Déprogrammations des actes : « cela doit rester une décision médicale » et non administrative

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

3 novembre 2020

France -- Partout sur le territoire, les déprogrammations d’actes chirurgicaux et médicaux s'accélèrent pour consacrer le maximum d'activités de soins à la lutte contre le virus. La volonté de conserver une activité non-covid se heurte désormais à la réalité de la pandémie : les contaminations (plus de 52 500 nouveaux cas déclarés lundi) et les entrées en hospitalisation et en réanimation (1414 hospitalisations et 269 en réanimation lundi) sont telles que les déprogrammations deviennent indispensables. La France compte actuellement 25 143 personnes hospitalisées en raison du Covid dont 3 730 cas graves en réanimation.

On se souvient qu'au printemps, le phénomène était global : l'ensemble des hôpitaux français avait dû annuler les interventions non-urgentes. Mais aujourd'hui, des médecins refusent que les déprogrammations d'intervention chirurgicale se fassent de nouveau à l'aveugle et exigent d'être associés à ces prises de décision.

« Déprogrammations brutales » et perte de chance

« En temps normal, mon service prend en charge une gangrène du pied chez un patient diabétique tous les cinq ans. On en a vu sept entre juin et septembre » résume le Dr Philippe Cuq (chirurgien vasculaire, Toulouse) coprésident du Bloc[1], et président de l’Union des chirurgiens de France. Avant de poursuivre « maintenant on sait qu'en déprogrammant de façon administrative, on laisse des patients sur la touche. Même si on ne peut pas encore la mesurer, nous déplorons une augmentation de la morbi-mortalité liée au Covid ».

 
Notre responsabilité est d'insister sur le fait qu'on a commis une erreur de tout arrêter le 13 mars
 

« Notre responsabilité est d'insister sur le fait qu'on a commis une erreur de tout arrêter le 13 mars. Il est indispensable de tirer des leçons de notre expérience de la première vague » explique-t-il à Medscape édition française.

Le ministre de la Santé semble, lui aussi, avoir pris la mesure de cette perte de chance. Mercredi dernier, dans une lettre adressée aux directeurs d'hôpitaux, Olivier Véran a certes demandé aux établissements des régions les plus touchées d’activer leur plan blanc. S'il souligne clairement la nécessité de déprogrammer « toutes les activités chirurgicales et médicales pouvant l’être », il demande aussi que la prise en charge des cancers, des greffes, des malades chroniques «requérant des soins urgents», ainsi que la psychiatrie, «notamment les publics mineurs avec handicap psychique», soient préservées.

« Dans le discours du ministre, il faut continuer à opérer certains patients. Cette prise de position est une bonne nouvelle mais la situation évoluant, je crains la réaction des ARS qui est la déprogrammation systématique, de masse » commente Philippe Cuq.

 
Je crains la réaction des ARS qui est la déprogrammation systématique, de masse
 

C'est pourquoi le Bloc rappelle dans un communiqué que «la déprogrammation d'une intervention chirurgicale reste une décision médicale, du ressort de l'équipe anesthésiste-chirurgien ».

L'intersyndicale Le Bloc demande une personnalisation de la décision qui doit se faire au cas par cas. « Prenons l'exemple d'une prothèse de hanche. La vision administrative de cet acte consisterait à dire qu'il n'est pas urgent et peut être différé, ce qui est vrai pour un patient bien entouré. » détaille le Dr Cuq. « Mais pour un autre patient, alité, avec un risque de phlébite élevé, et moins bien entouré, la décision médicale penchera pour une intervention rapide », poursuit-il.

Elle demande également que les « médecins spécialistes des plateaux techniques lourds soient systématiquement intégrés aux cellules de crise ». « Je pense qu'il est tout à fait possible, et souhaitable, que les cellules de crise de chaque établissement soient composées de représentants des chirurgiens et des anesthésistes, de représentants du personnel et de l'administration » considère Philippe Cuq.

 
Il est souhaitable, que les cellules de crise de chaque établissement soient composées de représentants des chirurgiens et des anesthésistes, de représentants du personnel et de l'administration
 

Par ailleurs, Le Bloc rappelle aussi que « lors de la première vague les établissements ont démontré leur capacité à déprogrammer les interventions en moins de 24 heures lorsque la situation sanitaire l'a exigé ». Dès lors, il estime qu' « il n'y a pas donc pas lieu d'anticiper exagérément les décisions de déprogrammation. ».

(1) Union syndicale de l'AAL (Syndicat de médecins Anesthésistes Réanimateurs Libéraux) - du SYNGOF(Syndicat National des GynécologuesObstétriciens de France) - de l'UCDF (Union des Chirurgiens de France)
 

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