Relations soignants/soignés dans le monde d’après : résultats du Baromètre Santé 360 Nehs/Odoxa

Stéphanie Lavaud

18 août 2020

France – La crise sanitaire au printemps a boosté la confiance faite aux acteurs de santé. Mais elle a également fait naître de nouvelles attentes et un souffle de réformes en permettant plus de souplesse et de transversalité dans les parcours des soignants. Tels sont deux des principaux enseignements du Baromètre Santé 360 Nehs/Odoxa .  

« Cette crise sanitaire va bien changer profondément notre rapport à la santé, les comportements quotidiens des patients et la façon dont notre système de santé s’organise. Ce n’est pas un bouleversement fondamental mais une réelle évolution » a commenté Gaël Sliman, président d’Odoxa.

Cet institut de sondage a interrogé par internet un échantillon de 2010 personnes représentatives de la population française âgée de plus de 18 ans, dont 1687 patients, de même que 254 médecins et 248 infirmiers. A noter que l’enquête a été réalisée entre le 24 juin et le 3 juillet, soit avant la clôture du Ségur de la santé.

Le personnel infirmier a le vent en poupe

Le premier volet de ce Baromètre Santé consacré au retour à « la vie normale » montre un immense soulagement pour tous, même si la crainte que le confinement génère une hausse des problèmes de santé liés aux maladies chroniques est bien présente.

Il ressort aussi de cette enquête que l’image des soignants, et, au-delà de tout notre système de soins, a été boostée par cette expérience. Avec 93% de bonnes opinions, les infirmier.e.s ont plus que jamais le vent en poupe. Les patients plébiscitent aussi les personnels de santé comme des établissements de santé, même si l’image des EHPAD et de leurs personnels a souffert de la situation.

L’épisode a entrainé une forte amélioration de l’image des soignants, avec un pic au plus fort de la crise, en plein confinement.

Les Français accordent une immense confiance aux médecins

Ce n’est pas qu’une question d’image puisque la confiance faite aux acteurs de santé a véritablement décollé : les Français accordent une immense confiance aux médecins (92%) et aux soignants en général (90%), ainsi qu’à notre système hospitalier (76%) alors qu’ils se défient plus des institutions de santé et du gouvernement.

Quand on interroge seulement les soignants, on s’aperçoit qu’ils font totalement confiance à leurs pairs : 95% des médecins font confiance aux infirmiers et 90% des infirmiers font confiance aux médecins. En revanche, tout comme les patients, ils sont nombreux (71% des médecins et 83% des infirmiers) à ne pas faire confiance ni aux institutions de santé, pas plus qu’au gouvernement en matière de santé (74% des médecins et 89% des infirmiers).

 

Les scientifiques ont été clairs mais ont trop polémiqué

Les scientifiques sortent grandis de la crise sanitaire, les Français reconnaissent la qualité et la clarté de leurs interventions médiatiques. Désormais, 65% des Français, 66% des infirmier.e.s et 83% des médecins déclarent « faire confiance aux scientifiques en général ».

Ces derniers sont cependant 85% à leur reprocher d’avoir trop polémiqué, sur la chloroquine notamment.

Néanmoins, les scientifiques ont marqué des points car c’est vers eux que les Français se tourneraient pour s’informer s’il devait y avoir une nouvelle crise : (67%) leur feraient confiance alors qu’une proportion inverse ne ferait confiance ni au gouvernement (65%), ni aux médias traditionnels (69%) et encore moins à Internet et aux réseaux sociaux (78%).

Quelles améliorations pour les soignants dans le monde d’après ?

Dans un deuxième volet, le Baromètre s’est aussi intéressé à l’impact de la Covid sur le monde d’après. Les soignants l’ont souvent constaté, l’épidémie de Covid a modifié les relations entre eux en favorisant la solidarité. De nombreuses infirmières et médecins savent que des médecins spécialistes sont venus aider dans d’autres spécialités, et que des chirurgiens se sont proposés comme aide-soignants.

Les Français (63%) sont persuadés que l’expérience des médecins a modifié les relations hiérarchiques entre les soignants, les rendant plus souples et moins pesantes. Si les médecins adhèrent majoritairement à cette vision (55%), en revanche, 73 % des infirmier.e.s ne partagent pas cet enthousiasme.

Les Français sont moins nombreux à penser qu’il y aura des améliorations dans d’autres domaines comme la coordination public-secteur ou la relation ville-hôpital, mais ils restent globalement positifs.

 

 

Des attentes en matière de souplesse et de transversalité

Le bilan est moins spectaculaire quand on s’en tient aux réponses des seuls professionnels de santé. Sans être aussi confiants que les Français, les médecins sont malgré tout particulièrement positifs sur l’impact  Covid sur la relation patients-soignants, ainsi que sur les relations interprofessionnelles entre soignants.

Malheureusement, au-delà des éventuels changements observés avec la crise sanitaire, les Français (72%), et en particulier les médecins (80%) et les infirmier.e.s (94%), sont convaincus que les choses vont revenir comme avant.

 

 

En tout cas, la souplesse et la transversalité qui ont été expérimentées pendant la crise, avec passage du privé au public, ou changement d’affectation en fonction de l’endroit où l’on pouvait être le plus utile, y compris géographiquement, ont ouvert de nouvelles possibilités dans l’esprit des soignants et dopé les envies de changements : Français, médecins et infirmier.e.s aspirent à d’importantes évolutions du fonctionnement dans le secteur de la santé.

Enfin, la crise va aussi changer la façon de travailler des soignants en permettant notamment un recours beaucoup plus massif à la télémédecine, principal changement anticipé par 52% des Français, 79% des médecins et 75% des infirmier.e.s.

 

L'expérience Covid a fait évoluer le système de santé, dans le bon sens

Dans un commentaire aux résultats de ce sondage, Gérard Vuidepot, président de la MNH (Mutuelle nationale des hospitaliers) et du groupe Nehs, a considéré que « l'expérience Covid a fait évoluer, de fait, le système de santé qui a dû s'adapter à la situation de crise. Les résultats en témoignent, ces évolutions nécessaires ont eu la vertu de permettre nombre d’avancées sur le mode de fonctionnement des métiers de la santé. Certains de ces changements, initialement subis plutôt que voulus, peuvent et même doivent s’inscrire dans la durée et permettre des améliorations attendues par l’ensemble des acteurs de la santé. Ainsi, il semble bien que dans « le monde d’après de la santé », les relations avec les patients ne puissent plus être exactement les mêmes que dans celui « d’avant ». Les Français et les soignants, aussi bien médecins qu’infirmiers et infirmières, y sont prêts et le demandent. Par ailleurs, dans ce « monde d’après » les relations entre soignants et leur façon d’exercer leur métier ne seront plus non plus tout à fait les mêmes.

 

 

 

 

 

 

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