Taux d’incidence, extension du couvre-feu, appli : le point sur l’épidémie au 23 octobre

Stéphanie Lavaud

23 octobre 2020

France – Si le ton de l’allocution du Premier ministre jeudi soir n’était pas alarmiste, il était grave. La nouvelle vague est bien présente. Les chiffres de contamination, mais aussi et surtout ceux des admissions dans les services de réanimation, ne cessent de grimper, faisant craindre une saturation prochaine. Toutes les tranches d’âges et la quasi-totalité du territoire français sont concernées, d’où la décision de porter le nombre de départements où s’applique le couvre-feu à 54 plus la Polynésie. Mais le Premier ministre a prévenu : le mois de novembre s’annonce difficile, des décès auront lieu inexorablement et nous devons tous nous attendre à l’annonce de mesures plus restrictives encore dans les prochains jours, dans un contexte où certains pays européens ont décidé de se reconfiner (Irlande du Nord, Pays de Galles). Lors de cette présentation, Jean Castex et Olivier Véran ont fait savoir que tous les outils à disposition pour lutter contre l’épidémie devaient être mis à profit, y compris les outils numériques avec la nouvelle appli TousAntiCovid (voir encadré) [1] .

Nul n’est épargné

« La nouvelle vague est là », a affirmé hier soir le Premier ministre Jean Castex, non seulement en France mais dans toute l’Europe, avec les pays limitrophes comme la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne mais aussi la République Tchèque qui avait jusque-là relativement été épargnée par le virus. L’Europe est à nouveau le continent le plus touché par la pandémie, a précisé, de son côté, Olivier Véran.

Les chiffres sont là pour l’attester avec un taux d’incidence de 251 personnes infectées pour 100 000, soit + 40% en une semaine, « la situation est grave » a indiqué le Premier ministre.

Désormais le nombre de cas double en l’espace de 15 jours, et de 10 infections avérées pour 100 000 en août, les chiffres sont désormais passés à 150 pour 100 000.

« Nul n’est épargné », la preuve en est que « toutes les tranches d’âges sont touchées y compris les plus de 65 ans ». Et il en est de même sur la quasi-totalité du territoire.

Les derniers chiffres

Selon les dernières données de Santé Publique France, les taux d’incidence les plus élevés sont dans le département de la Loire (673/100 000 habitants), du Rhône (569), du Nord (511), de l’Isère (432) et à Paris (416), tous sont en augmentation par rapport à la semaine précédente [2].

Les personnes les plus gravement touchées par cette épidémie sont les personnes âgées de 65 ans et plus, ainsi que celles présentant des comorbidités. Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 65% des personnes admises en réanimation et 92% des personnes décédées de Covid-19. De plus, 90% des personnes admises en réanimation présentent des comorbidités.

54 départements et la Polynésie sous couvre-feu

Cette nouvelle donne justifie donc la principale annonce de l’allocution d’hier soir, l’extension du couvre-feu (21h-6h) à 38 départements supplémentaires et une collectivité d’outre-mer, la Polynésie, à partir de ce vendredi minuit, et l’élargissement de cette mesure à l’ensemble des 8 départements où une ville était déjà sous couvre-feu depuis une semaine. En clair, 54 départements et 1 territoire d’outre-mer passent sous couvre-feu, 46 millions de Français sont désormais concernés (voir carte ci-dessous). Il durera 4 semaines, mais pourra éventuellement être prolongé à 6 semaines en fonction de l’évolution de la situation sanitaire. Des dérogations au couvre-feu et à l’obligation d’attestation ont été prévues notamment pour raisons professionnelles.

Les autres mesures de prévention, comme l’interdiction de rassemblement de plus de 6 personnes sur la voie publique, ainsi que le protocole sanitaire renforcé dans les restaurants, restent valables pour l’ensemble du territoire. Le télétravail est fortement encouragé dans les entreprises, partout où cela est possible, a insisté le Premier ministre.

« Le mois de novembre sera éprouvant »

Le premier ministre n’a pas débordé d’optimisme pour les semaines à venir, mais s’est voulu réaliste. Le taux d’occupation des lits de réanimation dépasse les 44%, a-t-il rappelé. « Compte tenu du nombre élevé de nouveaux cas, cette tendance va se poursuivre dans les semaines à venir. Je vous le dis donc très clairement, les semaines qui viennent seront dures » a-t-il prévenu ajoutant « nos services hospitaliers vont être mis à rude épreuve et le nombre de morts va continuer d’augmenter. Les nouveaux cas d’aujourd’hui sont les malades hospitalisés de demain et malheureusement parfois les morts d'après-demain. Le mois de novembre sera éprouvant ».

Et c’est bien une course contre la montre qui s’est engagée avec le SARS-CoV-2 : la propagation du « virus accélère, nous devons anticiper davantage encore la mise en place de nos mesures » a considéré le Premier ministre précisant que des « mesures plus dures sont envisagées si on ne parvient pas à freiner l’épidémie ».

Si la circulation du virus s’accélère, la progression est néanmoins « moins rapide qu’au printemps dernier » du fait de l’ensemble des mesures de protection et de prévention qui ont été mises en place, a ajouté Olivier Véran. Mais une chose est sûre, il est trop tôt pour savoir si le couvre-feu aura un impact. On saura si les courbes commencent à baisser d’ici 15 à 18 jours, a indiqué le ministre de la santé, précisant que c’était le délai qui avait prévalu lors du confinement généralisé.

Au 20 octobre 2020, 12 458 cas de COVID-19 étaient hospitalisés en France dont 2 177 en réanimation [2].

 

Le nombre de décès liés à la COVID-19 étaient en nette augmentation en semaine 42 avec 764 décès (546 décès en S41, +40%).

Médecins et soignants en alerte permanente

Dans sa prise de parole, Olivier Véran a décrit la situation sanitaire du point de vue de l’hôpital en évoquant « les appels de ces médecins qui, au quotidien, se battent pour sauver des vies à l'hôpital et qui nous disent faire face à une vague de malades graves qui arrivent par les services des urgences, par le Samu et qui remplissent les hôpitaux et les services de réanimation ». Avant de rappeler : « Il y avait hier [mercredi 21, NDLR] près de 2 000 malades hospitalisés et plus de 250 patients admis en réanimation ».

Compte-tenu de ces chiffres, il a prévenu lui aussi que « le nombre de formes graves, le nombre d'hospitalisations, le nombre d'admissions en réanimation et le nombre de décès va forcément augmenter dans les semaines qui vont venir parce que ce n'est que le reflet des malades qui sont diagnostiqués actuellement ». Des prévisions qui s’annoncent comme « une évidence, une certitude » et qui constituent la raison pour laquelle « nos soignants et nos médecins sont en alerte permanente, en ville comme à l'hôpital ».

Selon Santé publique France, la situation hospitalière pour la COVID-19 en semaine 42 se rapproche de celle observée au cours de la première vague, après la mi-mars 2020, en termes de nombre de personnes nouvellement hospitalisées, nouvellement admises en réanimation et nombre de nouveaux décès survenus en milieu hospitalier. La diffusion de l’épidémie est cependant plus lente que ce qui avait été observé à cette période, précise-t-elle [2].

Un effort important d’organisation

Si les déprogrammations massives comme en mars dernier ne sont pas à l’ordre du jour, le ministre a rappelé que « chaque hôpital, chaque région, chaque département est doté d’un protocole sanitaire lui permettant de savoir comment agir dès lors que la pression sanitaire augmente ».

Pour faire face à un afflux de malades, le ministre de la santé a précisé que d’autres options pouvaient encore être déployées, comme les transferts de malades entre deux hôpitaux au sein d’une même région. Du côté du lit de réanimation, il est encore possible de dégager de la marge. Si nous disposons historiquement de « 5 100 places de réanimation avec respirateur et équipe personnelle […] nous sommes capables de monter à 7 700 lits dans un délai de moins de quinze jours, sans forcément déprogrammer beaucoup de soins et sans forcément rappeler beaucoup de personnel, mais au prix d'un effort d'organisation important ».

Enfin, Olivier Véran a tenu à souligner que derrière le terme générique « système sanitaire », c’est bien d’hommes et de femmes mobilisés au quotidien dont il est question, « les infirmières, les aides-soignants, les laborantins, les biologistes, les médecins, les brancardiers, les ambulanciers, ce sont eux qui prennent soin de nous » a-t-il énuméré. Avant de rappeler que « nos soignants sont certes des héros qui prennent soin de nous, mais c'est aussi à nous de prendre soin d'eux ».

Appli TousAntiCovid : un « couteau-suisse » numérique contre l’épidémie

Après l’échec de l’application « StopCovid », le gouvernement lance « TousAntiCovid ». Principale différence, là où StopCovid était uniquement dédiée au « contact tracing », la nouvelle version se veut un centre de ressources et d’informations pratiques en plus de l’aide à l’identification de cas contacts. Plus interactive et plus informative, elle se dote d’un mode d’emploi clair et lisible pour les personnes ayant été en situation de risque d’infection, d’un journal de bord de l’évolution de l’épidémie et de ses propres symptômes. TousAntiCovid propose donc : des indicateurs épidémiologiques à jour pour le territoire français, une carte interactive sur les lieux de dépistage, un accès prioritaire pour se faire dépister après réception d’une notification d’exposition au risque de contamination. Reposant sur le volontariat, l’appli utilise le bluetooth mais garantit l’anonymat. Cédric O, secrétaire d’état au numérique, a défini l’appli Tous Anti-Covid comme « un couteau suisse numérique pour faciliter la vie quotidienne avec l'épidémie ».

 

 

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