COVID-19 : évolution de la prise en charge thérapeutique en France sur 3 mois

Stéphanie Lavaud

2 octobre 2020

Poitiers, France – Comment a évolué la prise en charge thérapeutique des patients atteints de la COVID-19 en France entre le 22 mars et le 10 juin ? Pour dégager des tendances, Simon Rolland, interne à l’hôpital Cochin (AP-HP, Paris), et ses collègues ont réalisé 3 enquêtes successives. Les résultats ont été présentés lors des Journées Nationales d’Infectiologie 2020 [1].

Controverses

« Sans traitement spécifique efficace ni recommandation au début de l’épidémie en France, les attitudes thérapeutiques au cours des premiers mois de la pandémie ont évolué en fonction de la littérature scientifique – à raison de 2000 publications par semaine en rythme de croisière –, des recommandations officielles, des essais cliniques et…des débats et prises de position dans les médias, a rappelé Simon Rolland en préambule. L’hydroxychloroquine (HCQ), le tocilizumab ou les corticoïdes ont, en effet, été l’objet de controverses.

L’objectif de notre étude est de décrire les attitudes thérapeutiques pour la prise en charge des Covid-19 et leur évolution au cours de la période épidémique en France.

D’où l’idée de diffuser un questionnaire court anonymisé en ligne via la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) les 22 mars, 23 avril et 10 juin 2020 qui recueillait les caractéristiques d’exercice des répondants, les références utilisées pour la prise en charge des patients Covid-19 (protocoles, traitements locaux, etc) et les prescriptions réalisées ou privilégiées (molécules et indications).

Forte augmentation de la participation à des protocoles de recherche

« Nous avons analysé 144 réponses issues de 115 médecins, dont la plupart exerçaient dans les régions de forte circulation du virus (Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est) » a précisé l’orateur. Cinquante-trois (46 %) exerçaient en centre hospitalier universitaire, 79 (69 %) dans un service de maladies infectieuses.

 

Dix-neuf médecins (32 %) de la première étude participaient à au moins un protocole de recherche (5 études différentes), contre 40 (74 %) d’entre eux lors de la deuxième étude (18 protocoles, p < 0,01).

Quarante-six médecins (77 %) proposaient un traitement spécifique à la première enquête, 35 (65 %) à la deuxième, et 27 (90 %) l’envisageaient à la dernière, uniquement en contexte hospitalier. Quinze (33 %) de ces prescriptions se faisaient dans le cadre de la recherche à la première enquête contre 16 (59 %) à la dernière.

Des évolutions diverses

En termes de traitements spécifiques, hydroxychloroquine et corticoïdes ont connu des évolutions inverses au cours du temps. Initialement proposée par 76 % des prescripteurs et 63 % prescripteurs aux 2 premières enquêtes, l’HCQ a fortement diminué et n’était plus envisagée que par 19% d’entre eux en juin (p < 0,01), et uniquement dans le cadre de la recherche à ce moment-là. « La prescription d’HCQ a été arrêtée en juin, une position confortée par les études récentes avec des essais de recherche fondamentale, animale, ou des essais interventionnels humains avec une récente méta-analyse », a commenté l’orateur.

À l’opposé, les prescriptions d’immunomodulateurs ont augmenté de façon constante au cours de l’étude, avec en chef de file les corticostéroïdes, prescrits par 2 %, puis 34 % des prescripteurs aux 2 premières enquêtes et envisagés par 21 en juin, avec une utilisation hors étude pour 12 d’entre eux » a décrit l’orateur. Une hausse en accord « avec la publication d’études sur la physiopathologie des formes graves de Covid-19 et suite à de communications sur le bénéfice de ces traitements ».

 

Le remdesivir, initialement proposé par 11 % puis 6 % des prescripteurs, a été envisagé par 48 % en juin, « sa prescription est néanmoins plus difficile à interpréter en raison de souci de disponibilité du produit au début de l’enquête », a précisé Simon Rolland. Pour autant, « les données d’efficacité apparaissent aujourd’hui limitées et non reproduites ».

Le tocilizumab a suivi une évolution croissante, proposé successivement par 4 (9 %), 6 (17 %) puis 12 (44 %) des prescripteurs (p < 0,01). « Aujourd’hui, son efficacité n’a pas été montrée », a commenté l’orateur.

La position vis-à-vis de l’association lopinavir-ritonavir, quant à elle, est restée stable dans le temps, successivement rapportée par 23 (50 %), 19 (54 %), puis 11 (41 %) prescripteurs, généralement dans le cadre d’étude thérapeutique.

La prescription d’Anakinra, nulle à la première enquête, était envisagée par 7 prescripteurs (26 %) à la dernière.

Des limites

« Nous n’avons pas observé de différences significatives de prescription selon la région, l’hôpital, le service ou encore la participation à un ou plusieurs protocoles de recherche » a ajouté l’interne qui a reconnu des limites à cette étude, notamment le faible nombre de participants – 115 répondants sur les 700 inscrits à la mailing list de la SPLIF. « Un chiffre qui s’explique aisément au vu du contexte difficile, de la charge de travail et des nombreuses sollicitations pour participer à des enquêtes » a-t-il admis. « Par ailleurs, nous n’avons pas tenu compte d’autres facteurs qui étaient susceptibles d’influencer la prescription telle que la facilité d’administration, un argument dont on peut penser qu’il a joué en faveur de l’HCQ, puis des corticoïdes ».

Pour conclure, l’orateur s’est voulu optimiste : « cette étude montre qu’au plus fort de l’épidémie, l’ensemble de la communauté médicale a été capable d’assurer son activité de soin, de s’impliquer rapidement dans l’activité de recherche et d’adapter leur thérapeutique en quelques mois aux données les plus récentes, quasiment du tac au tac avec les données scientifiques » a-t-il affirmé.

 

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en rapport avec le sujet.

 

 

 

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