ESMO 2020: un congrès virtuel, des avancées bien réelles

Liam Davenport, Aude Lecrubier

18 septembre 2020

Virtuel -- En dépit de sa tenue virtuelle, le congrès de l’ESMO 2020 devrait tenir son rang avec des résultats particulièrement importants annoncés notamment dans la prise en charge des tumeurs des voies digestives supérieures et du cancer du rein, dans le cancer du poumon non à petites cellules (NSCLC) et des avancées dans la prise en charge personnalisée du cancer de la prostate.

Interrogé sur les présentations scientifiques phares du congrès, le Pr Jean-Yves Blay, Président d’Unicancer (oncologue médical, Directeur général du Centre Léon Bérard, Lyon), confirme dans une vidéo que : « les cancers de la jonction œsogastrique sont particulièrement mis à l’honneur cette année avec l’arrivée de l’immunothérapie dans ces pathologies ».

Il note que ce congrès apporte aussi « la confirmation que les thérapies ciblées en situation adjuvante sont des thérapeutiques qui peuvent améliorer la survie sans progression et la survie globale dans le cancer du poumon » et que « les combinaisons de traitements (thérapies ciblées et immunothérapies) semblent intéressantes pour un certain nombre de pathologies, en particulier le cancer du rein. »

Enfin, il souligne que d’une façon générale « on observe dans cet ESMO, l’arrivée de nouvelles cibles thérapeutiques sur une fraction de différents types de cancers (poumon, colon, prostate…) qui illustre ce que l’on voit depuis plusieurs années, à savoir la fragmentation des cadres nosologiques qui débouche sur des traitements adaptés non pas uniquement sur le type histologique de la maladie mais également sur son caractère moléculaire ».

La conférence, comme tant d'autres événements majeurs, se tiendra en ligne cette année en raison de la pandémie COVID-19, avec une structure originale en deux temps, sur deux week-ends séparés d’un mois, l’un consacré aux avancés scientifiques et l’autre aux sessions d’éducation.

Conférence virtuelle : des inconvénients mais aussi des avantages

Le Pr John B. Haanen, président scientifique de l'ESMO 2020 (Netherlands Cancer Institute, Amsterdam, Pays-Bas), a indiqué à Medscape Medical News que, comme le congrès se tenait en ligne cette année, moins de résumés avaient été soumis; néanmoins, « nous avons été très heureux aussi de voir ... que la qualité était là. »

Le nombre de soumissions n’a pas été le seul problème auquel le comité d'organisation a dû faire face pour transformer le congrès de l'ESMO en un congrès virtuel.

Nous n’avons pas pu intégrer les programmes scientifiques et de formation et nous avons donc dû les répartir sur deux week-ends. De plus, de nombreuses sessions interactives ont dû être adaptées ou supprimées.

« Le programme est donc un peu différent », a souligné le Pr Haanen. Il ajoute que « les présentations ont également été raccourcies, en particulier les sessions de formation, parce que ... nous ne pouvons pas nous attendre à ce que les gens restent assis derrière des écrans pendant des heures à écouter de longues présentations ».

Le ton est moins optimiste du côté du Pr Solange Peters, présidente de l'ESMO (Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, Lausanne, Suisse), qui a déclaré lors d'une conférence de presse que c'était un «sacrifice» de faire passer l'ESMO 2020 en ligne et « qu’il y avait eu des moments très tristes » au moment de décider du contenu.

Cependant, le changement a aussi eu certains avantages.

Selon la présidente de l’ESMO, toutes les réunions en ligne de l'ESMO qui ont eu lieu cette année ont vu une augmentation «énorme» du nombre de participants et de la portée géographique ou de la portée de chacune des conférences.

« Alors, soudainement, vous réalisez aussi que l'une des missions de l'ESMO étant de transmettre les connaissances à l'échelle mondiale ... elle est probablement mieux atteinte, mieux réalisée avec le format virtuel ».

Sessions présidentielles : cancers des voies digestives supérieures

Pour revenir au programme scientifique, le Pr Haanen a d'abord choisi de commenter pour Medscape le troisième symposium présidentiel, qui se tiendra le lundi 21 septembre en fin de journée. Il est dédié aux tumeurs des voies digestives supérieures dans les cadres adjuvant et métastatique.

Ces dernières années, « très peu de progrès ont été réalisés » dans ce domaine, avec un traitement reposant principalement sur la chimiothérapie et la chimioradiothérapie.

Mais, les présentations de cette année sur l'ajout de l'immunothérapie à la chimiothérapie ou comme traitement adjuvant après l'achèvement du traitement standard de la maladie localisée, devraient changer la donne.

Pour le Pr Haanen, les résultats seraient «  très intéressants ... et pourraient changer la pratique», ce qui « est très important pour les médecins et leurs patients ».

Cancer du poumon, carcinome rénal

Dans un autre domaine, le premier symposium présidentiel comprendra deux présentations le samedi 19 septembre sur le cancer du poumon qui, selon le Pr Haanen, offriront «de nouveaux [résultats] passionnants qui, j'en suis sûr, changeront la pratique clinique».

L'un portera sur l'essai de phase 3 CROWN comparant le lorlatinib et le crizotinib dans le traitement de première intention des patients atteints d'un CPNPC ALK-positif avancé.

L'autre, l'essai de phase 3 ADAURA concerne le traitement adjuvant par osimertinib chez des patients atteints de CPNPC réséqué muté par EGFR contre les rechutes au niveau cérébral.

La même session verra également de nouvelles données sur le carcinome rénal avancé avec l’essai CheckMate 9ER, dans lequel le cabozantinib (Cabometyx®), inhibiteur du c-Met et du VEGFR2, a été associé au nivolumab (Opdivo®) et comparé au sunitinib (Sutent®) chez les patients non traités.

« L'année dernière, la combinaison de l'axitinib [Inlyta®], que ce soit avec le pembrolizumab [Keytruda®] ou avec l'avélumab [Bavencio®] en première intention dans le cancer du poumon rénal métastatique à cellules claires, a déjà obtenu des résultats passionnants », a souligné le Pr Haanen.

« Il y a manifestement un avantage de survie sur les standards de soins, le sunitinib » , a-t-il ajouté.

Cette année, non seulement les données d'efficacité de CheckMate 9ER seront présentées, mais également les résultats de qualité de vie.

« C'est très important, car ce dont tout le monde a peur, c'est qu'en ajoutant des médicaments, vous ayez un impact toujours plus important sur la qualité de vie, mais vous verrez que les résultats en matière de qualité de vie sont très enthousiasmants », a-t-il déclaré.

Cancer de la prostate

Le deuxième symposium présidentiel sera consacré à des études sur le cancer de la prostate, notamment l'essai de phase 3 IPATential150 sur l'abiratérone (Zytiga®) plus l’inhibiteur sélectif et compétitif d'AKT, ipatasertib ou un placebo dans le cancer de la prostate métastatique résistant à la castration.

Le Pr Haanen estime que les résultats montrent bien que le traitement personnalisé du cancer de la prostate est devenu une réalité.

Mais aussi

En parallèle des symposiums présidentiels, d’autres sessions orales communiqueront sur les derniers résultats dans les autres domaines de l'oncologie, y compris les résultats de l'essai ASCENT dans le cancer du sein triple négatif, ou une session dédiée au COVID-19.

Le Pr Haanen a déclaré que le congrès virtuel de l'ESMO 2020, de par sa tenue après les réunions annuelles de l'AACR et de l'ASCO, avait «l'avantage» de pouvoir présenter les derniers résultats des patients traités par chimiothérapie et immunothérapie dans le contexte de la pandémie.

L'ESMO présentera notamment une étude sur l'impact du COVID-19 sur les professionnels de l'oncologie à la fois en termes de détresse personnelle et d'épuisement et de performance professionnels.

« Je pense que c'est très important », a déclaré le Pr Haanen, « surtout parce que l’épidémie à COVID-19 n'est pas encore terminée et que tout le monde se prépare pour une deuxième vague à l'automne et en hiver ».

« Cela peut nous donner des indices sur la façon dont nous pouvons nous protéger ou nous protéger les uns les autres pour éviter l'épuisement professionnel ou d’autres problèmes en tant que soignants en cette période difficile. »

L'année prochaine

Pour l'année prochaine, le Pr Peters garde espoir que la réunion de l'ESMO 2021 ait lieu comme prévu à Paris.

Les réunions de l'ESMO devraient avoir lieu en présentiel à partir du printemps 2021.

Cela dépendra de la généralisation d'un vaccin contre le COVID-19, bien que les oncologues de certains pays ne puissent toujours pas voyager.

Cela signifie « commencer probablement avec des formats hybrides, avec une partie des orateurs et des participants étant sur place et d'autres pas », a déclaré le Pr Peters.

Pour la présidente, le congrès de l'ESMO 2021 pourra fonctionner en présentiel, s’il y a au moins la moitié ou les deux tiers du nombre de participants initialement prévu.

« J'espère que le congrès de Paris aura lieu à l'année prochaine », conclut-elle.

 

Cet article a été initialement publié sur Medscape.com sous l’intitulé The March of Immunotherapy Continues at ESMO 2020. Traduit et complété par Aude Lecrubier.

 

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