SEP : la mesure du taux sanguin de NfL permet d’optimiser le traitement

Auteurs et déclarations

30 septembre 2020

New York, Etats-Unis -- Une nouvelle étude indique que la mesure du taux sérique de neurofilaments à chaîne légère (NfL) est une méthode efficace pour évaluer l'activité de la maladie et l'éventuelle nécessité d'optimiser le traitement chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP), indépendamment des rechutes et de l'activité observée par l'IRM. Ces résultats ont été présentés le 12 septembre dernier, lors de la 8ème réunion du Comité européen commun pour le traitement et la recherche sur la sclérose en plaques et du Comité américain pour le traitement et la recherche sur la sclérose en plaques (ECTRIMS-ACTRIMS 2020), convertie cette année en version virtuelle (MSVirtual2020) [1].

Prédire

Dans cette étude, le taux de NfL s'est montré capable de prédire les rechutes, l'aggravation du handicap et l'activité à l'IRM au cours de l'année ultérieure, indépendamment des paramètres standard de suivi du traitement tels que le taux de rechute, l'aggravation du handicap et les observations faites par IRM. Le biomarqueur a également détecté l'activité subclinique de la maladie chez les patients ne présentant aucun signe d'activité de la maladie (NEDA3), telle que mesurées par l'absence de rechutes antérieures, l'aggravation du score sur l'échelle EDSS (Expanded Disability Status Scale) ou la formation de lésions cérébrales objectivables par IRM.

« Les données recueillies dans une grande cohorte bien définie et en conditions réelles (real-world study) confirment l'intérêt du taux sérique de NfL dans le suivi du traitement de la SEP », conclut l'auteur principal, le Dr Özgür Yaldizli, neurologue consultant à l'hôpital universitaire de Bâle.

« C'est la première étude qui compare le taux de NfL à d'autres marqueurs de la progression de la maladie, tels que les lésions à l'IRM et le taux de rechute chez les patients traités. Nous montrons que le taux de NfL donne un "signal" qui n'est pas détecté par les autres marqueurs », a précisé Özgür Yaldizli à Medscape Medical News.

« A ce jour, c'est probablement la plus grande étude portant sur le taux de NfL dans la SEP, avec plus de 7 000 échantillons venant de patients bien définis, suivis longitudinalement pendant plus de 5 ans et comprenant des données de haute qualité sur l'IRM et les examens cliniques. C'est la première fois que tous ces facteurs ont été combinés pour comparer le taux de NfL à d'autres marqueurs de la progression de la maladie dans la prévision des événements cliniques ainsi que pour le suivi de la réponse thérapeutique », explique un des autres auteurs, le Dr Jens Kuhle, qui consulte également à l'hôpital universitaire de Bâle.

Une grande base de données normatives de référence

Les chercheurs ont également fait état d'une vaste base de données normatives du taux de NfL, avec des données provenant de plus de 8 000 témoins sains. « Il s'agit de la plus grande base de données normatives à ce jour, et elle nous donne des valeurs de référence fiables pour le taux de NfL sur toute une gamme d'âges et de comorbidités », précise Jens Kuhle.

Dans son exposé, Özgür Yaldizli a expliqué que la NfL est une protéine cytosquelettique neuronale libérée dans le liquide céphalorachidien et dans le sang à la suite d'une lésion neuroaxonale. Bien que de nombreuses études aient montré que le taux sérique de NfL est associé à l'activité clinique de la maladie, à son activité observée par IRM et à la réponse au traitement, il n'était jusqu'ici pas démontré que ce taux peut, dans le contexte d'un traitement modificateur de la maladie (TMM), mieux identifier les patients qui ne réagissent que de manière sous-optimale au traitement, en comparaison avec les mesures habituelles de l'activité clinique et à l'IRM.

Suivi sur 5 ans

L'étude s'est intéressée à cette question en se basant sur la grande cohorte suisse de SEP. Elle a porté sur 1 366 patients (88,8 % atteints de SEP récurrente/rémittente, 5,4 % de SEP progressive secondaire et 5,8 % de SEP progressive primaire) pris en charge par sept centres spécialisés dans la SEP et qui ont bénéficié d'un TMM pendant au moins 3 mois. La durée moyenne de la maladie était de 7,2 ans. Le taux sérique de NfL a été mesuré tous les 6 ou 12 mois au moyen d'un test NF-Light sur la plateforme HDX de dernière génération (en aveugle pour le relevé des données cliniques et de l'IRM). Le suivi médian était de 4,9 ans. En moyenne, cinq échantillons sanguins ont été prélevés par patient, pour un total de 7462 échantillons.

Les résultats ont montré que le taux de NfL était plus élevé chez les patients âgés (14,5 % par tranche de 10 ans), ceux atteints de SEP progressive secondaire (12,4 % versus SEPR), ceux atteints de SEP progressive primaire (14,4 % versus SEPR) et ceux qui avaient fait une rechute au cours des 4 derniers mois (53,4 %).

Par rapport à ce qui était observé chez les patients non traités, le taux de NfL était inférieur de 13,4 % chez les patients qui suivaient un TMM par voie orale et de 17,7 % chez les patients traités par anticorps monoclonaux.

Dans la vaste cohorte de témoins sains, le taux de NfL avait également augmenté avec l'âge, mais le taux observé chez les patients atteints de SEP était plus élevé que chez les patients témoins dans l'ensemble du spectre d'âge.

Pour obtenir une mesure de l'écart par rapport à la normale, les auteurs ont converti le taux de NfL en score Z, qui exprime combien une mesure diffère des valeurs moyennes observées chez les témoins sains du même âge (en termes de nombre de déviations standard). Les effets étaient plus prononcés avec l'utilisation des scores Z dérivés de la base de données normative qu'avec l'utilisation des taux absolus de NfL, même après ajustement pour l'âge.

En analyse univariée, le score Z du taux sérique de NfL prédisait une rechute ou une aggravation du score EDSS l'année suivante : plus le score Z était élevé, plus le risque de rechute ou d'aggravation du score EDSS l'était également. Ainsi, les patients dont le score Z du taux de NfL était supérieur à 1 présentaient un risque plus élevé de 41 % de rechute ou d'aggravation du score EDSS l'année suivante que ceux dont le score Z était inférieur à 1 (odds ratio : 1,41). Les patients dont ce score Z était supérieur à 1,5 présentaient un risque plus élevé de 80 % de rechute ou d'aggravation de l'EDSS l'année suivante que ceux pour qui il était inférieur à 1,5 (odds ratio : 1,8). Quant aux patients dont le score Z était supérieur à 2, ils présentaient un risque 2,3 fois plus élevé de rechute ou d'aggravation de l'EDSS l'année suivante que ceux dont il était inférieur à 2 (p < 0,001 pour toutes ces comparaisons).

Taux de NfL : marqueur de la santé neuronale ?

Jens Kuhle rappelle qu'en pratique clinique actuelle, le taux sérique de NfL est utilisé sur une base individuelle, dans certains centres spécialisés en SEP. « Actuellement, un des problèmes consiste dans le fait que nous ne disposons pas de valeurs de référence fiables.  Cette base de données de valeurs normatives est donc très utile pour les développer », estime-t-il. « Nous constatons une augmentation du taux de NfL avec l'âge chez les témoins sains. Afin de définir les taux pathologiques, nous devons savoir quels sont les taux normaux dans tout le spectre d'âge et de comorbidités, qui jouent également un rôle. Si nous arrivons à les définir, nous pourrons déterminer plus efficacement les signaux relatifs à la SEP ».

Le spécialiste estime qu'à l'avenir le taux de NfL pourrait être utile pour dépister les maladies du système nerveux. « Ce taux est une mesure de la santé neuronale indépendante de la SEP. Un taux élevé doit nous inquiéter. A l'avenir, ce pourrait être comme lorsque nous mesurons aujourd'hui la cholestérolémie, dont l'élévation est susceptible d’indiquer un dysfonctionnement et [en conséquence] la nécessité d'autres tests ou examens ».

Özgür Yaldizli suggère que la surveillance du taux de NfL pourrait également aider à individualiser et optimiser le traitement de la SEP. « Il existe un énorme besoin non satisfait dans le domaine de la SEP. Alors que nous disposons d'une pléthore d'options thérapeutiques, nous éprouvons des difficultés à individualiser les traitements et à suivre les réponses thérapeutiques. Un taux de NfL qui augmente est probablement une forte indication pour changer de traitement, même en l'absence de nouveaux symptômes manifestes ».

 
Un taux de NfL qui augmente est probablement une forte indication pour changer de traitement, même en l'absence de nouveaux symptômes manifestes. Dr Özgür Yaldizli
 

Commentant l'étude en cours pour Medscape Medical News, le Dr Jeffrey Cohen (Mellen Center for Multiple Sclerosis Treatment and Research de la Cleveland Clinic), qui préside l'ACTRIMS, affirme son importance : « Le taux de NfL permet clairement de détecter l'activité de la maladie et de contrôler l'efficacité d'un TMM dans divers groupes de patients et chez les patients individuels, ainsi que les réponses sous-optimales au traitement chez les patients atteint d'une maladie sans activité démontrée (autrement dit, ceux qui semblent stables d'après les mesures que nous employons habituellement en pratique clinique). »

Özgür Yaldizli siège aux conseils consultatifs de Sanofi Genzyme, Novartis, Biogen et Novartis. Jens Kuhle ne rapporte aucun conflit d'intérêt en rapport avec le sujet évoqué.

 

Cet article a été publié à l'origine sur Medscape.com sous le titre NfL Blood Biomarker Captures Suboptimal Treatment Response in MS. Traduction-adaptation du Dr Claude Leroy.

 

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