Cancer du sein triple négatif: données divergentes entre le paclitaxel et le nab-paclitaxel

Walter Alexander

Auteurs et déclarations

5 octobre 2020

Virtuel -- Certaines patientes atteintes d'un cancer du sein triple négatif peuvent bénéficier de l'association de l’immunothérapie atézolizumab (Tecentriq®, Hoffmann-La Roche/Genetech) avec le nab-paclitaxel, mais pas de l’association atézolizumab + paclitaxel, suggèrent les essais, IMpassion130 et IMpassion131, qui ont tous deux inclus des patientes atteintes de cancer du sein triple négatif métastatique ou non résécable, localement avancé.

Dans IMpassion131, l'ajout d'atézolizumab au paclitaxel n'a pas amélioré la survie sans progression ou la survie globale, quelle que soit l'expression de PD-L1.

Dans IMpassion130, l'ajout d'atézolizumab au nab-paclitaxel n'a pas amélioré la SG dans la population en intention de traiter (ITT), mais a fourni une amélioration «cliniquement significative» de la SG chez les patients PD-L1-positifs, selon les investigateurs.

IMpassion130 et IMpassion131 ont été présentés lors de la même session au Congrès virtuel 2020 de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO)[1].

Pour rappel, en France, une ATU avait été délivrée suite aux premiers résultats de l’essai IMpassion130 pour l’association atézolizumab + nab-paclitaxel et pour l’association atézolizumab + paclitaxel. Le nab-paclitaxel n’est toutefois pas utilisé en France car non-remboursé suite à l’avis négatif rendu par la HAS en mars 2020. Suite aux résultats négatifs de l’étude IMpassion 131, les oncologues ont été informés par le laboratoire que l’ATU était suspendue.

«  Ces résultats sont une douche froide. Nous avons eu des femmes traitées en ATU avec l’association atézolizumab + paclitaxel qui sont en très bonne réponse. Avec ces résultats, l’ATU s’arrête en France. C’est dur de se dire que les femmes avec ces cancers du sein triple négatif n’auront plus accès à cette thérapie. Nous espérons qu’à l’avenir, une autre immunothérapie, le pembrolizumab donnera des résultats positifs », a commenté le Pr Frédérique Penault-Llorca (Directrice Générale du Centre de lutte contre le cancer Jean Perrin), lors d’une conférence de presse Unicancer.

Comment expliquer ces résultats divergents ?

Selon le Dr David Miles du Mount Vernon Cancer Center à Northwood, en Angleterre, qui a présenté les résultats d'IMpassion131, les raisons pouvant expliquer les résultats différents des deux études nécessitent une exploration plus approfondie.

Le Dr Lisa A. Carey (Université de Caroline du Nord, Chapel Hill, Etats-Unis) appelée à commenter les résultats lors de leur présentation en session virtuelle, a proposé trois explications possibles. Les corticoïdes nécessaires à l'administration de paclitaxel peuvent avoir eu un effet négatif sur l'activité des inhibiteurs du point de contrôle immunitaire, des différences dans les populations étudiées peuvent avoir joué un rôle, ou les résultats divergents peuvent être le fruit du hasard.

L'utilisation de corticoïdes dans IMpassion131 pourrait avoir joué un rôle négatif en raison de leur activité lympholytique, mais d'autres indications où les corticoïdes ont été utilisés n'ont pas montré de perte de bénéfice, a déclaré le Dr Leisha A. Emens (Université de Pittsburgh, Etats-Unis), qui a présenté les résultats de IMpassion130 à l'ESMO 2020.

«Si j'étais une patiente, sur la base des données disponibles à ce jour, je voudrais du nab-paclitaxel avec de l'atézolizumab», a déclaré le Dr Emens.

Détails de l'essai

Les deux essais sont des études de phase 3, réalisées en double aveugle, contrôlées par placebo, menées auprès de femmes atteintes de cancer du sein triple négatif localement avancé, métastatique ou non résécable qui n'avaient reçu aucun traitement antérieur pour leur cancer avancé.

IMpassion130 a inclus 451 patientes randomisées pour recevoir de l’atézolizumab plus du nab-paclitaxel (taxane enrobée qui peut être utilisée sans corticoïdes) et 451 femmes randomisées pour recevoir un placebo plus du nab-paclitaxel. Les patientes ont reçu du nab-paclitaxel à une dose initiale de 100 mg / m² par perfusion IV aux jours 1, 8 et 15 de chaque cycle de 28 jours pendant au moins six cycles.

IMpassion131 a inclus 651 patientes randomisées en 2: 1 pour recevoir de l’atézolizumab plus du paclitaxel (n = 431) ou un placebo plus paclitaxel (n = 220). Les patientes ont reçu du paclitaxel à 90 mg / m² les jours 1, 8 et 15 tous les 28 jours jusqu'à progression de la maladie ou toxicité inacceptable.

Dans les deux études, les patientes ont reçu de l'atézolizumab à 840 mg les jours 1 et 15 d'un cycle de 28 jours dans les bras « traitement actif ».

Les caractéristiques initiales des patientes étaient bien équilibrées entre les bras de traitement dans les deux études. Moins de la moitié des patientes –45% dans IMpassion131 et 41% dans IMpassion130 – étaient PD-L1 positif.

Résultats de IMpassion131

Le critère d'évaluation principal dans IMpassion131 était la survie sans progression (SSP), et il n'y avait pas de différence significative en termes de SSP entre les différents bras de traitement.

L'objectif principal d'IMpassion131 n'a pas été atteint, a déclaré le Dr Miles. «[L'ajout d'atézolizumab au paclitaxel n'a pas amélioré de manière significative la SSP chez les patientes atteintes d'un cancer du sein triple négatif métastatique PD-L1 positif ».

Dans la population PD-L1 positive, la SSP médiane était de 5,7 mois dans le bras placebo et de 6,0 mois dans le bras atézolizumab (risque relatif stratifié, 0,82, p = 0,20).

Dans la population ITT, la SSP médiane était de 5,6 mois dans le bras témoin et de 5,7 mois dans le bras atézolizumab (RR, 0,86).

L'analyse de la SG n'a démontré aucun bénéfice avec l'atézolizumab dans la population ITT ou la population PD-L1-positive. En fait, il y avait une tendance vers une meilleure SG pour le groupe témoin dans cette dernière analyse.

Dans la population PD-L1-positive, la SG médiane était de 28,3 mois dans le bras témoin et de 22,1 mois dans le bras atézolizumab (RR, 1,12). Les taux de SG à 2 ans étaient respectivement de 51% et 49%.

Dans la population ITT, la SG médiane était de 22,8 mois dans le bras témoin et de 19,2 mois dans le bras atézolizumab (RR, 1,11). Les taux de SG à 2 ans étaient de 45% et 42%, respectivement.

Le profil de tolérance de l'association atézolizumab-paclitaxel était cohérent avec les effets secondaires connus de chaque médicament, a déclaré le Dr Miles. Il y a eu quatre événements indésirables mortels liés au traitement dans le bras atézolizumab.

Résultats de IMpassion130

Présentant l'analyse finale de la survie globale d'IMpassion130, le Dr Emens a rappelé que les résultats de l'étude ont conduit à recommander l'atézolizumab plus nab-paclitaxel comme traitement de première intention du TNBC PD-L1 positif dans les recommandations internationales.

La SG médiane dans la population ITT était de 18,7 mois dans le bras placebo et de 21,0 mois dans le bras atézolizumab (RR stratifié, 0,87, p = 0,077). Les taux de SG à 3 ans étaient de 25% et 28%, respectivement.

La SG médiane dans la population PD-L1-positive était de 17,9 mois dans le bras placebo et de 25,4 mois dans le bras atézolizumab (HR, 0,67). Les taux de SG à 3 ans étaient de 22% et 36%, respectivement.

Une valeur P n'est pas disponible pour la comparaison de la SG entre les bras dans la population PD-L1-positive. La SG n'a pas été formellement testée dans ce groupe car la limite de la SG pour la signification statistique n'a pas été franchie dans la population ITT. Cependant, le Dr Emens a déclaré qu'il y avait un bénéfice de SG «cliniquement significatif» observé avec l'atézolizumab chez les patients PD-L1-positifs.

Les arrêts de traitement liés à des événements indésirables étaient plus fréquents dans le bras atézolizumab (19% vs 8%). La neuropathie était l’EI le plus courant, a déclaré le Dr Emens. Cependant, elle a souligné que les événements indésirables liés à l'atézolizumab étaient généralement de bas grade et faciles à prendre en charge.

« Ces résultats confirment le rapport bénéfice-risque positif pour l'atézolizumab plus nab-paclitaxel en tant que traitement de première intention chez les patientes atteintes d'un cancer du sein triple négatif métastatique PD-L1 positif, a conclu le Dr Emens.

Les deux études ont été financées par F. Hoffman – La Roche. Le Dr Miles, le Dr Emens et le Dr Carey ont rapporté des liens d’intérêt avec Roche et d'autres sociétés.

Cet article a été initialement publié sur Medscape.com. Traduit et complété par Aude Lecrubier.

 

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