Internat: la médecine générale à la traine, la chirurgie plastique et l’ophtalmologie en tête

Philippe Anaton

Auteurs et déclarations

8 septembre 2020

France -- Depuis ce 1er septembre, les étudiants en D4 qui ont passé les épreuves classantes nationales informatisées (ECNi) en juillet, choisissent leur spécialité, en fonction de leur rang de classement. Cette procédure de choix devrait prendre fin le 18 septembre prochain, selon le centre national de gestion (CNG).

Avant cela, durant tout le mois d'août, les étudiants en médecine ont pu simuler leur choix sur la plateforme informatique Céline, mis en place par le CNG. À l'issue de cette simulation (désormais close), les spécialités médecine générale, biologie médicale, psychiatrie, médecine du travail, gériatrie, et santé publique, n'ont pas fait le plein d'internes. 37% des postes en médecine du travail n'ont pas été pourvus (46 places), 33,6% en biologie médicale (36 places), 19,5% en santé publique (17 place), 16,6% en psychiatrie (88 places), 16,1% en gériatrie (31 places), et 6,3% en médecine générale (202 places). Mais il ne s'agit là que des résultats de la simulation de choix.

8576 postes d'internes

Reste à voir si ces résultats se confirmeront à l'issue de la fin de la vraie procédure de choix ce 18 septembre. Quoi qu'il en soit, on peut aussi se poser la question de contingents trop importants de places en internat cette année. Le 11 août dernier, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche se réjouissait d'avoir pu ouvrir 8576 postes d'internes pour la rentrée 2020-2021.

« Depuis 2016, ce nombre a augmenté de 6%, cette dynamique s'inscrivant dans le cadre de la réforme des études en santé menée conjointement par les ministères chargés de la santé et de l'enseignement supérieur », ajoutait le ministère de l'enseignement supérieur, dans son communiqué.

Est-ce la raison pour laquelle certaines spécialités n’ont pas rempli leur quota d’internes lors de la simulation de la procédure de choix ? Les pouvoirs publics ont-ils nourri des ambitions trop grandes ?  Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer les effectifs 2019-2020, aux effectifs 2020-2021. Pour les spécialités désaffectées, on ne constate pas d'augmentation importante d'effectifs qui pourrait expliquer cette pénurie d'étudiants. Ainsi, en biologie médicale, le nombre de places n'a augmenté que de 1,8% d'une année sur l'autre, de 0,8% pour la médecine du travail, il est resté stable en gériatrie, mais a baissé en psychiatrie (-0,3%) et en médecine générale (-1,18%). À titre de comparaison, les effectifs en ophtalmologie ont augmenté de 5,7%, de 4,5% en chirurgie pédiatrique, de 3,4% en gynécologie obstétrique, sans que cela n'affecte pour autant le remplissage de ces spécialités, lors des simulations de choix.

Biologie médicale, santé publique et gériatrie en queue de peloton

Peut-on pour autant prédire un manque d'effectifs en internes dans ces spécialités ? Il est trop tôt pour le dire, mais les premières tendances en matière de choix de spécialités semblent confirmer le désamour des étudiants pour ces spécialités. L'application Obvie App offre chaque année une visualisation en temps réel du choix des internes. Le 2 septembre dernier, alors que 1282 étudiants avaient procédé à leurs affectations définitives en fonction de leurs rangs, de premières tendances se dessinaient quant aux spécialités les plus prisées et les moins aimées, parmi ces quelque 1300 premiers étudiants en médecine. Ainsi, en classant les étudiants selon leur rang limite (premier et dernier, en fonction du classement, à avoir choisi la spécialité), il est possible de faire apparaitre la popularité des spécialités en 2020. Alors que la chirurgie plastique, l'ophtalmologie, la dermatologie et la chirurgie maxillo faciale font la course en tête, la médecine du travail, la biologie médicale, la santé publique et la gériatrie se retrouvent en queue de peloton.

Effet Covid ?

Une question : les spécialités ayant été particulièrement sollicitées durant la crise du Covid (infectiologie, réanimation, anesthésie) ont-elles été mieux choisies que les années précédentes ? Difficile à dire. Si l'anesthésie-réanimation grapille quelques places : en 8e position cette année (vs 11e position en 2019, et 15e position en 2018), l'infectiologie (qui apparait en 6e position cette année, contre la 5e position en 2019 et la 4e position en 2018) et la réanimation (en 24e position, vs 21e position en 2019 et 2018) ne semblent pas bénéficier de cet effet d'entrainement. Quant à la médecine d'urgence, elle se hisse en 38e, soit une place de mieux qu'en 2019 et 2018, selon ces résultats provisoires. 

Attendons le 18 septembre pour confirmer ces premières tendances !
 

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