Fort risque de transmission dans les espaces fermés mal aérés : pourquoi les masques sont essentiels

Stéphanie Lavaud

9 septembre 2020

France -- Masques, gel hydro-alcoolique, distanciation, quarantaine…Ces gestes et mesures barrières font désormais partie de la routine des Français, et ce d’autant que nous avons réintégré des espaces clos comme les salles de classe, les cabinets médicaux, salles de repos et autres locaux professionnels qui favorisent la transmission du coronavirus.

En quoi ces espaces fermés sont-ils plus à risque ?  Comment les masques agissent-ils pour stopper la transmission du virus ? Que le virus s’éteigne ou devienne saisonnier, la mise au point d’un vaccin est-elle proche ? Le SARS-CoV-2 a-t-il boosté la recherche ?

Deux virologues, Mylène Ogliastro , directrice de recherche à l'INRAE de Montpellier et représentante de la Société Française de Virologie et Yves Gaudin, directeur de recherches CNRS à l'Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC) de Paris-Saclay, donnent leur point de vue sur ces questions d’actualité.

Pourquoi assiste-t-on à une progression exponentielle de la transmission du SARS-COV-2 en particulier chez les jeunes adultes ? Va-t-on connaitre un nouveau pic de cas graves et une embolisation du système de santé cet automne ? Quid des quelques cas de réinfections ? Le virus a-t-il muté ? Pour connaitre le point de vue des deux virologues sur ces questions, lire COVID-19 : «nous ne sommes pas sortis du cœur de la tempête»

Aérer !

Pour comprendre la diffusion du coronavirus au sein des lieux de vie, il faut rappeler que le SARS-CoV-2 est un virus respiratoire. Pour se prémunir, le premier message est donc : « d’aérer, autant que possible, les lieux où l’on se trouve » affirme Yves Gaudin. Un conseil partagé par Mylène Ogliastro, qui insiste sur « l’importance de maintenir des courants, de changer l’air des pièces en ouvrant les fenêtres (et non en faisant tourner la climatisation ou la ventilation). En diluant le virus dans l’air, on abaisse la probabilité d’interaction entre une particule virale et son hôte » explique la virologue.

Attention aux aérosols

Car, pour se diffuser, le virus utilise, comme véhicule, les gouttelettes émises, sans même nous en rendre compte, lorsque nous parlons. Pour simplifier, il en existe de deux types – car en réalité il s’agit d’un continuum de taille – : des grosses et des petites. « Les grosses gouttelettes peuvent faire jusqu’à 1 mm de diamètre et sont projetées à distance par les postillons et la toux. Ce sont elles qui justifient les 1,5 m de distanciation préconisée » explique Yves Gaudin. Via leur passage sur les mains lorsqu’on se frotte le nez, la transmission peut aussi avoir lieu par les surfaces manipulées. « Même s’il ne doit pas être négligé, ce mode de transmission reste probablement marginal au regard des aérosols dans le cas de contaminations massives lors d’un regroupement de population » selon le virologue.

En effet, trop petites pour sédimenter, ces microgouttelettes flottent dans l’air pendant plusieurs heures. Remises en suspension à chaque courant d’air (climatisation, aspirateur,…), elles contaminent durablement une pièce. « Cette contamination est désormais avérée et explique que des personnes, non masquées, qui ne se sont pas croisées au cours d’une même soirée puissent être infectées, ou comment une seule personne infectée peut en contaminer plusieurs sur la distance de plusieurs rangées (comme le montre l’exemple récent du car chinois décrit dans le JAMA [1]).

Un mécanisme confirmé par Mylène Ogliastro : « l’air d’une pièce, a fortiori non aérée, se retrouve vite contaminé par une personne, infectée par le virus, qui parle sans masque, et ce d’autant que l’air n’y est pas renouvelé, voire brassé ».

Le masque, une mesure efficace 

D’où l’intérêt des masques, en particulier dans les espaces clos. Les masques FFP2, de par leurs propriétés, protègent les personnes saines qui le portent vis-à-vis des aérosols d’une personne malade ou potentiellement infectée. Ceux-là sont réservés aux personnels soignants, très à risque de contamination de par leur profession.

Les masques chirurgicaux, ainsi que les autres types de masques (tissu, fait maison…), protègent l’entourage de la personne qui le porte en bloquant les gouttelettes et les postillons émis lorsqu’elle parle. Pour être tout à fait précis, « ces masques ne protègent pas ceux qui les portent des aérosols mais en limitent la quantité. C’est donc une mesure efficace » assure la virologue montpelliéraine.

A ceux qui objecteraient que le SARS-CoV-2 – qui fait une centaine de nanomètres de diamètre – passe à travers les mailles du tissu des masques non FFP2, Mylène Ogliastro rappelle que « le virus ne sort pas nu mais enrobé dans une goutte de mucus, ce qui augmente son diamètre, qui passe alors à quelques micromètres ».

Enfin, pour clore ce chapitre, Yves Gaudin ajoute que : « mieux vaut un mauvais masque que pas de masque du tout, en revanche le « tour du cou » comme celui que l’on peut porter aux sports d’hiver est inefficace ».

Le virus ne sort pas nu mais enrobé dans une goutte de mucus  Mylène Ogliastro

Vaccin, pas pour demain

A en croire les virologues, mieux vaut faire confiance, dans l’immédiat, aux gestes barrières pour stopper la transmission du virus, qu’attendre un hypothétique vaccin, lequel « n’est pas pour demain et nécessite une phase III sérieuse » considère Yves Gaudin. « Quelle que soit l’urgence de la situation, ce n’est surtout pas le moment d’accélérer les phases de développement nécessaires à sa mise au point comme le préconisent certains pays » appuie Mylène Ogliastro.

Ne pas « covidiser » la recherche en virologie

La recherche virologique va-t-elle être influencée par l’épisode Covid ? Yves Gaudin suggère que cette recherche « qui est focalisée à 80% sur le VIH et l’hépatite C se diversifie et s’intéresse aux maladies respiratoires, jusqu’alors négligées, à l’exception de la grippe ». Attention toutefois, à ne pas « covidiser » la recherche en virologie, prévient Mylène Ogliastro, qui précise toutefois qu’il y a déjà eu, par le passé, des épidémies comme celle du Mers coronavirus, sporadique et extrêmement virulent (37% de mortalité) qui a sévi au Moyen-Orient. « On savait qu’il y en aurait d’autres, ajoute-t-elle, du fait des modifications de l’environnement, des mouvements de population, de nos modes de vie…Pour autant, l’émergence d’une épidémie est imprévisible, il faut être vigilant, surveiller les nouveaux virus et maintenir l’effort de recherche » souligne la virologue car « la recherche, c’est du temps, un temps long ». D’où l’importance de se donner les moyens, ne pas travailler au cœur de la crise mais prévenir car « prévenir, c’est guérir » rappelle-t-elle.

Touche positive : pour Mylène Ogliastro, « la mobilisation de la recherche au niveau mondial sur ce virus a permis d’aller très vite ». Et sans nier une réelle concurrence – et parfois des dérives –, la virologue se réjouit du partage des données entre les équipes de scientifiques de différents pays.

Ne pas travailler au cœur de la crise mais prévenir Mylène Ogliastro

Raccourcissement de la quatorzaine: est-il justifié d’un point de vue virologique ?

Jugeant « trop longue » la quatorzaine imposée à toute personne positive et aux cas contacts, les Autorités envisage d’en réduire sa durée à une semaine. Le Conseil scientifique s’y est montré favorable. L’épidémiologiste Antoine Flahault, de même que Rémi Salomon, président de la Commission médicale de l’AP-HP, se sont prononcés pour, tandis que l’épidémiologiste Catherine Hill y voit une « grenade dégoupillée ». Alors mauvais calcul ou bon sens sanitaire ? « C’est une mesure qui me semble fondée » répond Mylène Ogliastro. « Les 2 semaines de quatorzaine ont été établies au début de la crise épidémique, à un moment ou on avait peu de données sur ce coronavirus. Voyant qu’on pouvait ainsi détecter du virus en moyenne pendant une dizaine de jours, qui décroissait après 1 semaine, on a défini une période de précaution de 14 jours » explique la virologue. Depuis, on a étudié son mode de transmission et « on sait aujourd’hui qu'une des caractéristiques de ce virus est d’être transmissible en phase pré-symptomatique, au tout début des symptômes (0-4 premiers jours après l’infection). Des travaux scientifiques ont montré que le virus produit au-delà d'1 semaine n’est plus infectieux ou de façon marginale [2]» affirme-t-elle.

Une ou deux semaines, la question sera tranchée vendredi lors du Conseil de défense.

 

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