Ménopause et SOPK: attention aux conséquences sur le métabolisme

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

26 octobre 2020

Paris, France -- Obésité, intolérance au glucose, diabète de type 2, cancer de l’endomètre… Les risques de complications liées au syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ont tendance à s’accentuer avec l’âge, notamment lors de la ménopause. Au cours d’une intervention aux Journées nationales de médecine générale (JNMG 2020) , le Dr Hortense Baffet (CHU de Lille) a rappelé la nécessité de renforcer la surveillance des femmes ménopausées avec SOPK[1].

« Le SOPK a un impact sur toute la vie d’une femme. L’augmentation du risque cardiovasculaire et du risque de cancer de l’endomètre nécessite une prise en charge spécifique à long terme », a commenté la gynécologue. D’où l’importance « de dépister ces risques, d’en informer les femmes et de mettre en place des mesures préventives et thérapeutiques adaptées ».

Le SOPK est un trouble hormonal caractérisé par un excès d'androgènes, qui se traduit notamment par la présence de plusieurs petits kystes – des follicules immatures – dans le pourtour des ovaires. « Il s’agit du syndrome gynéco-endocrinien le plus fréquent. Il touche une femme sur dix et représente la première cause d’infertilité féminine. »

Depuis la conférence de consensus de Rotterdam, le SOPK peut être évoqué en présence de deux des trois critères suivants, après avoir éliminé les causes éventuelles d’une hyperandrogénie (cancer de l’ovaire, cancer de la glande surrénale…):

  • Oligo-anovulation associée à un trouble du cycle menstruel (cycle <21 jours ou > 35 jours, aménorrhée primaire à 15 ans…);

  • Hyperandrogénie clinique (hirsutisme, acné sévère, alopécie androgénique…)

  • Présence d’ovaires polymicrokystiques à l’échographie (au moins un ovaire sur deux avec un volume ≥ 10 mL et/ou au moins 20 microfollicules par ovaire)

« Ce syndrome est hétérogène et complexe. Il est associé à un tableau clinique extrêmement variable ». Outre les problèmes de fertilité et les signes cliniques liés à un taux anormalement élevé de testostérone (aménorrhée, acné, hirsutisme…), le SOPK favorise le développement d’un syndrome métabolique (diabète, hypercholestérolémie, surpoids…).

Un SOPK est généralement dépisté lorsque les femmes sont en âge de procréer. « Plus les femmes avancent dans l’âge, plus les conséquences métaboliques prennent de l’importance, surtout au moment de la ménopause », les perturbations hormonales qui y sont associées étant également favorables à l’apparition d’un syndrome métabolique, a expliqué le Dr Baffet.

Recul de l’âge de la ménopause

Alors que l’impact du SOPK sur la vie reproductive est « la partie émergée de l’iceberg », c’est toute la partie moins évidente du syndrome, représentée par les conséquences métaboliques, dont une hausse du risque cardiovasculaire, mais aussi de cancer, « qu’il faut savoir dépister chez les femmes ménopausées avec SOPK », estime la gynécologue.

Les interactions entre le syndrome et la ménopause ont fait l’objet de nombreux travaux. Tout d’abord, selon des études observationnelles, le SOPK retarderait l’âge de la ménopause de deux à quatre ans. En se basant sur les niveaux d’hormone antimullérienne (AMH), une équipe a ainsi estimé que la ménopause survient en moyenne à 49,7 ans chez les femmes sans SOPK, contre 51,4 ans avec SOPK [2].

L’arrivée de la ménopause aurait également tendance à aggraver les signes de l’hyperandrogénie, a indiqué le Dr Baffet. Une étude prospective a ainsi révélé une majoration de la prévalence de l’hirsutisme chez les femmes présentant un SOPK au moment de la ménopause [3]. Concernant l’évolution de l’acné et l’alopécie, les données sont moins évidentes.

A l’inverse, le SOPK a une influence sur les signes fonctionnels de la ménopause liés à baisse des estrogènes. Les femmes présentant ce syndrome seraient ainsi moins confrontées aux bouffées de chaleurs et aux sueurs nocturnes, mais auraient plus fréquemment des problèmes de sécheresse vaginale [3].

Plus d’anxiété et de symptômes dépressifs

Une méta-analyse portant sur une trentaine d’études a également montré que les femmes avec SOPK ont presque six fois plus de risque de développer une anxiété (OR=5,62, IC à 95%, [3,22-9,8]) et quatre fois plus de risque d’avoir des symptômes dépressifs modérés à sévères (OR=4,18, IC à 95%, [2,68-6,52]), quel que soit l’âge [4].

Chez les patientes ménopausées ayant reçu un diagnostic de SOPK pendant leur vie reproductive, « il est recommandé de rechercher un syndrome dépressif et, si besoin, de les accompagner avec une prise en charge adaptée », a souligné le Dr Baffet.

Concernant le risque d’ostéoporose, les données sont un peu plus rassurantes.  Une autre méta-analyse montre, en effet, que le syndrome est associé à une densité minérale osseuse (DMO) plus faible, mais uniquement chez les femmes avec un IMC< 27. Selon la gynécologue, « l’adiposité vient contrecarrer les effets délétères potentiels de l’hyperandrogénie sur l’os ».

C’est surtout l’impact sur le syndrome métabolique qui doit attirer l’attention, en raison d’un risque accru de diabète de type 2 et d’événement cardiovasculaire. En Europe, une femme avec SOPK sur quatre est atteinte d’obésité. « Il y a clairement un risque de surpoids et d’obésité après la ménopause chez les femmes SOPK. »

 
Il y a clairement un risque de surpoids et d’obésité après la ménopause chez les femmes SOPK. Dr Hortense Baffet
 

Hyperinsulinisme et dyslipidémie

De plus, « la dyslipidémie est l’anomalie métabolique la plus fréquente retrouvée dans cette population ». On estime ainsi que 70 % des femmes avec ce syndrome auront une dyslipidémie au cours de leur vie, en raison essentiellement d’un hypersinsulinisme qui induit une hausse du taux du LDL et des triglycérides, ainsi qu’une baisse du HDL [5].

En revanche, même si une récente méta-analyse a montré que le risque d’hypertension artérielle est augmenté de 72% chez les femmes avec un SOPK, tout âge confondu, par rapport aux femmes non SOPK (RR=1,72, IC à 95%, [1,45-2,04]), « un antécédent de SOPK n’apparait pas comme un facteur de risque majeur d’HTA à la ménopause » [6].

Par ailleurs, l’intolérance au glucose se retrouve chez 30 à 40% des femmes avec ce syndrome au-delà de 40 ans. « Chez les femmes ménopausées avec SOPK, le risque de développer une intolérance au glucose est plus élevé, par rapport aux femmes ménopausées sans SOPK. » Ce risque est accru avec la prise de poids.

 
L’intolérance au glucose se retrouve chez 30 à 40% des femmes avec ce syndrome au-delà de 40 ans.
 

Globalement, « de nombreuses études longitudinales suggèrent chez les femmes SOPK une variation des paramètres du syndrome métabolique vers l’âge de 40 à 50 ans, qui se caractérise par une augmentation du poids, du tour de taille, du niveau de triglycérides, du cholestérol et de l’intolérance au glucose ».

Risque de diabète multiplié par quatre

Avec un risque de diabète de type 2 multiplié par quatre chez les patientes SOPK, et une prévalence élevée du syndrome métabolique, en particulier lors de la ménopause, ces femmes sont à haut risque cardiovasculaire. Le risque d’infarctus du myocarde serait ainsi quasiment doublé.

Par conséquent, « le syndrome métabolique est à rechercher chez les toutes les femmes qui avancent dans l’âge et particulièrement chez celles qui ont eu un diagnostic de SOPK pendant leur vie reproductive », a souligné le Dr Baffet, qui rappelle que la prévention du risque cardiovasculaire doit se poursuivre tout au long de la vie.

Les mesures préventives et le dépistage du syndrome métabolique s’appuient sur une surveillance du poids, de la taille et de l’IMC « tous les 6 à 12 mois », à laquelle s’ajoutent « une mesure de la pression artérielle au moins une fois par mois » et un bilan lipidique régulier chez les femmes en surpoids avec un SOPK. Une glycémie à jeun doit être mesurée tous les trois ans.

L’adoption de règles hygiéno-diététiques doit être encouragée chez ces femmes tout au long de leur vie, en insistant sur la nécessité de perdre de poids et d’éviter certains facteurs de risque, comme le tabagisme. « L’utilisation de la metformine peut être envisagée chez les patients SOPK avec un IMC>25 ou pour celles à haut risque métabolique (intolérance au glucose, diabète de type 2…) ».

Effet non prouvé sur le cancer du sein

Enfin, l’intervenante a évoqué le risque de cancer de l’endomètre qui se retrouve également augmenté chez ces femmes. Ce cancer, qui reste peu fréquent, touche surtout les femmes âgées, le pic de la prévalence étant autour des 70 ans.

Selon le Dr Baffet, « le meilleur moyen de prévenir ce cancer est d’effectuer un dépistage pendant la vie reproductive en cas de troubles du cycle ». Chez les patientes SOPK avec des cycles menstruels > 90 jours, il est préconisé d’administrer un traitement estroprogestatif ou progestatif de manière séquentielle pour éviter notamment une hyperplasie endométriale.

 
Il n’y a pas de recommandations spécifiques sur le dépistage de ces cancers après la ménopause chez les femmes avec SOPK.
 

S’agissant d’une éventuelle majoration du cancer du sein ou de l’ovaire en lien avec le syndrome polykystique, « les données sont discordantes ». Par conséquent, il n’y a pas de recommandations spécifiques sur le dépistage de ces cancers après la ménopause chez les femmes avec SOPK.

 

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