » sur la prise en charge à domicile de patients atteints de la Covid-19 qui nécessitent une oxygénothérapie [1,2]. Elle y définit les critères d’éligibilité des patients, les conditions de la mise en œuvre de l’oxygénothérapie, le suivi et la coordination nécessaires pour garantir la sécurité des soins.

La coordination avec la médecine de ville est renforcée

Enfin, la coordination entre la médecine de ville et l’hôpital semble s’améliorer. On se souvient que les médecins généralistes avaient eu le sentiment d’être mis sur la touche pendant la première vague de Covid et l’avaient fait savoir, notamment dans des écrits, en dénonçant une organisation des soins très hospitalo-centrée. Face à la reprise de l'épidémie de Covid-19 et de la très forte sollicitation des services hospitaliers, le gouvernement revoit sa copie. En cela, il répond à la demande de MG France – qui lui avait proposé dès le 28 octobre différents outils permettant aux médecins généralistes de prendre en charge à domicile [leurs] patients Covid quand cela [leur] semble possible, y compris en sortie d'hospitalisation pour raccourcir les séjours.

Et en effet, l’une de ces options thérapeutiques, l’oxygénothérapie à domicile, fait aujourd’hui l’objet d’un document de la HAS. « C’est une vraie différence avec la première vague où la gestion était très hospitalo-centrée, avait reconnu Olivier Véran jeudi dernier. Aujourd’hui, nous savons que chaque composante du système de santé a un rôle entier à jouer pour préserver les services hospitaliers ».

Deux types de malades

Dans son document, la HAS répond à ces trois questions : comment mettre en place une oxygénothérapie en dehors de l’hôpital ? Dans quels cas est-ce possible et pertinent de proposer cette modalité de prise en charge sans perte de chance pour le patient ? Et à quelles conditions ?

Pour la HAS, « l’hospitalisation reste recommandée pour les patients à risque de faire une forme sévère de la Covid-19 ». Elle considère toutefois qu’une prise en charge à domicile est possible pour deux types de malades :

  • des patients qui ont été hospitalisés et dont l’état de santé permet d’envisager un retour à domicile avec un apport en oxygène nécessaire à leur prise en charge ;

  • et exceptionnellement des malades dont l’état de santé permet une prise en charge initiale à domicile

Critères d’éligibilité

Les critères d’éligibilité sont directement liés au patient et à son environnement : il doit être autonome, disposer d’un domicile salubre, avec la présence permanente d’un tiers, être situé à moins de 30 minutes d’un établissement de santé de référence disposant d'une structure d'urgence ou d'un SMUR de proximité.

D’autres critères sont liés à l’objectif thérapeutique poursuivi : pour un patient sortant d’une hospitalisation, poursuite du sevrage d’oxygénothérapie avec un besoin < à 4 L/mn pour maintenir la saturation en oxygène ; pour un patient non hospitalisé, rétablir la saturation sanguine en oxygène (SPO2) au dessus de 92% au repos.

A contrario, les patients présentant un critère d’exclusion majeur sont : ceux souffrant d’une pathologie chronique (diabète, insuffisance rénale) non stabilisée, d’une obésité morbide, les patientes enceintes… La HAS exclut également ceux cumulant au moins deux critères mineurs : un âge supérieur à 70 ans, une pathologie cardiovasculaire, une cirrhose, un diabète équilibré…).

A retenir que l’’âge seul ne suffit pas à exclure un patient de ce dispositif.

Décision partagée et équipe pluriprofessionnelle 

Le choix d’une oxygénothérapie à domicile repose bien évidemment « sur une décision partagée entre le patient et son médecin en lien avec le service de référence ».

Dans ses Réponses rapides, la HAS définit également les traitements à mettre en place pour ces patients ainsi que la nature du suivi [2].

Cette prise en charge doit être assurée par une équipe pluriprofessionnelle avec un médecin généraliste pour la coordination de la prise en charge, un infirmier pour la surveillance et la dispensation des médicaments et un kinésithérapeute. Ce sera au prestataire d’oxygénothérapie à domicile de mettre en place et de suivre les dispositifs médicaux techniques (appareils d’oxygénothérapie).

Enfin, « pour pouvoir réagir rapidement et hospitaliser le malade si son état de santé s’aggrave, ces professionnels doivent être en lien avec les unités hospitalières de référence » et le SAMU-Centre 15 informé.

 

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