Reconfinement : « Personne n’avait prévu une flambée si violente de l’épidémie »

Véronique Hunsinger

Auteurs et déclarations

30 octobre 2020

Paris, France --  Le Premier ministre, accompagné des ministres de l’éducation nationale, du travail, de l’économie, de la culture et de la santé, a détaillé jeudi soir lors d’une conférence de presse les mesures de confinement débutant quelques heures plus tard et ayant vocation à se poursuivre au moins jusqu’au 1er décembre.

« Personne n’avait prévu une flambée si violente de l’épidémie » a justifié le Premier ministre soulignant que celle-ci « frappe avec la même brutalité toute l’Europe ». « Il n’y avait pas d’autre solution que le confinement » a-t-il ajouté. Celui-ci devrait au minimum durer jusqu’au 1er décembre sur l’ensemble du territoire métropolitain ainsi que la Martinique. Les modalités sont un peu différentes que le confinement du mois de mars puisque les établissements scolaires restent ouverts. La nouveauté est que les enfants devront porter un masque dès la classe de CP et qu’un protocole renforcé va être mis en place à la rentrée conformément aux recommandations du Haut conseil de santé publique. Dans les entreprises, le télétravail « n’est pas une option dès lors qu’il peut être mis en place » a affirmé la ministre du travail Elisabeth Borne. Autre différence par rapport au printemps : tous les professionnels de santé devraient pouvoir exercer leur activité y compris les opticiens et les chirurgiens-dentistes qui n’assuraient que les urgences lors du premier confinement. 

La veille, Emmanuel Macron avait également justifié ce nouveau confinement par le fait que « le virus circule en France à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n’avaient pas anticipée ». Le nombre de contaminations rapporté à la population a doublé en moins de deux semaines et mardi 527 personnes étaient décédées du Covid-19 et 3.000 étaient en réanimation soit la moitié des capacités nationales, avait-t-il ajouté. « A ce stade, nous savons que quoi que nous fassions, près de 9.000 patients seront en réanimation à la mi-novembre, soit la quasi-totalité des capacités françaises, avait expliqué le chef de l’Etat. Nous nous organisons bien sûr pour y faire face, rouvrir de lits supplémentaires et nous allons faire le maximum d’efforts tous ensemble mais ce n’est pas suffisant. Si nous ne donnons pas aujourd’hui, un coup de frein brutal aux contaminations, nos hôpitaux seront très vite saturés sans que nous ayons, cette fois, la possibilité de transférer beaucoup de patients d’une région à une autre parce que le virus est partout ».

 
A ce stade, nous savons que quoi que nous fassions, près de 9.000 patients seront en réanimation à la mi-novembre
 

Quelques heures plutôt, la Fédération de l’hospitalisation de France (FHF) avait effectivement appelé à un « reconfinement national immédiat pour éviter la submersion du système de santé ». « La question qui se pose à très court terme est la question éthique de la priorisation - non plus seulement à la réanimation - mais bien à l’accès au soins et au système de santé dans son ensemble, annonçait-elle gravement. Quelle priorisation entre patients Covid et non Covid ? Comment protéger les personnes les plus vulnérables ? Quels critères mettre en oeuvre pour échapper à la décision arbitraire? ». Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) doit rendre un avis sur ce sujet dans les prochains jours.

 
La question qui se pose à très court terme est la question éthique de la priorisation
 

Si le reconfinement s’opère bien sur l’ensemble du territoire, la FHF distinguait encore mercredi trois situations différentes selon les territoires : des régions très fortement implantées (Ile-de-France et Aura/Auvergne-Rhône-Alpes saturées), des régions fortement impactées (Haut-de-France, Occitane, PACA et sud de la Bourgogne Franche-Comté sur le point d’être saturées) et des régions moins impactées (Grand Est, Nouvelle  Aquitaine, Centre-Val de Loire, Pays de la Loire Normandie et Bretagne). « Quarante évacuations sanitaires ont déjà eu lieu, a indiqué le ministre de la santé jeudi soir. Au départ de AURA et de l’Occitanie vers la Bretagne et la Nouvelle Aquitaine ».  Le ministre a également activé le Plan Blanc sur l’ensemble du territoire national et les ARS doivent prévoir massivement de réaliser des déprogrammations d’intervention. « Nous avons formé 7.000 médecins et infirmiers aux techniques de prise en charge du Covid en réanimation, a fait valoir Olivier Véran. En outre 9.000 soignants se sont déjà inscrits sur la plateforme de volontaires pour apporter leur renfort ». Près de deux millions de tests PCR sont désormais réalisés chaque semaine et les professionnels de santé libéraux devraient pouvoir « bientôt » déployer les tests antigéniques.

France asso santé, la fédération des associations de patients agrées, a souligné que les priorités devaient être de « permettre aux patients présentant des formes évolutives de Covid 19 d’être pris en charge correctement : ces personnes doivent disposer d’un suivi et d’une surveillance adaptée, notamment en Ehpad et à domicile » mais aussi de « garantir la continuité des soins et des parcours, y compris grâce au recours à la télémédécine et à la télésurveillance et à assurer les déprogrammations dans le strict cadre du nécessaire ». Olivier Veran a également rappelé jeudi soir que, contrairement à la période du début de la première vague où les patients étaient incités à contacter en priorité le 15, la médecine de ville devait prendre en charge majoritairement les patients atteints de Covid. Pour faciliter le maintien à domicile des patients, le syndicat MG France a demandé mercredi à la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) la possibilité pour les généralistes de prescrire de l’oxygénothérapie à haut débit à domicile, des bronchodilatateurs en nébulisations et des produits sédatifs comme le madapolam.

Le gouvernement devrait faire un point sur les effets de ces mesures de confinement d’ici quinze jours. La bonne nouvelle est que l’Irlande qui est le premier pays à avoir adopté un reconfinement sous des modalités un peu similaires semble reprendre le contrôle de l’épidémie au bout d’une semaine.

Point épidémiologique hebdomadaire du 29 octobre 2020 de Santé Publique France / semaine 43

Nombre de nouveaux cas confirmés de COVID-19 (SI-DEP) 263 143 (+54%)

Taux de positivité (%) pour SARS-CoV-2 (SI-DEP) 18,6 (+4,8 points)

Nombre d’actes SOS Médecins pour suspicion de COVID-19 7 420 (+22%)

Nombre de passages aux urgences pour suspicion de COVID-19 (réseau OSCOUR®) 11 554 (+45%)

Nombre de nouvelles hospitalisations de patients COVID-19 (SI-VIC)12 176 (+62%)

Nombre de nouvelles admissions en réanimation de patients COVID-19 (SI-VIC)1 816 (+35%)

Nombre de décès liés à la COVID-19 (incluant les décès en hospitalisation et décès en EHPA et autres EMS)1318 (+51%)

 

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