A quoi va ressembler la rentrée scolaire ? Le point de vue des pédiatres

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

24 août 2020

France -- Les vacances d'été touchent à leur fin et la reprise s'annonce. Pour la plupart, les enfants rejoindront l'école et les parents leur travail. Mais la recrudescence actuelle de l'épidémie de coronavirus SARS-CoV-2 fait craindre que la situation ne se complique. Mais à la différence du printemps, lors de la fermeture des écoles et du confinement de huit semaines, des données sont maintenant disponibles, même si elles ne sont pas suffisantes pour répondre à toutes les questions des médecins, des parents mais aussi des politiques et des enseignants. Medscape édition française a interrogé la Pr Christèle Gras-Le Guen (CHU Nantes), vice-présidente de la Société française de pédiatrie (SFP), pour faire le point.

La communauté pédiatrique est peu sollicitée par les autorités politiques depuis le début de la pandémie, regrette la représentante de la SFP. Au travers d'une tribune en élaboration, la société savante souhaite être associée aux ministères de la Santé et de l'Education nationale sur les décisions concernant la rentrée scolaire. Elle soulève trois points précis : le dépistage, la vaccination des enfants et la situation des enfants testés positifs au Covid-19.

Ajoutons que dans une lettre ouverte de l' Association Française de Pédiatrie intitulée « Covid : les pédiatres se mobilisent pour que la rentrée scolaire se fasse dans de bonnes conditions » parue la semaine dernière, plusieurs Sociétés savantes de pédiatrie partagent leurs réflexions sur la rentrée scolaire en soulignant les mêmes points-clés que la SFP (importance du retour à l'école, difficultés de la réalisation des PCR nasopharyngées, renforcement de la vaccination contre la grippe et généralisation du vaccin contre le rotavirus, précisions sur la conduite à tenir en cas de découverte d'un cas positif en collectivité).

Garder les écoles ouvertes

« La privation d'école creuse les inégalités sociales et affecte le neurodéveloppement de l'enfant qui a besoin de vivre en société. L'école est un endroit de vie » rappelle la Pr Gras-Le Guen qui salue, fait rare, un consensus de tous les scientifiques et médecins sur la nécessité d'un retour massif dans les établissements scolaires.

Quant à la crainte d'une hausse des contaminations dans les écoles, la spécialiste se veut rassurante rappelant que non seulement les cas pédiatriques sont rares, mais que les enfants sont peu à risque de développer des formes sévères de Covid-19. « Finalement, ce sont les adultes qui travaillent dans les écoles qui risquent de se contaminer dans les transports ou entre eux dans l'établissement, mais pas à cause des enfants » explique-t-elle. Cela dit, elle indique que les mesures barrières ont maintenant démontré leur efficacité.

Fin juillet, les auteurs d'un article publié dans The New England Journal of Medicine[1] ont fait un état des lieux des mesures prises dans les écoles selon les pays. Aucun des pays dans lesquels les écoles étaient restées ouvertes ou avaient expérimenté un retour à l'école après une période de confinement, n’a connu une hausse du taux de contamination. Les auteurs expliquent ces observations par les mesures de distanciation prises par les encadrants.

Le casse-tête des PCR 

Aujourd'hui le résultat d'un dépistage par PCR est obtenu en 48 heures. Quelle est la conduite à tenir pendant ce délai ? Pour l'instant, il n'y a pas de ligne directrice claire. La pédiatre indique la nécessité d'une démarche consensuelle et de ne pas laisser la responsabilité d'éviction des enfants aux seuls chefs d'établissement. La SFP insiste aussi sur la nécessité d'établir une stratégie commune au ministère de la Santé et de l'Education Nationale en cas de positivité d'un élève.

Par ailleurs, la SFP plaide pour le développement de tests PCR qui pourraient être réalisés dans les cabinets médicaux et dont les résultats sont disponibles en 20 minutes. « Ces tests POCT (Point of Care Tests) ne sont pas encore disponibles mais nous souhaitons en disposer pour être plus réactifs face à l'afflux des patients à l'automne » indique Christèle Gras-Le Guen.

« Des trousses, des cahiers et des vaccins »

« Un nourrisson, c'est deux à six épisodes fébriles pendant l'hiver » rappelle Christèle Gras-Le Guen. Comme le dépistage par PCR est aujourd'hui recommandé en cas de symptômes relativement banaux (fièvre, troubles gastrointestinaux) chez les enfants, il faudrait minimiser la survenue de ces symptômes. Comment ? La SFR plaide pour la vaccination contre la grippe (dès 6 mois) et la vaccination anti-rotavirus (entre 6 et 16 semaines). « Ce sera des symptômes suspects en moins et donc autant de dépistage en moins » explique-t-elle, précisant qu'après avoir recueilli l'avis de différents infectiologues, elle considère qu'un prélèvement au niveau de la narine antérieure est suffisant chez les enfants.

La rentrée devrait aussi être l'occasion d’un rattrapage du calendrier vaccinal. « Nous constatons un retard phénoménal. D'après ce qui nous revient des pharmaciens, des milliers de doses délivrées n'ont pas été rattrapées à ce jour » commente-t-elle. C'est pourquoi elle propose une bonne résolution pour la rentrée scolaire : « acheter des trousses, des cahiers et… des vaccins ».

 

La contagiosité des enfants en question

Dans une lettre publiée dans la revue JAMA Pediatrics[2], des chercheurs de Chicago (Etats-Unis) annoncent leurs résultats sur le potentiel de transmission du virus SARS-CoV-2 par les enfants. Ils ont réalisé 145 PCR nasopharyngées de patients âgés d'un mois à 65 ans avec des symptômes légers de Covid-19. Leur résultat principal : la charge virale des enfants de moins de cinq ans au niveau des voies respiratoires supérieures est significativement plus élevée, de 10 à 100 fois, en comparaison aux enfants plus âgés et aux adultes. Les auteurs en concluent que « les enfants en bas âge peuvent être d'importants contaminateurs dans la population générale, comme c'est le cas pour d'autres virus respiratoires ».

« Les cas chez les enfants sont bien plus rares que chez l'adulte. Du coup, en prenant en compte la proportion de cas selon l'âge, il faut garder en tête que l'adulte reste bien plus contagieux » modère la Pr Gras-Le Guen.

Interrogée spécifiquement sur la question, épineuse, des grands-parents, la pédiatre rappelle que « ce sont eux qu'il faut absolument protéger ». Pour elle, la décision de voir ou non les petits-enfants doit venir de la personne âgée elle-même. « Le risque existe mais il peut être minimiser si on apprend aux enfants à éviter les contacts étroits avec leurs grands-parents et à appliquer quelques mesures barrières » rassure-t-elle.

 

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