Tumeurs de la prostate : 4 études à retenir de l’ESMO 2020

Dr Constance Thibault, Dr Laurence Albigès

Auteurs et déclarations

2 octobre 2020

Constante Thibault et Laurence Albiges commentent les résultats de 4 études dans le cancer de la prostate, présentés au congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO)  :

  • PROfound : nouvelles données sur la survie globale avec l’inihibiteur de PARP olaparib dans le cancer de la prostate métastatique résistant à la castration

  • IPATential 150 : l’inhibiteurs d’AKT ipatasertib en première ligne de traitement en association avec l’abiratérone

  • STAMPEDE : suivi médian à 6 ans+ de la survie globale dans le bras abiratérone, chez des patients avec un cancer de la prostate hormonosensible

  • Immunothérapie : un essai de phase 1 avec la nouvelle classe thérapeutique AMG-160

Voir partie 1 : L’actualité des cancers du rein et de la vessie à l’ESMO 2020

TRANSCRIPTION

Laurence Albigès — Bonjour, je suis Laurence Albigès, oncologue médicale à l’Institut Gustave Roussy et j’ai le plaisir d’être avec le Dr Constance Thibault pour vous faire une mise à jour des actualités présentées à l’ESMO 2020 dans les tumeurs de prostate. Il y a eu notamment deux présentations présidentielles et une session orale bien fournies. Quelles sont les actualités ?

PROfound : nouvelles données sur la survie globale

Constance Thibault — Il y a eu cette année deux présentations en session présidentielle qui concernaient les cancers de la prostate métastatiques. La première est l’étude PROfound [NCT02987543[] 1 ], qui avait déjà été présentée et publiée cet été. C’est une étude de phase 3 qui évaluait pour la première fois l’olaparib (un inhibiteur de PARP) et le comparait à un traitement qui a déjà fait ses preuves dans la prise en charge des cancers de la prostate métastatiques résistants à la castration. Ce sont des nouvelles hormonothérapies qui pouvaient être soit l’abiratérone, soit l’enzalutamide, chez des patients qui avaient préalablement reçu alternativement soit l’enzalutamide s’ils recevaient l’abiratérone, soit l’abiratérone s’ils recevaient l’enzalutamide. Il s’agissait d’une étude avec un design relativement classique : elle a inclus un peu moins de 400 patients et sélectionnait des patients qui avaient été prétraités par nouvelle hormonothérapie. Il ne fallait pas forcément qu’ils aient été prétraités par chimiothérapie, mais, par contre, il fallait qu’ils aient tous des anomalies des gènes impliqués dans la réparation de l’ADN. Et dans le design de cette étude, il y avait le distinguo entre les patients qui avaient des mutations sur le gène BRCA1, BRCA2 ou ATM — ils étaient inclus dans la cohorte A — et les patients qui avaient des mutations sur les autres gènes — ils étaient donc inclus dans la cohorte B.

Cette étude a déjà rapporté des résultats positifs en termes de survie sans progression radiologique, avec un peu plus de sept mois sous olaparib versus trois mois et demi sous nouvelle hormonothérapie, et on attendait avec impatience les données de survie globale qui ont été présentées cette année.

Là encore, il y a une différence statistiquement significative de 19 mois versus 14 mois, mais uniquement dans la cohorte A, à savoir les patients qui avaient des mutations BRCA1, BRCA2 ou ATM avec, finalement, une diminution du risque de décès d’environ 30 %. Donc c’est vrai que ce n’est vraiment pas négligeable. Par contre, quand on regarde les analyses en sous-groupes, on a clairement l’impression que les patients qui en tirent le plus de bénéfice sont ceux avec des mutations des BRCA1 ou BRCA2. En termes de tolérance, finalement, il n’y a pas eu de mauvais signal. Il y a eu aussi un update sur les données de sécurité avec l’olaparib, et globalement, on n’a pas l’impression que le nombre de métastases osseuses impacte sur la tolérance, notamment la tolérance hématologique, ni le fait d’avoir ou non été traité par docétaxel antérieurement.

IPATential 150 : l’inhibiteurs d’AKT ipatasertib + l’abiratérone en première ligne

La deuxième grosse étude est IPATential 150 [NCT03072238] [2] qui évaluait une nouvelle classe thérapeutique que sont les inhibiteurs d’AKT. Et c’était l’ipatasertib qui était évalué en première ligne de traitement en association avec l’abiratérone dans les cancers de la prostate métastatiques résistants à la castration.

C’était une étude de phase 3 qui a inclus un peu plus de 1000 malades et qui a été positive sur son critère de jugement principal, soit la survie sans progression radiologique, avec une différence de deux mois – 18 versus 16 mois en faveur de l’association ipatasertib + abiratérone. Par contre, cette différence n’était observée que chez les patients avec des pertes de PTEN. Cette perte était évaluée soit en immunohistochimie, soit en NGS, mais en tout cas, l’étude n’est pas positive dans la population générale, avec une différence, là encore, en réponse biologique.

Malgré tout, même si cette étude est positive, la différence ne semble pas majeure. C’est quand même un traitement qui augmente la toxicité du fait des toxicités propres aux inhibiteurs d’AKT — notamment le rash, la diarrhée, l’hyperglycémie, avec quand même 20 % des patients qui ont eu besoin d’arrêter temporairement le traitement pour des raisons de toxicité.

Donc on attendra de voir les données en termes de survie globale. Pour l’instant, il n’y avait pas de différence, mais les données sont clairement immatures, étant donné qu’il n’y a pas eu, encore, beaucoup d’événements.

Laurence Albigès — C’était la présidentielle — Quid des autres oraux ?

STAMPEDE : suivi à 6 ans du bras abiratérone

Constance Thibault — Il y a encore eu une mise à jour de l’étude anglaise STAMPEDE [NCT00268476] [3] dont on entend beaucoup parler et qui a comparé plusieurs bras de traitement. À l’ESMO, il s’agissait du suivi médian d’un peu plus de six ans du bras abiratérone chez les patients avec un cancer de la prostate hormonosensible. Dans le cas de cette étude, il y avait quand même plus de 1000 malades inclus, on savait qu’il y avait déjà un bénéfice à ajouter l’abiratérone à un traitement par analogue ou antagoniste de la LH-RH. Et les données avec plus de recul confirment ce bénéfice avec une survie globale dans le bras abiratérone + ADT de 6,6 ans versus 3,8 ans, avec un hazard ratio à 0,6, donc une diminution du risque de décès de 40 %. Et cela est vrai, quel que soit le volume ou le groupe — les hauts risques ou les bas risques.

 
Les données avec plus de recul confirment ce bénéfice avec une survie globale dans le bras abiratérone + ADT. Dr Constance Thibault
 

Donc, clairement, il y a un intérêt à ajouter cette molécule en première ligne de traitement.

Immunothérapie : essai de phase 1 avec l’AMG-160

Constance Thibault — Je terminerais en citant une nouvelle classe thérapeutique qui arrive, et notamment une immunothérapie, parce que c’est vrai que jusqu’à maintenant dans les tumeurs urogénitales, le cancer de la prostate était une des rares tumeurs où l’immunothérapie ne semblait pas montrer d’intérêt ou alors chez un très faible pourcentage de patients. Là, on a eu les résultats d’une étude de phase 1 [NCT03792841] [4] qui évaluait un anticorps bispécifique qui est le AMG-160. Le mécanisme d’action de cette thérapeutique est qu’elle va cibler à la fois un antigène tumoral qui est le PSMA, et elle va aussi cibler CD3 pour permettre l’activation et l’attraction des lymphocytes T vers la tumeur.

C’est une petite étude incluant 43 patients qui sont quand même lourdement traités, avec un tiers des malades qui ont une réponse biologique, donc une diminution du PSA de plus de 50 %. Il y a donc peut-être une place pour ce type d’immunothérapie dans le cancer de la prostate, on verra ce que nous donnent des études avec un peu plus de patients inclus.

Laurence Albigès — Super. Donc beaucoup d’actualités et des nouvelles approches, également dans le cancer de la prostate. Donc au total un ESMO bien rempli pour les tumeurs génito-urinaires. Merci, Constance.

Constance Thibault — Merci, Laurence.

Voir partie 1 : L’actualité des cancers du rein et de la vessie à l’ESMO 2020

Discussion enregistrée le 25 septembre 2020

Direction éditoriale : Véronique Duqueroy

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