Praticiens hospitaliers : la refonte de la grille salariale fait grincer des dents

Philippe Anaton

31 août 2020

France – Entre un faible recrutement au printemps 2020 et la polémique sur la suppression des trois premiers échelons de la grille statutaire de rémunération, le poste de praticiens hospitaliers (PH) est dans le flou… Et les concertations du Ségur de la santé sont loin d’avoir apporté les éclaircissements nécessaires et le choc d’attractivité attendu.

46,4% de postes non pourvus

Comment attirer et fidéliser les médecins hospitaliers ? La question continue à se poser malgré les mesures de revalorisations de la carrière des praticiens hospitaliers proposées lors du Ségur de la santé. Si le gouvernement s'attendait à une vague de recrutement importante cette année lors de son recrutement massif de praticiens hospitaliers au printemps, via le centre national de gestion (CNG), il en est pour ses frais. À L'issue du tour de recrutement de printemps 2020, retardé cette année du fait de l’épidémie de Covid-19, quelque 3817 postes n'ont pas été pourvus, soit 46,4% des postes proposés. Du coup, le CNG se voyait dans l'obligation de lancer un deuxième tour de recrutement « de rattrapage », pour pallier le manque de candidatures du tour de printemps. 

Suppression des trois premiers échelons

Comme pour positiver, malgré cette première déconvenue, le CNG mettait en avant l'une des mesures phares issues du plan Ma santé 2022, et remise au goût du jour dans le cadre de la négociation sur le Ségur de la santé, à savoir la suppression des trois premiers échelons dans la grille statutaire de rémunération des PH. Explication : désormais, un PH embauché en 2020 ne commencera plus sa carrière à l'échelon 1 mais à l'échelon 4. Autrement dit, leur salaire brut en début de carrière ne sera plus de 4130,68 euros, mais de 4411,11 euros. Et de rappeler que « l’amélioration de la rémunération des praticiens en début de carrière constitue une mesure prioritaire qui vise à renforcer l’attractivité de l’exercice médical à l’hôpital ».

Mise en application le 1er octobre

Le CNG assure que le décret qui actera de la suppression des trois premiers échelons sera publié en septembre, pour une mise en application le 1er octobre. « Ce décret supprime les 3 premiers échelons de la grille des PH nommés après l’entrée en vigueur du texte et modifie la durée des 2 premiers échelons. Il précise l'impact pour les praticiens hospitaliers déjà nommés avant l'entrée en vigueur du décret. Par ailleurs, ce décret actualise en conséquence les références de la rémunération des praticiens contractuels », ajoute le communiqué du CNG qui accompagne son communiqué de presse d'une note explicative, comportant des grilles de correspondance entre les anciens échelons et les nouveaux échelons.

En clair, tous les PH classés entre les échelons 1 et 4 hériteront du nouvel échelon. Les PH nouvellement nommés verront leur ancienneté (en tant que praticien contractuel par exemple) prise en compte : « Un praticien lauréat du concours nommé après l’entrée en vigueur du décret, ayant une expérience préalable de 6 ans en tant qu’assistant puis praticien contractuel, sera classé à l’échelon 4 (échelon 7 de l’ancienne grille) », donne comme exemple le CNG.

Mais, là où le bât blesse c’est que pour les PH situés dans l'ancienne grille entre les échelons 1 et 3, car ils ne pourront bénéficier pas d'une reprise de leur ancienneté.

Anciens PH lésés

Plusieurs syndicats de praticiens hospitaliers se sont donc élevés contre la mise en application de cette refonte de la grille salariale, qui introduit une inégalité entre les anciens praticiens hospitaliers, et les nouveaux PH nommés en 2020. « Ce qui devrait être une revalorisation des traitements des PH source d’attractivité devient finalement une source d’iniquité : un monde où les plus anciens voient leur travail moins valorisé que les plus jeunes », écrit le SNPHARE. Pour ce syndicat de praticiens hospitaliers, « un PH nommé en 2019, avec quatre ans d'ancienneté est en 2020 échelon 1 (rémunération de l'ancien "échelon 4"), tandis qu'un PH nommé en 2020 sera avec la même ancienneté rémunéré à l'échelon 3 ».

Le SNPHARE cite aussi le cas d'un PH qui bénéficie de douze ans d'ancienneté et héritera de l'échelon 5 dans la nouvelle grille, tandis qu'un PH nouvellement nommé, avec la même ancienneté aura droit, lui, à l'échelon 7 ! «  Cette nouvelle mesure qui nie la capitalisation de l’expérience acquise au travail, est une nouvelle négation exemplaire de la juste reconnaissance de la réalité du travail des 50 000 PH », conclut le SNPHARE, qui demande de toute urgence « l’inscription dans le décret du reclassement de l’ensemble des praticiens hospitaliers avec + 4 années d’ancienneté, comme c’est le cas pour les PH néo-nommés, comme cela avait été le cas en 2000, avec la prise en compte de l’intégralité de l’ancienneté des PH, et l’harmonisation des grilles de PH anciennement et nouvellement nommés ; L’ouverture d’un « Ségur 2 » pour l’attractivité hospitalière et la permanence des soins, grands oubliés du « Ségur 1 », et indispensables pour sauver l’hôpital public. »

Bref, pour les praticiens hospitaliers, la rentrée 2020 s’annonce agitée...

Ce qui devrait être une revalorisation des traitements des PH source d’attractivité devient finalement une source d’iniquité SNPHARE


 

 

 

 

 

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