COVID-19 : le CNCH s’adapte au changement

Dr Franck Albert, Dr Walid Amara

Auteurs et déclarations

23 novembre 2020

COLLABORATION EDITORIALE

Medscape &

Durant cette année 2020, les cardiologues hospitaliers ont dû redoubler d’efforts pour s’adapter à une crise sanitaire exceptionnelle. Dans le cadre du partenariat Medscape & Collège National des Cardiologues des Hôpitaux (CNCH), Franck Albert et Walid Amara reviennent sur l’expérience acquise durant la pandémie de COVID-19 et présentent les grandes lignes du congrès annuel du CNCH, qui sera cette année, bien entendu, virtuel.

TRANSCRIPTION

Walid Amara — Bonjour je suis Walid Amara et j’ai le plaisir d’être aujourd’hui avec Franck Albert, président du CNCH. Je vais débuter cette discussion par une citation de Charles Darwin : « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux au changement. »

Cette année, qui a été si très particulière en raison de la pandémie  COVID-19, le CNCH a été très proactif pour s’adapter au changement et à cette crise. Franck, quelles sont les leçons que tu retiens de cette année 2020 par rapport à tout ce qui nous est arrivé ?

Franck Albert — Bonjour, Walid. Comme tu l’as souligné, effectivement, l’année 2020 a été une année exceptionnelle avec cette crise sanitaire qui s’annonçait comme une petite grippe. On est à ce jour à plus de 40 000 morts, on a eu un confinement, puis un déconfinement, et un reconfinement, une deuxième vague qui s’annonce aussi forte, voire plus forte que la première, parce qu’elle va toucher plusieurs régions. Plusieurs hôpitaux de notre Collège sont impactés. La première vague touchait essentiellement l’Île-de-France et le Grand Est, là on a déjà plusieurs régions qui sont en difficulté avec des taux de saturation en réanimation de plus de 90 % et déjà des transferts de patients dans nos hôpitaux — le dernier, à Saint-Brieuc avec des transferts de patients d’Auvergne qui vont en Bretagne, en réanimation, pour continuer à être soignés.

Cette année nous a donc incité ― avec une demande forte des hospitaliers qui étaient quand même, dans certaines régions, sous l’eau ― à développer des webinars. Toute l’équipe social media du site du CNCH a notamment développé ces moyens de communication et de formation, parce qu’il avait un besoin humain de parler de retour d’expérience, puisque que sur la première vague les hôpitaux ont été touchés. Et les premiers touchés ont en quelque sorte servi de donneurs de leçon pour les autres, afin de mieux se préparer pour transformer les USIC en réanimation COVID, transformer des secteurs dédiés COVID, faire un scanner dédié et, en même temps, supprimer les consultations programmées, et prendre les précautions nécessaires pour protéger nos patients, nos personnels soignants et nos médecins.

C’est vrai que c’est difficile. La deuxième vague arrive, et depuis un mois c’est de nouveau difficile avec du personnel qui est fatigué. Mais j’ai surtout été marqué par cette grande solidarité entre les médecins hospitaliers et les soignants qui ont su répondre quand même, malgré les difficultés qu’on connaît tous, à cette crise sanitaire.

Walid Amara — Je retiens la grande communication et c’est vrai que les groupes WhatsApp partagés avec les collègues du CNCH répartis de par la France, ont permis très vite de communiquer, de savoir où étaient passés les infarctus en mars/avril , ce qui après a été confirmé dans les études -- il y avait moins d’infarctus hospitalisés, comme en Californie, en Espagne, en Italie, donc dans les grandes publications, ce qui a permis de partager les expériences, y compris lors des webinars.

Je note aussi l’implication du CNCH dans les différentes organisations, notamment au niveau régional avec les ARS d’Île-de-France ou ailleurs, pour mettre en place ces organisations qui permettent de s’adapter au quotidien.

Vous exercez à Chartres, est-ce que par exemple dans votre région, vous avez mis en place des choses entre les différents hôpitaux, services, qui permettent de mieux s’adapter à cette crise ?

Franck Albert — On a créé, effectivement, des réseaux avec des transferts de patients. Quand un hôpital du groupement hospitalier de territoire ou au niveau de la région était en difficulté, on avait une facilité d’accès à des hôpitaux qui étaient moins touchés. On a pu transférer des patients « non graves » dans des structures pour les isoler. Des « hôpitaux supports » géraient les patients en général les plus graves, avec une surveillance active de ceux qui étaient déjà oxygénodépendants, parce qu’on a été surpris aussi par la brutalité, parfois, de ces patients qu’il fallait intuber en urgence, avec un taux de lits de réanimation qui a triplé, comme par exemple à l’hôpital de Chartres, par rapport au nombre de lits habituel en réanimation. Donc c’est vrai que cela a été une période très difficile, mais finalement je trouve qu’on l’a bien gérée, grâce aux retours d’expérience des Parisiens qui avaient été touchés avant nous, et grâce aux retours d’expérience des Alsaciens ; Michel Hanssen, ancien président du CNCH, avait fait une belle communication sur son expérience alsacienne, qui était assez alarmiste au départ, avec des patients qu’ils ne pouvaient plus prendre en charge parce qu’ils étaient débordés, d’où cette solidarité nationale qui a été mise en jeu.

Le congrès 2020 du CNCH

Walid Amara — Tu as parlé des webinars et c’est vrai qu’on arrive en fin d’année et les gens vont peut-être se poser la question à savoir si notre congrès national passe au format digital ?

Franck Albert — Le congrès du CNCH est vraiment l’événement annuel du collège, c’est le moment où chacun se retrouve. Ce sont plus de 500 cardiologues qui se réunissent pour échanger, partager, avoir des retours d’expérience, d’innovations technologiques de certains centres, afin de les reproduire chez eux ― c’est la marque de fabrique de notre Collège : partager, échanger et faire venir les jeunes et les anciens, et se retrouver autour de la même passion, qui est de travailler en équipe dans nos structures hospitalières.

Cette année, compte tenu de cette crise sanitaire, il paraît évident, y compris sur le plan éthique, qu’on ne peut pas se regrouper, même sur un faible nombre, donc on va faire un format totalement différent, digital, en live, interactif, avec 21 sessions organisées. Les sessions seront un peu plus courtes — 30 à 45 minutes maximum — sur un plateau de télé avec cinq journalistes cardiologues du CNCH, 60 experts modérateurs qui seront en ligne sur 13 heures de live, en essayant de créer l’interactivité, des échanges, des questions courtes, des réponses courtes, sur un plateau virtuel, avec trois cardiologues en permanence qui pourront animer les sessions, un peu comme C dans l’air, pour créer ce format différent, innovant, qui correspond plus au format des jeunes, avec des jeunes qui pourront se connecter quand ça les intéresse, sur les sujets qui les intéressent. Donc le programme est assez intense pendant ces deux jours (le vendredi 27 novembre à partir de 11 heures jusqu’à 21 heures et le samedi 28 novembre de 9 heures à midi). Vous pouvez trouver toutes les informations sur le site du CNCH (voir le programme du congrès CNCH 2020).

Walid Amara — Gros challenge, 13 heures de direct, c’est énorme, une grande organisation à mettre en place. Pour être impliqué dans cette organisation, je sais que c’est beaucoup plus de travail d’organiser un congrès en ligne qu’en présentiel, parce qu’il y a beaucoup plus de détails à gérer.

On pourra à la fois bénéficier de l’expérience des webinars et essayer d’avoir le maximum d’interactivité, pour faire bénéficier le maximum d’internautes du contenu du congrès.

Est-ce que dans ce congrès 2020 tu as un ou deux coups de cœur particuliers dont tu voudrais parler ?

Franck Albert — La marque de fabrique du congrès du CNCH est avant tout le partage. Donc il va y avoir des sessions de tous les groupes de cardiologie : interventionnelle, rythmologie, hypertension artérielle ― avec une session sur l’hypertension qui sera en partenariat avec le Sénégal, avec le Pr Abdoul Kane. C’est aussi notre nouveauté, depuis quelques mois : le CNCH développe des partenariats avec les cardiologues des pays francophones, notamment le Maghreb, le Sénégal, mais aussi le Canada, puisqu’on a déjà fait des webinars avec les Québécois. On va faire aussi beaucoup de sessions pour les jeunes, dont deux – cas cliniques et les speed data – avec une remise des prix pour les deux meilleurs jeunes de chaque session. On aura aussi des sessions innovantes sur les outils connectés, sur tout ce qui touche à la télémédecine, qui est un véritable boost en 2020 à la suite du COVID. On va développer la téléconsultation, la téléconsultation avec aidant, la télésurveillance, la téléexpertise. Beaucoup d’outils connectés nouveaux sont très intéressants et on a la chance d’avoir des start-ups qui seront dans notre congrès pour présenter leurs solutions et voir aussi des retours d’expérience de cardiologues qui les utilisent déjà, que ce soient des cardiologues hospitaliers ou des cardiologues libéraux.

Enfin, on aura une session très intéressante sur l’intelligence artificielle. Vous savez que c’est un outil qui se développe beaucoup, notamment pour l’imagerie cardiovasculaire non invasive, avec l’échographie, le scanner en couple et IRM, avec des personnes qui travaillent depuis cinq ans sur l’intelligence artificielle. Des cardiologues nous feront des retours d’expérience pour savoir si l’intelligence artificielle est une chance ou une malchance pour le cardiologue. Mais je suis persuadé que ce sera un atout très important. Et pour le savoir, connectez-vous et venez nombreux à notre congrès.

Walid Amara — L’inscription est gratuite ! Et n’hésitez pas à nous mettre en commentaire s’il y a eu des organisations particulières que vous avez mises en place dans vos centres ou dans vos régions qui pourraient être utiles à la majorité.

Et bien entendu, nous ne sommes pas encore remis de cette deuxième vague et beaucoup de choses sont en cours. On voit ces transferts de patients, y compris vers les pays voisins comme l’Allemagne. Ce qui veut dire que cette crise n’est malheureusement pas terminée, même si on voit des espoirs avec ce vaccin qui pourrait arriver. Les choses avancent, et on avance avec la formation médicale de nos cardiologues.

Merci Franck Albert et merci à tous de votre attention. Je vous dis à très bientôt sur Medscape.

 

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