COVID-19 à l’automne 2020 : que prévoit-on pour la suite ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

8 août 2020

France – Le message qu’a fait passer le Conseil scientifique dans son dernier avis [1] – et largement relayé par les médias – est clair : « la France se trouve dans une situation contrôlée mais fragile, avec une recrudescence de la circulation du virus cet été » et pour ceux qui n’auraient pas bien compris les enjeux, il ajoute : « l’été 2020 est différent de l’été 2019, tant pour les citoyens, que pour les médecins et les spécialistes de santé publique (sic)».

Une deuxième vague hautement probable

Mais le Conseil scientifique va plus loin : « En se basant sur l’expérience des autres virus pandémiques émergents, il semble hautement probable qu’une seconde vague épidémique sera observée au cours de l’automne ou de l’hiver prochain », ajoutant : « cette vague pourrait avoir un impact supérieur à celui observé lors de la première vague. »

Néanmoins, la réponse à cette probable deuxième vague devrait et « devra être différente de la réponse à la première vague », car bien sûr, si nous n’avons pas à ce jour « de médicament avec une activité virale directe ayant fait la preuve scientifique de son efficacité », nous disposons d’outils pour y répondre, considère-t-il. Pour réduire son impact, il y a les mesures barrières acquises lors de la période de confinement, l’utilisation des ressources diagnostiques, le contact tracing et l’isolement spontané des cas et des contacts, la meilleure prise en charge des formes graves, et l’hypothèse de trouver un traitement innovant efficace reste d’actualité.

Recrudescence récente dans plusieurs régions métropolitaines

Sur quels arguments, le Conseil scientifique a-t-il établi ses prévisions automnales relativement pessimistes ? Tout d’abord, un manque d’immunité collective, qui « reste très inférieure au seuil des 50% à 70% requis pour empêcher la circulation active du virus ». Il note aussi « avec inquiétude une recrudescence récente du nombre de cas Covid-19 dans plusieurs régions métropolitaines ». Le Finistère, la Gironde et les Vosges ont désormais un niveau de vulnérabilité modérée ; la Mayenne a un niveau de vulnérabilité élevée. La proximité de la Guyane française avec le Brésil, où la circulation de SARS-CoV-2 est restée importante, a facilité une reprise de l’épidémie dans ce territoire. Le Conseil s’inquiète, par ailleurs, concernant l’ensemble du territoire français, de la faible proportion de personnes ayant des signes évocateurs de Covid-19 réalisant des tests.

3 hypothèses pour la période automne-hiver

Dernier argument, mais non des moindres : « au plan épidémiologique, la propagation actuelle du virus dans les pays de l’hémisphère Sud (Afrique du Sud, Australie, Amérique du Sud… ) soumis à l’hiver austral préfigure ce qui pourrait se produire en France au retour de l’hiver ». Face à un rebond des infections au Covid-19, l’Australie a par exemple annoncé le 2 août un couvre-feu à Melbourne, la deuxième ville du pays, dont les habitants n'auront plus le droit de sortir à plus de cinq kilomètres de leur domicile.

Au total, le Conseil scientifique propose 3 hypothèses pour l’hémisphère Nord sur la période de l’automne-hiver prochain, avec un retour du virus venant de l’hémisphère Sud, non exclusives entre elles.  

  1. Le virus disparait : probabilité extrêmement faible

  2. Une deuxième vague survient : probabilité forte, suivie d’autres vagues plus faibles

  3. Le virus s’installe de façon chronique dans l’hémisphère Nord en absence de vaccins : probabilité moyenne

Si reprise d’importance il devait y avoir à l’automne ou avant, le Conseil scientifique a établi quatre scénarios possibles. Aucun ne prévoit de confinement strict comme la France a connu au printemps. La réponse, écrivent les experts dans ce présent avis, « devra s’appuyer sur un choix politique et sociétal, et pas seulement sanitaire ».

S’ouvrir à un confinement localisé

Exit donc le confinement strict et généralisé à toute la France selon une modalité unique, l’heure est à un retour à l’autonomie des régions, voire des villes, promue par le nouveau gouvernement. Cette « décentralisation » des décisions pourrait bien s’appliquer à la stratégie contre le coronavirus. Ainsi le Conseil scientifique promeut un "confinement local" plus ou moins important en fonction de l’épidémie, lequel doit faire l'objet d'une préparation dans ces zones à forte densité de population. Celui-ci pourrait se décliner différemment selon les besoins dans « 20 grandes métropoles » françaises pour lesquelles les risques de propagation du virus sont importants à l’instar de ce qui s’est fait au Royaume-Uni au niveau de la ville de Leicester, en Australie avec Melbourne, et en Allemagne, qui s’ouvre aussi à ce type de confinement localisé.

Unités Covid-19 rapidement réactivables

La préparation pour un retour de l’épidémie à la fin de la période estivale concerne bien évidemment les structures hospitalières. Le Conseil préconise ainsi que les unités dédiées Covid-19 qui ont été mises en place pendant la période aiguë soient « maintenues ou du moins rapidement réactivables pour les établissements de santé situés dans des régions peu touchées actuellement ». Dans l’éventualité où cette seconde vague serait de même importance ou pire que la première, « les établissements hospitaliers doivent dans le même temps réfléchir à la mise aux normes de locaux qui pourraient servir à des soins critiques en cas de nouvel afflux de patients ». Par ailleurs, la maintenance régulière des secteurs très techniques que sont les locaux de réanimation et de soins intensifs ne doit pas être retardée.

Les hôpitaux et les structures de soins primaires comme les maisons de santé et les cabinets médicaux seront aussi sollicités si besoin.

Tests : des lacunes

Concernant les tests, le Conseil scientifique insiste sur deux points essentiels :

  • Définir, clarifier et présenter rapidement une nouvelle doctrine d’utilisation des tests (vision de diagnostic d’une part, vision de dépistage et de santé publique d’autre part, par les autorités de santé).

  • Rendre l’accès aux tests plus accessible au « consommateur ».

Il dénonce par ailleurs des lenteurs : « Le délai d’accès au test est encore trop long et peut atteindre des délais de plusieurs jours, incompatibles avec une maitrise des nouvelles contaminations ».

Si d’autres types de tests, comme les prélèvements salivaires ou l’association test salivaire + test à résultat rapide, ne sont pas encore scientifiquement validés en raison d’une sensibilité insuffisante dans leur version disponible actuelle, ces alternatives aux prélèvements rhinopharyngés sont toutefois de plus en plus plébiscitées. Et le Conseil scientifique considère que « l’ensemble de la communauté virologique doit contribuer à l’évaluation et à la mise en place d’une telle stratégie et la valider scientifiquement ».

Risques psychosociaux

Enfin, les risques psychosociaux font l’objet d’une considération nouvelle de la part des autorités de santé qui parlent d’un « nouveau signal à prendre en compte ». Le Conseil scientifique prévient : les risques psychosociaux doivent faire l’objet d’une « vigilance des employeurs et des pouvoirs publics, au moment du retour au travail à la rentrée ».

La raison en est que le confinement a éprouvé les organisations et les personnes. « Il a conduit certaines personnes à s’impliquer intensivement dans leur travail pour garantir la continuité des activités, souvent en urgence et dans des situations dégradées. D’autres personnes ont dû au contraire s’éloigner de leurs contextes de travail, en raison de leur état de santé, de leurs activités, du chômage partiel ou de situations personnelles ou familiales. » Par ailleurs, avec la fin du confinement, le retour au travail, lorsqu’il est possible, n’est pas sans risque. « Ces difficultés peuvent se traduire par des formes d’épuisement, de démotivation voire d’état dépressif. Ces éléments se conjuguent parfois à des vulnérabilités liées à l’état de santé (selon les facteurs de risque, les expériences de la maladie au cours de l’épidémie, les conséquences d’un épisode de soins ou les contextes familiaux notamment) ». Enfin, « une partie de nos concitoyens sont en outre confrontés au chômage ou à une cessation d’activité professionnelle ». Autant de circonstances, qui rendent cette période difficile, et demandent d’être vigilant.

 

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