Entérobactéries productrices de BLSE : une nouvelle infection sexuellement transmissible ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

15 septembre 2020

Poitiers, France -- La diffusion des entérobactéries productrices de BLSE (EBLSE) est un problème majeur de santé publique. Or, les différents maillons de transmission des EBLSE ne sont pas tous élucidés. Une étude présentée lors des Journées Nationales d’Infectiologie (JNI) 2020 montre pour la première fois qu’il existe très probablement une transmission sexuelle de ces bactéries [1].

Selon les données rapportées par le Dr Laure Surgers (Service des Maladies Infectieuses et Tropicales, Hôpital Saint-Antoine, AP-HP Sorbonne Université), il existe une association entre le nombre de partenaires sexuels et la colonisation par entérobactéries productrices de BLSE. Le nombre élevé de partenaires sexuels serait donc un nouveau facteur de risque de colonisation par EBLSE à prendre en compte pour le dépistage et la prise en charge des patients.

« Nous nous sommes posé la question de la transmission sexuelle des entérobactéries productrices de BLSE parce qu’il y a une augmentation des IST en France et parce qu’on sait qu’il y a une augmentation de la résistance et de la colonisation à entérobactéries productrices de BLSE communautaire. De plus, on sait qu’il existe dans les épidémies d’IST des agents non conventionnels à transmission oro-fécale qui sont de plus en plus décrits. Par exemple, il y a des épidémies de Shigelles, de campylobacter multirésistant qui sont des nouvelles formes d’IST. D’autre part, il a déjà été montré une transmission sexuelle de BMR que sont les SARM. On pouvait donc se poser la question de la transmission sexuelle des EBLSE », a commenté le Dr Surgers pour Medscape édition française.

Pour tester l’hypothèse d’une transmission sexuelle des EBLSE, les chercheurs des hôpitaux Saint Antoine et Henri Mondor à Paris ont inclus 2095 patients à haut risque d’IST et patients vivant avec le VIH. Les patients ont été dépistés et ceux qui étaient positifs ont été suivis pendant 6 mois pour voir si la colonisation persistait.

Parmi les participants, il y avait :

  • 417 (19,9 %) femmes hétérosexuelles,

  • 488 (23,3 %) hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) VIH-négatifs non sous prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP),

  • 251 (12,0 %) HSH VIH-négatifs sous PrEP,

  • -500 (23,9 %) HSH VIH-positifs et

  • 439 (21,0 %) hommes exclusivement hétérosexuels VIH-négatifs.

 L’âge médiane était à 32 ans [IQR : 25–44].

En ajustant sur l’origine géographique, l’âge, la prise d’antibiotiques dans les 6 derniers mois et les voyages hors Union européenne dans les 6 derniers mois, le risque de portage de EBLSE s’est révélé plus élevé chez les personnes ayant eu plus de 10 partenaires sexuels dans les dernières six mois (OR = 1,70, IC95 % = 1,11–2,58, p = 0,01).

« Nous avons une corrélation parfaite entre le nombre de partenaires sexuels et la proportion de personnes colonisées. Il y a donc clairement une transmission sexuelle des entérobactéries productrices de BLSE », a conclu le Dr Surgers.

Questions en suspens

Les protocoles thérapeutiques et de dépistage pourraient donc être modifiés par ces données.

« Pour l’instant les facteurs de risque de colonisation par entérobactéries productrices de BLSE sont les voyages, les antibiotiques, la vie en EHPAD mais chez un patient avec une infection urinaire, une prostatite aiguë, et ayant de multiples partenaires, on pourrait se poser la question d’une colonisation par BLSE et lui donner des carbapénèmes en traitement empirique », explique l’infectiologue.

Reste désormais à savoir si la colonisation du portage persiste dans le temps. « Nous ne savons pas si les patients colonisés vont le rester car on sait que quand les personnes sont colonisées par des BLSE au cours d'un voyage, la colonisation disparaît dans les mois qui suivent leur retour. Nous sommes aussi en train de caractériser les souches pour voir s’il y a des clusters qui circulent plus spécifiquement au sein de certains groupes de patients », précise le Dr Surgers.

Autres Résultats

Le nombre médian de partenaires sexuels depuis les derniers 6 mois était à 4 [IQR : 2–11] et était plus élevé chez les HSH VIH- sous PrEP (18, IQR : 7–33) et moins élevé chez les femmes hétérosexuelles (2, IQR : 1–3) ou hommes hétérosexuels (2, IQR : 1–4) (p < 0,001).

La prévalence de portage de EBLSE était la plus élevée chez les HSH VIH-négatifs sous PrEP (16,3 %) par rapport aux HSH VIH-positifs (12,2 %, p = 0,12), hommes hétérosexuels (10,3 %, p = 0,02), HSH VIH-négatifs non sous PrEP (9,6 %, p = 0,008) et les femmes hétérosexuelles (7,7 %, p = 0,001).

L’étude a été financée par l’ANRS.

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