Village Landais Alzheimer : un nouveau modèle de prise en charge

Stéphanie Lavaud

20 août 2020

Dax, France – Le mois dernier, le Village Landais Alzheimer a ouvert ses portes à Dax. C’est la première structure en France à accueillir des résidents tous atteints de la maladie d’Alzheimer, au sein d’un même « village » qui leur est totalement dédié. Cela pourrait constituer une alternative aux EPHAD, mal adaptés à ce type de patients. Quatre-vingt-dix résidents permanents y ont aménagé au début de l’été. Trente autres sont attendus début septembre. Et déjà, les premières ressentis des professionnels de santé qui y travaillent sont positifs (voir encadré). Descriptif de ce projet novateur.

 

Lire l'interview d' Hélène Amieva, chercheuse INSERM :  Village landais Azheimer : un modèle à répliquer ?

 

Une prise en charge alternative

Il y a cinq ans, Henri Emmanuelli, député des Landes, inspiré par le modèle du village pilote néerlandais de Weesp, près d’Amsterdam, qui accueille des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, décide de reproduire ce modèle dans sa région.

L’idée est de créer une structure novatrice dans la prise en charge de personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer et apparentées – un lieu où l’on mettrait en avant une approche non-médicamenteuse et des activités thérapeutiques permettant de préserver au mieux les capacités cognitives et pratiques des résidents – le tout dans un environnement sécurisé reproduisant l’organisation d’un village où les résidents vivent au sein de petites unités d’habitation.

Il s’agit de maintenir au maximum les repères quotidiens de la personne et ses liens sociaux en favorisant aussi les relations avec la famille.

Soutenu par l’État et la région, le projet a été jusqu’au bout puisque le Village Landais, première structure d’accueil de ce type de patients Alzheimer, vient d’ouvrir à Dax.

En France, le nombre d’individus souffrant de démence de type Alzheimer est estimé à 900 000. Avec 225 000 nouveaux cas chaque année, le nombre de malades devrait dépasser le million de cas en 2020 et 2 millions en 2040.

Un lieu ouvert sur la vie et sur la ville

Après un petit retard dû à l’épidémie de coronavirus, 90 résidents permanents atteints de la maladie d’Alzheimer et apparentées, quel que soit le stade d’évolution de la maladie, sont arrivés au début de l’été (une fois leur test Covid négatif connu). Ils ont été répartis au sein de quatre maisonnées de style landais permettant de loger à chaque fois 7 à 8 personnes, situées dans trois « quartiers » du Village. Chacune d’entre elle mesure 300 m2 et a été pensée pour respecter les différents styles de vie des habitants, mais aussi pour respecter leur autonomie et leur intimité. Situé dans un environnement arboré de plus de 5 hectares, le cadre de vie se veut familier et familial, et le lieu ouvert sur la vie et sur la ville (voir la video YouTube). L’espace organisé en forme de bastide au coeur du Village propose café-restaurant, salle de spectacle, épicerie ou encore salon de coiffure, où tous villageois, personnels d’encadrements, bénévoles et public peuvent se côtoyer.

Chaque maisonnée est gérée par un maître.sse de maison, quant à l’encadrement du Village, qui se veut discret pour respecter le plus possible la normalité du lieu, il se compose d’un personnel pluridisciplinaire et polyvalent (médecins, infirmiers, assistants en soins gérontologiques, psychologue, ergothérapeute, psychomotricienne, animateurs...), d’un personnel administratif (direction, comptabilité…) et de services généraux (restauration, entretien). Au total, cela représente 120 personnes (équivalent temps plein), soit autant que de résidents quand le Village sera au complet, un ratio bien plus avantageux que celui que l’on peut trouver en EPHAD.

Lieu d’expérimentation et d’évaluation

Autre point fort de cette structure – et différence majeure avec son précurseur hollandais –, Le Village accueillera un Centre de Ressources pour la recherche médicale associant spécialistes français de la maladie d’Alzheimer et formation des professionnels de la santé et de la gestion médico-sociale afin de diffuser les meilleures pratiques thérapeutiques. Il est prévu que plusieurs études évalueront « l’efficacité » de ce mode de prise en charge innovant. Sous la houlette d’Hélène Amieva, directrice de recherche, l’Inserm étudiera notamment la façon dont ce mode de prise en charge influe sur les différents participants, les personnes atteintes de la MA bien sûr, mais aussi les encadrants, les bénévoles (qui affluent massivement pour participer au projet) et même le grand public, susceptible de changer de regard sur la maladie (Lire l'interview d'Hélène Amieva : Village landais Azheimer : un modèle à répliquer ?).

Unique en France

D’une capacité totale de 120 résidents, le dernier quartier – destiné à héberger à terme 30 personnes supplémentaires en accueil de jour ou en hébergement temporaire – « va permettre une souplesse de gestion dans les prochaines semaines, notamment s’il s’avère nécessaire de devoir isoler une personne atteinte du Covid-19 » explique la communication du site.

En septembre, si les conditions le permettent, « ce 4e et dernier quartier pourrait s’ouvrir, les bénévoles investir les lieux, et les commerces et services du Village être accessibles au grand public ».

C’est alors que cette expérimentation unique en France prendrait toute sa dimension.

Premières impressions des professionnels de santé

Après ces 6 premières semaines de vie au sein du Village, les professionnels, médecin, maîtres de maison et infirmière font part de leurs impressions [1]. Et les premiers retours sont très encourageants.

Formée aux soins palliatifs et à la médecine de la douleur, le Dr Soazic Dreano-Hartz, médecin généraliste à Dax est l’un des quatre médecins du Village. « Au sortir de cette période très difficile pour les malades et leurs familles, je m’attendais à avoir un grand nombre de crises d’anxiété, voire des altérations cognitives sérieuses à l’entrée des villageois, témoigne-t-elle sur le site [1]. Or cela n’a pas été le cas. Pour plusieurs d’entre eux, cela a même été l’inverse avec très rapidement une baisse importante de leur médication en anxiolytiques. J’ai été étonnée par de telles évolutions favorables aussi rapides. »  Infirmière du Village, Charlène Gimet a été inscrite comme bénévole avant d’être recrutée [1]. Après une année et demie à suivre ainsi le projet de près, elle a souhaité y prendre part de façon professionnelle. « Il faut du temps, que chacun trouve sa place, mais je trouve que ce qui nous a été proposé dans la conception du projet est petit à petit en train de se réaliser, considère-t-elle à l’occasion de ce premier retour d’expérience [1]. Pour moi, le soin d’accompagnement développé ici est un réel projet de santé publique. Aujourd’hui, ce modèle concerne la prise en charge de la maladie d’Alzheimer mais je pense qu’il sera mis en œuvre pour toutes les pathologies dans le futur ». 

 

Crédit photo : Video YouTube

 

 

 

 

 

 

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